"Il est temps d'envisager un taux de 0% pour l'épargne"

Erik Van Den Eynden, CEO d'ING Belgique. ©Photo News

Erik Van Den Eynden, le CEO d'ING Belgique, estime que le minimum légal de 0,11% applicable aux comptes d'épargne n'est plus tenable aujourd'hui. "Un taux de 0,11% n'a plus de sens, il est temps de parler de taux nuls."

"Il est temps d’ouvrir le débat sur le taux de 0,11% qui s’applique aux comptes d’épargne. Il est temps d’envisager un taux de 0%." Profitant de la présentation des chiffres semestriels d’ING Belgique, le CEO Erik Van Den Eynden a glissé cette petite phrase qui résume un sentiment largement partagé parmi les banquiers.

Ce n’est (vraiment) pas la première fois qu’un CEO de banque souligne la difficulté de rémunérer les carnets de dépôts à 0,11% dans un contexte de taux directeurs négatifs. Jusqu’ici, la réponse politique était "no way", on ne touche pas aux 0,11%.

"Le contexte a changé, le taux minimum de 0,11% n'a plus de sens aujourd'hui."
Erik Van Den Eynden
CEO - ING Belgique

"C’est vrai, mais le contexte a changé, estime Erik Van Den Eynden. Quand le taux minimum de 0,11% a été fixé en 2015, les taux longs n’étaient pas négatifs. Aujourd’hui ils le sont, regardez l’obligation d’État (OLO) à 10 ans. Dans ce contexte, un taux de 0,11% sur les carnets n’a plus de sens, 0% serait logique."

La marge de transformation, soit la différence entre les taux à long terme payés par l’emprunteur et les taux à court terme versés à l’épargnant, n’a jamais été aussi basse, ajoute-t-il. Or une banque vit essentiellement de cet écart.

Selon ING Belgique, le taux moyen des crédits hypothécaires est passé de 3,50% à 1,60% entre fin 2013 et fin 2018. Dans le même temps, le taux moyen sur l’épargne réglementée est passé de 0,90 à 0,11%. Autrement dit, la marge de transformation est passée de 2,6% à 1,49% entre 2013 et 2018. "Intenable", estime Erik Van Den Eynden.

Bon premier semestre

ING contre une baisse des taux de la BCE

La politique monétaire – très (trop?) accommodante – de la Banque centrale européenne (BCE) ne fait pas que des heureux. Les banques sont les premières à s’en plaindre. Dernier exemple en date, les propos du patron d’ING ce jeudi matin.

"Si la BCE décide de réduire ses taux directeurs et de relancer un programme de rachat d’actifs, cela devrait plomber l’économie de la zone euro plus que cela ne l’aiderait", a estimé Ralph Hamers.

Selon lui, ce n’est pas le moment pour de telles mesures. Il affirme que la demande de prêts en zone euro est déjà suffisamment satisfaite et que le ton pessimiste de la banque centrale pourrait amplifier le recul de la confiance des consommateurs.

"Un nouveau programme de rachat d’actifs ou une diminution des taux d’intérêt en territoire encore plus négatif va nuire à la confiance du consommateur dans le futur, a-t-il ajouté. Nous le voyons déjà: dans certains pays, nous réduisons les taux à un niveau négatif, mais les particuliers continuent d’épargner. Pourquoi? Parce qu’ils sont incertains quant à leur avenir financier."

Et de conclure: "Le problème que nous avons en Europe est l’absence de confiance dans la production en raison des tensions géopolitiques et commerciales. Je ne pense pas qu’un QE soit la solution pour soutenir un environnement incertain."

En attendant, les résultats financiers semestriels publiés ce jeudi par ING Belgique sont en hausse. Sur les six premiers mois de l’année, la filiale belge du groupe néerlandais a réalisé un bénéfice net de 303 millions d’euros, en hausse de 12% par rapport à la même période un an plus tôt.

C’est 12% du bénéfice net semestriel dégagé par le groupe dans son ensemble, qui atteint 2,6 milliards d’euros et s’affiche en recul, lui, de 3% sur un an.

On notera que, contrairement à d’autres maisons, les revenus d’intérêt ont progressé de 6% chez ING Belgique, malgré la détérioration des taux d’intérêt. La banque l’explique notamment par "de meilleures marges au niveau des crédits". Les revenus de commission sont également à la hausse (+ 7%).

Coûts en recul des coûts

Autre point à signaler, les coûts reculent de 2,7%. Il y a eu l’effet d’une reprise de provision, mais il y a aussi la baisse des frais de personnel (-2,7% ici aussi). C’était toute l’ambition de la restructuration enclenchée en octobre 2016 par la banque "oranje", synonyme de disparition de 3.500 emplois, soit un job sur trois.

À ce stade, 920 collaborateurs ont quitté la banque via un départ anticipé (proposé aux 55 +) et 120 autres le feront ultérieurement. S’y ajoutent 426 départs volontaires, 86 départs pour lancement de sa propre activité et 439 licenciements secs depuis l’annonce de la restructuration/transformation. Autrement dit, 1.871 personnes ont quitté la banque à ce stade, d’une manière ou d’une autre.

Ceci n’a pas empêché ING Belgique de recruter 400 collaborateurs au premier semestre, ce qui situe l’emploi à 7.500 équivalents temps plein au 30 juin.

Au plan commercial, l’encours de crédits a progressé de 4% (à 106 milliards d’euros), quand les dépôts confiés par la clientèle ont progressé de 3% (à 105 milliards), ce qui signifie que la banque a octroyé un peu plus de crédits qu’elle n’a de dépôts.

Nouvelle app

ING Belgique lancera, par phases, une nouvelle version de son app bancaire à l’automne. Après avoir été à la pointe du mobile banking, la banque a pris du retard sur ce terrain ces dernières années. Il est temps pour elle de revenir dans la course avec une app modernisée. C’est pour bientôt.

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