"Les banques vont vivre deux, trois années difficiles"

Philippe Voisin, CEO de Crelan ©Dieter Telemans

La banque coopérative Crelan signe un exercice 2018 "rassurant", estime son CEO Philippe Voisin. Pour la suite, il se montre prudent. Très prudent.

À la tête de Crelan depuis deux ans, Philippe Voisin est un homme prudent. Son passé de chief risk officer n’y est pas pour rien mais c’est aussi dans sa nature. Et puis la période n’est pas simple du tout, nous explique-t-il en marge de la présentation des résultats financiers 2018.

"Après la crise bancaire, on a vu les banques travailler sur deux points: réduire la taille de leur bilan et optimiser leur liquidité. Aujourd’hui, vu les taux d’intérêt durablement bas, elles s’activent sur plusieurs axes: gestion de leurs coûts, recherche de sources de revenus complémentaires à la marge d’intérêt sans oublier le chapitre concentration. Si le deal Deutsche Bank – Commerzbank ne se fera pas, le paysage bancaire européen et belge évoluera, n’en doutons pas."

3%
de dividende
Comme en 2017, un dividende de 3% sera versé aux 275.000 coopérateurs de Crelan.

Dans un tel contexte, Crelan et ses 24 milliards d’euros d’actifs gérés (bilan et hors bilan compris) sont-ils assez grands pour continuer à exister seuls? "Crelan en a la capacité, je le pense, mais à condition que nous sachions améliorer sa rentabilité. Si on n’y parvient pas, la question se posera en effet."

Crelan affiche un rendement sur fonds propres de 5,59%. C’est mieux qu’en 2017 (+ 1,3%) mais ce n’est pas énorme et, en tout cas, sous les 7% que la maison s’est fixés pour objectif. Quant au rapport coûts/revenus, la banque affiche 72%. Un paramètre en amélioration mais très perfectible.

Réalisme

"Notre stratégie, c’est de nous diversifier, de nous professionnaliser, de maîtriser nos coûts mais aussi d’améliorer les fondamentaux de cette banque, insiste le CEO. Ceci dit, nous avons un socle de clients, de fonds propres, de qualité d’actifs qui nous permet de passer les deux, trois années difficiles qui s’annoncent."

Mais encore? "Ne nous berçons pas d’illusions, les nuages sont devant nous. Les taux d’intérêt devraient rester durablement bas. La marge des banques restera durablement comprimée. La volatilité va perdurer également, avec les incertitudes géopolitiques, les tensions internationales, Trump, le Brexit, j’en passe. Bref, le contexte macroéconomique des années à venir impose une grande prudence."

En attendant, Crelan a signé un exercice 2018 "rassurant", estime Philippe Voisin. Un exercice "marqué par une relative préservation des marges, une relative maîtrise des coûts et une très bonne orientation du coût du risque".

Du côté des crédits, la banque coopérative s’est tenue à distance de la guerre des taux en vigueur qui anime le marché hypothécaire. La production s’est même tassée d’un an sur l’autre (-1,5%) alors que la banque a mis l’accent sur les crédits aux PME et indépendants (+ 10%). Le portefeuille total de crédits est de 15,8 milliards d’euros (+ 1,9%), en ce compris Europabank, filiale spécialisée en crédit à la consommation. Côté dépôts, la progression est de 3% à 18,3 milliards d’euros.

Le groupe Crelan a bouclé 2018 sur un bénéfice net de 66 millions d’euros (+ 32%), dont 40% iront vers les 275.000 coopérateurs sous la forme d’un dividende de 3%, comme en 2017.

Crelan compte 586 agences indépendantes. L’enseigne a repris 22 points de vente Record Bank (réseau qu’ING Belgique a supprimé) et fermé 58 de ses agences.

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