Les banques sceptiques face à Apple Pay

©BNP

Décollage rapide pour Apple Pay chez BNP Paribas Fortis. Près de 200.000 clients sont déjà séduits par ce service de paiement mobile. Pourquoi? D’autres banques belges vont-elles prochainement "dealer" avec le géant californien?

Il y a trois mois, BNP Paribas Fortis lançait Apple Pay pour les paiements sans contact par cartes de débit et de crédit MasterCard, en ligne ou en magasin lorsque le terminal est NFC (pour "near field communication", ce qui est le cas de 85% du parc). Ce nouveau service de paiement est proposé aux détenteurs d’iPhone (ou d’une montre Apple Watch pour les paiements en magasin) pour les trois marques du groupe: BNP Paribas Fortis, Fintro et Hello Bank.

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En trois mois, Apple Pay a été activé dix fois plus que ne l’a été Google Pay en deux ans.

Le nombre d’activations a décollé instantanément. En un jour, Apple Pay était enrôlé par près de 30.000 clients. Trois mois plus tard, on en est à 190.000 activations, nous revient-il. La barre des 200.000 devrait être franchie dans quelques jours.

La banque a identifié parmi sa clientèle 500.000 utilisateurs équipés à la fois d’un iPhone et de l’application bancaire maison.

Google Pay enfoncé

Bref, c’est parti comme une balle. Par comparaison, le concurrent Google Pay fait pâle mine. En mars 2017, BNP Paribas Fortis a lancé en Belgique ce qui s’appelait encore Android Pay et, deux ans plus tard, on ne compte que 20.000 clients utilisateurs. KBC, qui avait suivi six mois plus tard, ne recense que 5.000 utilisateurs à ce stade.

Toutes les études marketing le disent, les clients d’Apple sont souvent fans de nouveautés, on leur donne souvent l’étiquette d’"early adopters". C’est la grande force d’Apple, refrain connu, et c’est ce qui explique ce décollage rapide.

D’autres amateurs? Bof

Selon nos informations, la période d’exclusivité dont jouissait BNP Paribas Fortis pour Apple Pay devait se terminer fin février mais a été prolongée d’un mois. D’autres banques belges vont-elles prochainement "dealer" avec le géant californien? Apple a signalé récemment que son service serait bientôt disponible auprès de plusieurs nouveaux acteurs digitaux (Bunq, Buy Way, N26 et Revolut). Mais aucune autre grande banque n’est annoncée.

Les grandes maisons ont toutes à peu près la même réaction: nous suivons l’évolution du marché de près.

Les grandes maisons ont toutes à peu près la même réaction: nous suivons l’évolution du marché de près. Personne ne ferme officiellement la porte et c’est logique. Si Apple Pay devait s’imposer comme une norme incontournable, elles seraient bien obligées d’y venir.

Officieusement en revanche, les réponses prennent un tour plus sceptique. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord, les banques font valoir qu’il existe déjà beaucoup de solutions de paiement mobile, entre les applications maison comme chez KBC/CBC ou Belfius, Payconiq/Bancontact (les deux ont fusionné en janvier), Google Pay, etc.

Ensuite, signer avec Apple représente un coût non négligeable. Il y a le coût d’intégration, la commission à payer par transaction (certes infinitésimal mais sur la masse, cela chiffre) et surtout, des coûts publicitaires importants (quoique confidentiels) à assumer. La banque qui adopte Apple Pay paie pour faire la pub d’Apple, c’est là aussi qu’on voit la force de la marque.

"Ce partenariat stratégique avec une marque premium fait véritablement entrer la banque dans l’ère de l’open banking."
BNP Paribas Fortis

Bref, Apple Pay n’est pas gratuit mais pas impayable non plus pour la première banque du pays. Elle n’a pas développé de solution propre de paiement mobile mais a opté pour des standards internationaux. C’est un choix.

À propos du deal avec Apple, la banque développe d’ailleurs un vocabulaire très enthousiaste: "Ce partenariat stratégique avec une marque premium fait véritablement entrer la banque dans l’ère de l’open banking."

"Effet Apple"

Encore faut-il voir ce qu’Apple Pay apporte vraiment. Attire-t-il de nouveaux clients? Et ceux-ci transfèrent-ils leurs avoirs? Ces données sont confidentielles, of course, mais la banque assure qu’il y a bien un "effet Apple" sur l’ouverture de comptes et sur l’activation d’autres formats de paiement sans contact, que ce soit Payconiq by Bancontact ou même Google Pay. "Le nombre de téléchargements, d’activation de carte, de transactions ne cesse de croître depuis l’arrivée d’Apple Pay sur le marché belge", affirme la banque.

La filiale belge de la banque française était la première à proposer Apple Pay parmi les grands marchés du groupe. Depuis lors, la maison-mère l’a aussi lancé en France, où le service est déjà disponible auprès d’une série de grands noms de la banque.

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