La place financière belge n'a pas encore gagné la partie face au Brexit

©BELGA

En dépit de la venue de Lloyd's of London, une étude de Roland Berger et du Belgian Finance Club montre que la place financière belge présente toujours de sérieuses lacunes.

Le célèbre marché d’assurance Lloyd’s of London a annoncé à la fin du mois de mars l’ouverture d’une filiale à Bruxelles. Une surprise. Surtout une petite victoire pour la Belgique dans le cadre du Brexit. Cela montre que Bruxelles dispose de certains atouts pour accueillir des institutions britanniques qui veulent conserver un accès direct à l’Union européenne.

Les membres du gouvernement se sont tous réjouis de cette arrivée. Mais, Grégoire Tondreau, managing partner de Roland Berger Belgium, est, lui, plus circonspect. "Oui, c’est une bonne nouvelle. Mais Lloyd’s, ce sont de petites équipes. Et je ne suis pas sûr que cela soit nécessairement annonciateur d’un grand mouvement d’autres institutions vers Bruxelles".

Dans une démarche conjointe avec le Belgian Finance Club (BFC), Grégoire Tondreau vient de publier une évaluation de la place financière belge ainsi que des recommandations pour améliorer son attractivité.

On a l’impression d’une cause perdue d’avance.
Grégoire Tondreau
managing partner de Roland Berger Belgium

Car malgré ses atouts (position centrale en Europe, coût de l’immobilier abordable…) et ses compétences (qualité de la main-d’œuvre, langues…), la Belgique paraît toujours mal positionnée à ses yeux.

Grégoire Tondreau, de Roland Berger ©doc

"Ma conviction forte est que tout le monde comprend le problème, mais qu’il est très difficile de changer les choses. C’est très frappant, mais il y a une sorte de résignation du côté des acteurs belges. On a l’impression d’une cause perdue d’avance. On ne pense pas que le monde politique et l’administration vont pouvoir faire évoluer la position de la Belgique en tant que place financière. Et la population, qui n’a pas encore digéré la crise bancaire et financière, ne semble pas prête non plus à accepter que l’on soutienne le monde financier."

Pourtant, lance-t-il, il serait très dangereux de ne rien faire. Il en va de l’avenir du secteur financier mais également de l’économie belge dans son ensemble. Selon le spécialiste de Roland Berger, des initiatives peu nombreuses, simples mais décisives, sont la seule solution pour amener le changement.

Que faire?

L’auteur identifie trois axes prioritaires.

-> Le premier: il faut redonner de la place à la "culture du risque" et à l’entrepreneuriat. "Sinon, on va gérer la Belgique comme un pays de vieux rentiers", souligne-t-il. "Le risque est perçu en Belgique comme quelque chose de mauvais. Mais s’il n’y a pas de risque, il n’y a guère de return. Et cela a des implications sur le long terme, pour le paiement des pensions notamment."
L’étude plaide ainsi en faveur de nouveaux incitants fiscaux pour stimuler la prise de risques, comme on l’a fait avec le dispositif Monory-De Clercq dans les années 80. "Ce serait un signal important." Au passage, il évoque aussi la question de la régulation financière. On peut comprendre que la Belgique désire se situer parmi les meilleurs élèves européens. Mais le monde évolue. Et si un assureur veut lancer une initiative en ligne, c’est très compliqué, dit-il. "À force de tout vouloir contrôler, on tue une partie de l’innovation."

-> Le deuxième: le lancement de plateformes digitales partagées par des acteurs du marché. On pourrait ainsi imaginer une plateforme commune à l’initiative des banques et des assureurs dans le domaine du "KYC" (Know your customer). Le questionnaire sur le profil du client serait rempli une fois pour toutes. Ce profil serait alors accessible aux autres institutions. Cela permettrait de limiter les coûts pour les banques et de simplifier la vie des clients. Et rien n’empêcherait d’exporter cette plateforme à l’étranger.

Dans ce cadre, il sera intéressant de scruter le développement de la nouvelle plateforme fintech B-Hive (ex-Eggsplore) qui bénéficie du soutien des grandes institutions financières du pays, d’Euroclear, de Swift et du gouvernement fédéral. Cette plateforme B-Hive est destinée à partager le savoir-faire en matière d’applications de services financiers.

-> le troisième: la Belgique devrait bien mieux profiter de sa proximité des institutions européennes pour saisir les opportunités. Notamment pour devenir un centre important dans le domaine des fintechs (technologie financière). Toujours en raison de cette proximité des institutions européennes, Grégoire Tondreau propose aussi de réinitier à Bruxelles le projet d’une agence européenne de rating, afin de combattre le monopole américain. Et Bruxelles, ajoute-t-il, a aussi une belle carte à jouer pour accueillir l’European Banking Authority (EBA), l’autorité bancaire européenne actuellement installée à Londres et que se disputent Paris et Francfort. "On pourrait profiter de cette rivalité entre la France et l’Allemagne. La Belgique devrait mieux batailler pour plaider sa cause", conclut-il.

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