Beaucoup de scepticisme sur l'idée d'une IPO de Belfius

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Vendre Belfius pour dédommager les coopérants d’Arco est une décision stratégique lourde qui suscite interrogations et objections.

Une solution pour les 800.000 coopérants d’Arco et l’entrée en Bourse de la banque Belfius sera trouvée au cours du premier semestre de cette année. C’est en tout cas ce qu’a promis le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA), ce mercredi sur les ondes de la VRT.

Mais l’affaire est loin d’être gagnée pour autant. Ce n’est pas la première fois en effet que le gouvernement tente de s’extraire de ce bourbier.

"Vendre Belfius priverait l’État de 82 millions d’euros de recette annuelle."
Benoît Dispa
député fédéral cdH

À chaque fois cependant, il a fallu remiser le dossier au frigo, compte tenu des objections soulevées. Commission européenne, actionnaires individuels de Dexia, fédérations d’investisseurs: tous jugent discriminatoires les solutions envisagées pour dédommager les coopérants d’Arco.

Le CD&V mobilisé

Le dossier tient particulièrement à cœur au CD&V. Arco était le bras financier du Mouvement ouvrier chrétien (MOC ou ACW en Flandre). Le groupe coopératif est en liquidation depuis décembre 2011 et la débâcle de Dexia, l’ancêtre de Belfius, dont il était l’un des principaux actionnaires. Les 800.000 coopérateurs, en majorité flamands, avaient obtenu en octobre 2011 du gouvernement Leterme une garantie publique de 100.000 euros, au grand dam des autres actionnaires de Dexia, qui avaient vu leur investissement partir en fumée.

Estimant que la garantie Arco constituait une aide d’État illégale, la Commission européenne avait enjoint la Belgique de s’abstenir de tout paiement au titre de la garantie. La Cour de Justice de l’UE avait confirmé cette analyse fin 2016.

En 2017, le gouvernement avait élaboré une nouvelle solution pour dédommager les coopérateurs. Un fonds de 600 millions d’euros, alimenté pour 400 millions par la privatisation de la banque Belfius, avait été annoncé. Les 200 millions restants devraient quant à eux provenir de la liquidation d’Arco et d’une contribution apportée par l’ACW.

Intérêt stratégique

"Notre pays a surtout besoin d’investissements pour demain et Belfius pourrait constituer l’outil idéal du plan de redéploiement annoncé."
Georges Gilkinet
Député Ecolo

Cette solution se heurte toutefois à plusieurs objections. D’abord, on ne sait pas ce que les instances européennes en pensent. Ensuite, d’aucuns jugent qu’une entrée en Bourse ne serait pas très intéressante tant du point de vue budgétaire que stratégique. "Au plan budgétaire, le taux de rendement du dividende de Belfius est nettement supérieur au taux d’intérêt auquel l’État emprunte. Rester dans Belfius induit donc un gain budgétaire structurel. À l’inverse, vendre Belfius priverait l’État belge d’une recette de 82 millions d’euros par an", prévient le député cdH Benoît Dispa.

Il juge d’autre part que l’intérêt pour l’État de disposer d’une banque publique ne peut être sous-estimé. "Avec la privatisation, il y a un risque que les actionnaires privés fassent pression pour délaisser certains investissements souhaitables du point de vue de l’intérêt général au profit d’investissements choisis uniquement selon des considérations financières."

Chez Ecolo, le député Georges Gilkinet confirme l’intérêt stratégique de Belfius. "Notre pays a surtout besoin d’investissements pour demain et Belfius pourrait constituer l’outil idéal du plan de redéploiement annoncé. À l’image d’autres pays, comme l’Allemagne, l’État belge pourrait décider de s’appuyer sur cette banque qui est aujourd’hui à 100% dans ses mains, en en faisant cette banque d’investissement dont notre économie a besoin."


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