Les prêts d'urgence de la BCE inquiètent

Pour la deuxième journée consécutive, la Banque centrale européenne (BCE) a débloqué des sommes gigantesques de prêts d’urgence à 24 heures.

En deux jours, La BCE a débloqué 31 milliards EUR de prêts d’urgence. Suite à cela, un nouveau vent de panique agite le secteur bancaire européen. De quoi alimenter les spéculations sur d’éventuels nouveaux problèmes de financement pour certains établissements financiers de la zone euro.

La BCE a ainsi consenti vendredi plus de 16 milliards d’euros de prêts d’urgence, un record depuis juin 2009. Jeudi, l’institut d’émission avait déjà alloué plus de 15 milliards d’euros de tels prêts.

En général, ces prêts tournent autour du milliard. De quoi tirer un trait sur la première théorie à ces montants immenses, qui parlait d’une possible erreur de manipulation...

Au sein de l’institution de Francfort, le silence est d’or. Aucune explication n’a été avancée vendredi quant à cette brusque poussée de fièvre. Ni même de précisions sur la ventilation de ces fonds.

La dernière fois que les prêts d’urgence à 24 heures avaient dépassé les 10 milliards d’euros, c’était le 24 juin 2009. Ce jour-là, la BCE avait dû débloquer 28,7 milliards d’euros alors que cette année, ces prêts n’ont dépassé qu’à deux reprises le milliard d’euros.

Problème de financement?

Sur le marché, c’est l’interrogation. En théorie, ces prêts d’urgences sont consentis par la BCE lorsqu'une ou plusieurs banques n’ont pas reçu suffisamment de financement dans les circuits classiques. Si elles sont incapables de compenser sur les marchés, elles sont forcées d’utiliser cette facilité de la BCE en attendant la nouvelle offre traditionnelle de l’institut. Une nouvelle offre est prévue ce mardi avec l’argent disponible mercredi.

Dans ce cas, la distorsion pourrait durer jusqu’à jeudi prochain. Une source monétaire en Italie a déclaré que ce pic de prêts d’urgence était effectivement le signe que les marchés monétaires ne fonctionnaient toujours pas correctement.

De plus, ces prêts à 24 heures ne sont pas gratuits. Ils coûtent 0,75 % de plus à chaque banque y recourant et sont, de ce fait, vus comme des lignes de crédit en dernier recours.

Pour expliquer ces montants inhabituels, les traders évoquent donc soit une banque éprouvant des difficultés de financement sur les marchés, soit un établissement qui, ponctuellement, n’aurait pas emprunté assez lors des opérations hebdomadaires de la BCE.

"Comme aucune banque ou groupe bancaire de pays de la zone euro n’est actuellement en recherche urgente de financement sur le marché interbancaire, il est probable qu’il y ait eu un problème lors de l’opération principale de refinancement", entend-on sur le marché.

L’information a néanmoins pesé sur les marchés. Le segment bancaire du DJ Stoxx 600 s’affichait vendredi en recul de 0,66 %, faisant ainsi cinq fois moins bien que le reste du marché.

Topo portugais

Pour l’heure, les regards se tournent vers le Portugal. Ses établissements bancaires font face à des difficultés de financement.

Les emprunts des banques portugaises auprès de la Banque centrale européenne ont encore augmenté en janvier, à un peu plus de 41 milliards d’euros contre 40,9 milliards en décembre, a indiqué la semaine dernière la Banque du Portugal.

Une instabilité qui se traduit également sur les marchés de la dette souveraine. Les taux des obligations d’État portugais ont encore battu des records vendredi. Ils ont atteint 7,5 %, avec pour conséquence une chute en janvier de 71 % des transactions obligataires sur base annuelle.

Certaines personnes proches des transactions affirment que la BCE compte reprendre ses rachats de dette souveraine au Portugal. Un recours auquel l’institut monétaire n’avait plus fait appel depuis trois semaines.

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