Forte contraction des investissements mondiaux dans les fintechs au premier semestre

Quelque 37,9 milliards de dollars ont été injectés dans la fintech au niveau mondial lors du premier semestre 2019, révèle l’étude "Pulse of fintech" publiée par KPMG. C’est très loin du niveau record du début 2018 (62,8 milliards de dollars), mais plusieurs opérations de grande ampleur seront finalisées d’ici la fin de l’année.

L’année passée, deux opérations monstres avaient pesé de tout leur poids sur le total des volumes investis. Ant Financial, la filiale financière de l’ogre chinois du commerce en ligne Alibaba, notamment en charge de la solution de paiement Alipay, avait levé la coquette somme de 14 milliards de dollars. A peu près au même moment, le prestataire de services de paiement en ligne WorldPay était racheté par l’américaine Vantiv pour pas moins de 12 milliards de dollars.

De manière générale, l’analyse constate un ralentissement des investissements en capital risque au niveau mondial. Le marché mondial de la fintech est cependant qualifié de "relativement fort" et "propice à la croissance".

La chute des investissements est principalement imputable au marché asiatique.

La chute des investissements est principalement imputable au marché asiatique. Au cours des six premiers mois de l’année, seules 102 opérations ont été enregistrées dans la région, pour un montant total de 3,6 milliards de dollars, contre 18,3 milliards de dollars sur la même période en 2018.

Les investisseurs se sont montrés méfiants face à l’augmentation des régulations en Chine et à l’intérêt croissant du régime pour le secteur, soulignent les auteurs du rapport. Le contexte de vives tensions commerciales entre Washington et Pékin n’a pas, lui non plus, contribué à ce type d’opérations.

Malgré l’incertitude planant autour du Brexit, pas moins de 307 opérations ont eu lieu en Europe pour une somme totale de 13,2 milliards d’euros. Les deux plus grosses transactions sont la fusion entre l’allemand Concardis et le danois Nets pour 6 milliards de dollars et le rachat du fournisseur français de solutions logicielles eFront par l’américain BlackRock. Mais c’est le Royaume-Uni qui a capté la plus grosse partie des fonds sur le Vieux Continent, sept des dix plus grosses opérations y ayant été effectuées. On citera notamment l’injection de 800 millions de dollars de SoftBank dans Greensill Capital, une société d’affacturage inversé conseillée par l’ancien Premier ministre britannique David Cameron.

Un manque d'ambition belge

Aucune opération de cette ampleur n’a eu lieu dans la fintech belge depuis le début de l’année. L’insurtech Qover a cependant levé 8 millions d’euros au cours du mois de juin. "C’est effectivement plutôt l’insurtech et la regtech belges qui sont actuellement en croissance", explique Xavier Corman, co-fondateur de l’association Fintech Belgium, qui regroupe une centaine de membres.

"La fintech belge souffre d'un manque d'ambition."
Xavier Corman
Co-fondateur de Fintech Belgium

Alors que la suédoise Klarna est devenue la fintech la plus valorisée du continent (5,5 milliards de dollars), les entreprises belges s’avèrent beaucoup plus discrètes, seulement une vingtaine d’entre elles étant estimées à plus de 15 millions d’euros. Le mois passé, Payconiq a levé 20 millions d'euros, mais ce sont des montants inférieurs à ce qui se réalise dans le reste de l'Europe. "C’est surtout un manque d’ambition", pour Xavier Corman. "De manière générale, les fintechs belges souffrent d’un manque de valorisation et de levées de fonds trop faibles. Beaucoup d’acteurs privilégient la sécurité en vendant leur société trop rapidement."

Une année record en perspective

Bien que les volumes investis ces six premiers mois aient fortement reculé, l’année 2019 dans son ensemble pourrait atteindre un nouveau record. Plusieurs accords annoncés récemment devraient ainsi être finalisés d’ici la fin de l’année.

Parmi ceux-ci, on citera la fusion entre Global Payments et TSYS, valorisée à 21 milliards de dollars. Fidelity National Information Services a pour sa part annoncé le rachat de WorldPay pour plus de 35 milliards de dollars.

D’importantes levées de fond ont déjà eu lieu cet été. Le mois passé, la brésilienne Nubank, qui se targue d’être la plus grosse fintech au monde hors Asie, a récolté 400 millions de dollars tandis que la néobanque allemande N26 a recueilli 170 millions de dollars pour se développer aux Etats-Unis et au Brésil. Ce mois-ci, le spécialiste suédois du paiement en ligne Klarna a annoncé avoir levé 460 millions de dollars, devenant la plus importante société européenne dans le domaine des technologies de paiement.

"Les 12 à 24 prochains mois constitueront une période critique pour de nombreuses plateformes qui n’ont pas été en mesure de se mettre à l’échelle", stipule le rapport, ajoutant que le phénomène de consolidation risque de se renforcer au cours de cette période. Le secteur de la fintech se prépare également à l’arrivée de la Libra, la cryptomonnaie de Facebook, prévue pour 2020.

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