2020, annus horribilis des banques européennes?

Le groupe KBC présente ce jeudi ses résultats trimestriels avec une question: quelle sera la hauteur de la provision pour créances douteuses? ©Hollandse Hoogte / Peter Hilz

Les banques européennes annoncent les unes après des autres des résultats trimestriels en net recul, plombés par la constitution d'importantes provisions pour défaillances de crédits. KBC s'inscrira-t-il ce jeudi dans cette tendance?

"Il va y avoir de la casse", telle est l'opinion d'observateurs du monde bancaire européen. Les chiffres trimestriels qui tombent les uns après les autres n'augurent en effet rien de bon.

La banque néerlandaise ABN Amro fait ainsi état de sa première perte trimestrielle depuis 2013. Elle s'affiche à 395 millions d'euros. L'allemande Commerzbank ne fait guère mieux, plongeant dans le rouge de 295 millions, là où les analystes tablaient sur une perte nette de 71 millions d'euros.     

L'une comme l'autre annoncent aussi la constitution d'importantes provisions pour faire face aux créances douteuses liées aux mesures pour éviter la propagation de la pandémie: 479 millions dans le chef de Commerzbank, plus de 1 milliard pour ABN.

1,1 milliard
euros
ABN Amro a annoncé la constitution d'une provision de 1,1 milliard d'euros pour d'éventuelles défaillances de crédit.

Quant au groupe BNP Paribas, qui évoque une provision de plus de 500 millions, il a dû abandonner 30% de son bénéfice au premier trimestre. Pour l'exercice annuel, il prévoit un bénéfice tassé de 15 à 20%.  

Jusqu'ici les provisions réalisées par les banques sont essentiellement "collectives", à savoir destinées à une certaine catégorie d'entreprises, par exemple les PME, ou des secteurs considérés comme sensibles. Elles atteignent des montants parfois vertigineux: près de 2,5 milliards d'euros pour la britannique Barclays, 1,6 milliard pour l'espagnole Santander, voire entre 3,5 et 5 milliards pour la française Société Générale.

Que va faire KBC?

Désormais, les regards se tournent vers KBC qui présentera ses résultats ce jeudi.  Quelle provision la banque belge va-t-elle constituer? Jefferies rappelle dans une note l'exposition à 29% de la banque aux PME, acteurs économiques particulièrement vulnérables pendant cette crise. "Même si nous ne nous attendons pas à d'importantes pertes sur crédits au 1er trimestre, nous pensons que KBC restera fidèle à sa stratégie conservatrice et constituera une provision supplémentaire sur son portefeuille crédits PME." 

"Nous pensons que KBC restera fidèle à sa stratégie conservatrice et constituera une provision supplémentaire sur son portefeuille crédits PME."
Jeffries

Mi-avril, le bancassureur avait déjà annoncé que la pandémie avait affecté la valeur de ses actifs financiers à hauteur de 400 millions d'euros

Le coût du risque

Et pourtant, si les observateurs reconnaissent que les banques européennes ont déjà bien été affectées par la crise sanitaire au premier trimestre, ils ajoutent que le pire reste à venir. "Il va y avoir de la casse, mais on ne sait pas exactement quand", résume Lorraine Quoirez, analyste chez UBS.

"Les banques doivent gérer des situations souvent complexes", explique Roland Gillet, professeur de finance à la Sorbonne et à l'ULB. "Même si personne ne l’espère, la crise pourrait durer plus longtemps que prévu. Il convient donc de garder une certaine prudence pour éviter que la solvabilité du secteur ne soit un jour mise à mal par une accumulation de créances douteuses. Avec le danger que le marché sanctionne alors les banques les plus audacieuses pour de telles prises de risques en matière de prêts."

Le "coût du risque" a ainsi flambé entre janvier et mars, amputant lourdement les bénéfices bancaires les faisant ainsi parfois plonger dans le rouge.

Eric Dor, directeur de recherche à l'Institut d'économie scientifique et de gestion (IESEG) prévoit que, dans l'ensemble, les banques orientées sur la banque de détail et les services bancaires aux entreprises seront plus exposées. Il ajoute que les banques de détail, qui souffraient déjà de taux d'intérêt négatifs, devront écarter "toute perspective de normalisation", tout en devant assumer la poussée du coût du risque.

 Les services bancaires aux entreprises déjà "laminés" par la rupture des filières d'approvisionnement "risquent de l'être encore assez longtemps, car la reprise va être lente, la chronologie étant différente selon les pays".

Européennes vs Américaines

Eric Dor avance par ailleurs une fragilité plus importante dans le chef des banques européennes par rapport aux acteurs américains. En cause leur faible rentabilité. "C'est leur grand problème."

Les agences de notation relèvent également ce désavantage, mais soulignent toutefois la solidité des banques. Moody's avait ainsi indiqué au lendemain de la publication des résultats trimestriels des géantes de Wall Street – qui faisaient aussi état de résultats en recul et de constitution de provisions – que les banques européennes étaient mieux armées que les américaines. Ces dernières semblent en effet plus sensibles aux taux bas et plus exposées au marché des capitaux.

Merci, la régulation bancaire

Les abaissements de notation ont été moindres dans le secteur bancaire européen que dans d'autres secteurs, mentionne S&P Global Ratings dans une note.  Les banques, à l'origine de la crise financière de 2008-2009, jouent cette fois le rôle d'amortisseur en continuant de financer les entreprises et de soutenir les ménages en difficulté.

"Tous ceux qui se plaignaient dans le secteur (bancaire) des exigences de fonds propres doivent bien admettre maintenant qu'elles étaient fondées car ces coussins de capitaux peuvent justement servir au moment où il faut affronter les difficultés."
Eric Dor
Directeur de recherche à l'Institut d'économie scientifique et de gestion

Pour y parvenir, elles bénéficient d'un apport de liquidités massif de la part des banques centrales et du soutien des régulateurs qui ont temporairement allégé leurs exigences.  La solidité actuelle des banques résulte aussi du renforcement de leurs capitaux intervenu depuis plus de dix ans.

Selon la Banque des règlements internationaux, sorte de banque centrale des banques centrales, entre fin juin 2011 et fin juin 2019, les 100 plus grandes banques ont augmenté de 98% leurs fonds propres de première catégorie, soit d'environ 1.900 milliards d'euros.  "Tous ceux qui se plaignaient dans le secteur (bancaire) des exigences de fonds propres doivent bien admettre maintenant qu'elles étaient fondées", car ces coussins de capitaux "peuvent justement servir au moment où il faut affronter les difficultés", pointe Eric Dor.

Il n'en reste pas moins que cette crise laissera des traces.

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