analyse

2021, l'année du stress test bancaire géant?

Si la BCE se montre favorable à un mouvement de consolidation bancaire, les gouvernements, eux, y restent plutôt frileux. ©REUTERS

Le secteur bancaire devra faire face à de nombreuses faillites, alors que la question du Brexit n'est pas encore réglée. Peut-être cette année marquera-t-elle aussi une étape importante dans la consolidation du secteur.

"L'année 2021 sera celle de tous les risques." Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management à l’Université Catholique de Lille, préface ainsi l’année qui vient de débuter. Alors que l’an passé, les banquiers affirmaient que le plus dur de la crise économique serait pour 2021, nous y voilà. Voici un aperçu de ce que pourrait nous réserver l'année bancaire.

Un tsunami de faillites?

Depuis mars, les pouvoirs publics et le secteur bancaire ont instauré une batterie de mesures pour soutenir les entreprises face à la pandémie, mais celles-ci vont pour la plupart arriver à échéance cette année. "Il n’y a aucun doute quant au fait que les problèmes vont se matérialiser à un moment", estime Eric Dor. "Certains moratoires sont toujours en cours, mais tôt ou tard, les entreprises vont être confrontées à la reprise des paiements."

"On s'attend à davantage de défauts. C'est plutôt inquiétant, mais les banques belges sont aujourd'hui mieux capitalisées qu'elles ne l'étaient il y a dix ans, et donc mieux préparées à faire face à cette crise."
Eric Dor
IESEG School of Management

Il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer combien de sociétés vont se retrouver en situation de défaut de paiement. Les données de l’Autorité bancaire européenne (EBA) peuvent constituer un bon indicateur dans ce sens. Les quatre banques purement belges reprises par l’EBA ont vu leur encours des prêts, avances et titres de dette classés en étape 2, soit les crédits dont le risque de défaut a augmenté, gonfler significativement entre décembre 2019 et juin 2020.

Chez Belfius, il est passé de 12,11% à 17%. Pour KBC, ce chiffre a grimpé de 7,99% à 8,87%, tandis que chez Argenta, on passe de 4,56% à 10,1%. Axa Bank Belgium, qui entrera bientôt dans le giron de Crelan, voit ce taux grimper de 6,09% à 6,96%.

"On s'attend à davantage de défauts. C'est plutôt inquiétant, mais les banques belges sont aujourd'hui mieux capitalisées qu'elles ne l'étaient il y a dix ans, et donc mieux préparées à faire face à cette crise", estime Eric Dor.

Un constat que partage Roland Gillet, professeur de finance à la Sorbonne et à la Solvay Brussels School. "L’acuité des problèmes va dépendre d’une banque à l’autre en fonction de leurs stocks de crédits", estime-t-il. "Le cygne noir est un risque réel, vu que les moratoires et autres mesures de soutien s’éteignent progressivement. Certaines sociétés sont en train de consommer leurs réserves, et cela va tôt ou tard affecter le secteur bancaire. Mais on observe diverses faillites aujourd'hui, les taux de défaut globaux restent largement sous contrôle. Il ne faut pas à ce stade noircir le tableau."

"Il est clair que le risque est plus élevé qu’il y a trois ou quatre ans", indique Mikaël Petitjean, professeur à la Louvain School of Management. "Les banques sont cependant aujourd’hui dans une situation moins inconfortable qu’elles ne l’étaient en 2008."

Une consolidation du secteur au niveau européen?

Le marché bancaire européen doit être consolidé. Voilà plusieurs années qu'analystes et banquiers se retrouvent sur ce constat, mais peu d'opérations ont abouti jusqu'à présent. CaixaBank entend fusionner avec Bankia en Espagne, tandis que que BBVA lorgne Sabadell. En Belgique, Crelan a annoncé, fin 2019, acquérir AXA Banque Belgique. L'opération devait être conclue fin 2020, mais la pandémie et d'autres anicroches ont retardé le projet.

"Il y a un intérêt à favoriser les regroupements de banques. Les grosses structures sont plus diversifiées et plus à même de supporter le coût de la régulation."
Roland Gillet
Sorbonne

La semaine passée, la Banque centrale européenne annonçait qu'elle pourrait tenir compte du badwill, soit la différence entre le prix d'acquisition d'une banque et sa valeur comptable. De quoi faire de 2021 une année charnière en la matière?

"C'est difficile à dire, le fait que l'union bancaire reste incomplète rend toujours les fusions compliquées", estime Eric Dor. "Les filiales sont aujourd'hui contraintes de faire des provisions, ce qui est logique vu que c'est l'Etat où se trouve la filiale qui interviendra en cas de problème, pas celui de la maison mère."

"Le message de la BCE pour la consolidation est clair", juge Mikaël Petitjean. "Le paysage bancaire est trop éclaté. Idéalement, les banques en bonne santé pourraient absorber les plus petits acteurs.""Il y a un intérêt à favoriser les regroupements de banques au business plus complémentaire", commente Roland Gillet. "Ces structures sont alors plus diversifiées sur leurs marchés de base et plus à même d'amortir le coût de la régulation."

L'environnement politique demeure cependant peu favorable pour voir de grosses opérations transfrontalières se concrétiser. "Il suffit de voir la réaction politique française quant aux ambitions de Couche-Tard sur Carrefour, alors qu'il ne s'agit pas vraiment d'un secteur stratégique et que le Canada est un pays ami", commente Mikaël Petitjean.

Conséquences du Brexit

Le Royaume-Uni a maintenant quitté l'Union européenne pour de bon et la question de la City en tant que première place financière du continent doit se poser, aucun accord n'ayant encore été noué sur la question des services financiers.

"Michel Barnier a répété plusieurs fois être opposé à une compétition malsaine, mais le Royaume-Uni tiendra-t-il ses engagements? Les accords pourraient, plus vite que prévu, faire l'objet de nouveaux marchandages."
Mikaël Petitjean
Louvain School of Management

"C'est plutôt un problème pour les acteurs financiers britanniques", selon Eric Dor. "En Belgique, le Brexit va surtout affecter les PME qui exportaient vers le Royaume-Uni et pour lesquelles les coûts de douane vont devenir très élevés."

Pour Mikaël Petitjean, le plus gros risque est de voir s'affronter Londres et les vingt-sept dans une guerre régulatoire. "Michel Barnier a répété plusieurs fois être opposé à une compétition malsaine, mais le Royaume-Uni tiendra-t-il ses engagements? Les accords pourraient, plus vite que prévu, faire l'objet de nouveaux marchandages."

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