De Boeck: une bombe à retardement entre ses mains

© Belga

Le conseil des ministres restreint a donc décidé de faire de Karel De Boeck, ex-homme fort de Fortis, le prochain CEO de Dexia.

Cette semaine encore, Karel De Boeck doit être coopté comme administrateur de Dexia. Il deviendra ensuite président de Dexia Crédit Local - un moyen pour la Belgique de suivre de près ce qui se passe dans le pôle français du groupe, qui pèse très lourd en termes d'encours comme de garanties. Et enfin, il devrait être désigné CEO de Dexia d'ici au 30 juin. L'homme se refuse pour l'instant à tout commentaire. "Ma ligne actuelle, c'est silence radio", répond-il.

À 62 ans, après une retraite toute provisoire, qu'il avait notamment prévu de consacrer à la culture de ses potirons, il est donc appelé à remplacer Pierre Mariani - une fonction opérationnelle que dans un premier temps, il semblait hésiter à accepter, vu la difficulté de la tâche. Il a finalement répondu présent pour prendre la tête de cette "bad bank" dont dépend l'avenir de la Belgique.

Pour rappel, lors du sauvetage de Dexia en octobre dernier, les États belge, français et luxembourgeois se sont engagés à fournir 90 milliards d'euros de garanties au groupe Dexia, dont 60,5% seront à charge de la Belgique. En cas de défaillance de Dexia, les conséquences pour le pays sont difficilement imaginables.

Chahuté à l'AG de Fortis

Les dossiers difficiles, Karel De Boeck connaît. Sa dernière fonction n'a pas été de tout repos: éphémère PDG de Fortis Holding, après Herman Verwilst et Filip Dierckx, qui avaient eux-mêmes succédé brièvement à Jean-Paul Votron après la débâcle, il avait été adoubé sans enthousiasme par les actionnaires au cours d'une assemblée générale plus que chahutée. Certains lui reprochaient en particulier d'avoir dirigé le département "risques" de Fortis" en 2007.

Ses quelques mois comme CEO de Fortis Holding lui ont toutefois suffi pour boucler la vente de Fortis Banque à BNP Paribas et jeter les bases d'Ageas avant de céder la place à Bart De Smet.

Auparavant, il avait été en charge de la fusion d'une partie d'ABN Amro avec Fortis Bank Nederland. Et après la nationalisation des activités de Fortis aux Pays-Bas, c'est lui qui a été chargé de couper tous les liens avec Fortis.

Le sceau de Fortis

Après ses études d'ingénieur en électronique et en mécanique à la KUL, puis une licence en économie, toujours à la même université, l'homme est entré à la Générale de Banque en 1976. Il a notamment passé deux ans à Tokyo, puis occupé différentes responsabilités dans la banque en Belgique, en particulier dans le marketing. Il va quitter la maison après 17 ans, faute de se voir ouvrir la porte du comité de direction.

Il rejoint alors la CGER, où il entre au comité de direction, avec la charge du département marketing et retail, avant d'en devenir patron, en novembre 1996. Après la fusion de la Générale de Banque et de la CGER, qui donne naissance à Fortis Banque, il en devient managing director, en charge des PME et du corporate. Puis en septembre 2000, il entre au comité exécutif du groupe Fortis. Il sera d'abord en charge du "network banking", puis de la banque commerciale et privée, avant de devenir chief risk officer de janvier à octobre 2007, puis nommé vice-président d'ABN Amro.

Pour mener à bien l'incroyable défi qui l'attend à la tête de Dexia, Karel De Boeck peut mettre en avant une série d'atouts de son parcours: il connaît très bien le monde bancaire, il a l'expérience d'un groupe binational et du monde politique, puisqu'il a dirigé la CGER quand l'État détenait encore 25% dans l'entreprise.

Côté face, il a présente deux désavantages majeurs: son âge, qui fait qu'il ne dirigera la banque résiduelle que quelques années, alors que la maturité moyenne de ses actifs est de plus de 13 ans. Et surtout, son parcours irrémédiablement marqué du sceau de Fortis. Il était, en particulier, chief risk officer du groupe au moment de l'augmentation de capital de septembre 2007, au cours de laquelle le groupe a mal informé les investisseurs de son exposition aux subprimes. De quoi déclencher de nombreuses critiques...

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