interview

Le digital tout gratuit n'aura qu'un temps, prévient Johan Thijs (KBC)

©jonas lampens

Pour le CEO de KBC, Johan Thijs, "il faut bien que les investissements massifs consentis soient en partie compensés par des rentrées." Autrement dit, "au-delà des services bancaires de base, les autres services vont à terme devenir payants".

Robustesse, solidité. Chez KBC, on aime beaucoup ces deux mots lorsqu’il s’agit de synthétiser les finances de la maison. Par les temps qui courent, le groupe flamand de bancassureur manie également un autre vocabulaire: prudence, incertitude.

"Si nous n’évoluons pas, le client partira."

Le brouillard autour du Brexit, les relations commerciales tumultueuses entre Etats-Unis et Chine, ou entre Etats-Unis et Europe: tout ceci jette un voile sur la suite des opérations pour KBC. "Nous prévoyons que toutes nos divisions vont continuer à produire de solides rendements, dit le CEO Johan Thijs. Mais s’il y a un ‘no deal Brexit’ ou si les conflits commerciaux s’aggravent, on peut mettre ces prévisions à la poubelle."

En attendant, le moteur tourne. Les moteurs, à vrai dire. Le groupe a bouclé 2018 sur un bénéfice net de 2,6 milliards d’euros, identique (à 5 millions près) à celui de 2017. La Belgique y a contribué pour 1,5 milliard (-8%), la République tchèque pour 654 millions (-7%) et les autres pays (Bulgarie, Slovaquie, Hongrie, Irlande) pour 533 millions (+ 20%).

Merci la marge tchèque

La bonne nouvelle, c’est la hausse de 3% des revenus d’intérêt enregistrée sur l’année (à 4,5 milliards), et même de 6% pour les seules activités bancaires. En Belgique, la marge nette n’a pas redécollé (1,72% en 2018, 1,73% en 2017), ce sont les volumes qui ont permis de compenser (+ 5% en crédits et en dépôts). Mais en République tchèque, hors zone euro, KBC profite à plein de la hausse des taux directeurs. À Prague et alentours, la marge nette de KBC est de… 3,25%.

"Il est trop tôt pour élargir notre périmètre et rajouter de nouveaux pays. Nous devons d’abord continuer à nous développer là où nous sommes."

"C’est l’avantage de notre diversification géographique, résume Johan Thijs. En Europe centrale, la croissance des économies, de l’ordre de 3 à 3,5% et stable car financée par l’Europe, couplée à la consommation des ménages conduisent à une prospérité qui prendra encore plusieurs années avant de rejoindre les niveaux que nous connaissons en Belgique." KBC compte donc en tirer profit pendant un bon moment.

La montée du populisme en Europe de l’Est viendra-t-elle gripper la machine? "Je ne peux en tout cas pas dire que cela a eu un effet jusqu’ici sur nos résultats en Europe de l’Est. Nous regardons ces pays avec un regard occidental mais nous devons aussi respecter leur manière de faire. Le populisme est un problème, on est d’accord. J’ajoute que je ne constate pas plus de populisme en Europe centrale qu’en Europe de l’Ouest. En Belgique, aux Pays-Bas, en France, en Italie, etc., on connaît cela aussi, je crois. Monsieur Orban, le Premier ministre hongrois, a dit que les banques allaient payer plus de taxes pour aider à combler le déficit budgétaire national, mais n’a-t-on pas fait exactement la même chose en Belgique?"

Johan Thijs confirme au passage son intérêt pour Budapest Bank, institution publique à vendre, dont l’État hongrois espère tirer 700 millions de dollars. KBC dispose d’une cassette d’1,9 milliard d’euros pour d’éventuelles acquisitions.

La maison doit-elle travailler à une expansion au-delà des pays où elle est active (voir plus haut)? "Non, il est trop tôt pour élargir notre périmètre et rajouter de nouveaux pays. Nous devons d’abord continuer à nous développer là où nous sommes. Nous voulons faire une acquisition en banque en Slovaquie ou en Hongrie, nous cherchons aussi à acquérir en assurances dans tous les pays où nous sommes présents."

"La concurrence est là"

Et en Belgique, KBC va-t-elle, comme d’autres, revoir à la hausse le tarif de services bancaires? "Ce n’est pas prévu dans les prochaines semaines, répond le CEO. Cela dit, les banques investissent massivement 1,5 milliard d’euros en ce qui concerne KBC dans le digital et dans de nouveaux services non bancaires, comme l’achat de billets SNCB ou De Lijn via KBC Mobile. Sur ces services, on ne gagne rien. Pourquoi le fait-on? Pour établir un lien plus fort avec nos clients, élever le niveau de confort et parce que la concurrence est là: les Apple Pay, Google Pay, etc. Si nous n’évoluons pas, le client partira. Cela coûte cher et cela ne rapporte rien, du moins pour le moment. Mais au-delà des services bancaires de base, à terme, les autres services vont devenir payants, c’est clair. Il faut bien que ces investissements soient en partie compensés par des rentrées."

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