Les syndicats soulagés par l'exclusion de licenciements secs chez BNPP Fortis

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En trois ans, BNP Paribas Fortis va réduire son réseau d’agences de 40% et supprimer 2.200 emplois. Une décision qui provoque l'émoi des syndicats, qui sont cependant satisfaits d'éviter tout licenciement sec.

"On est toujours content quand il n'y a pas de licenciements secs, mais maintenant il faut voir comment vont se passer les départs. On sait qu'il y a toute une série de personnes qui atteignent l'âge de la pension et pour lesquelles il n'y a pas de problème. Mais pour les autres, il y aura des départs volontaires et parfois les gens n'ont pas le choix, donc on a un sentiment un peu mitigé", avance Thibaut Montjardin, responsable national de la CGSLB, soulagé comme l'ensemble des syndicats de BNP Paribas Fortis après que la direction de la banque a décidé d'exclure les licenciements secs dans le cadre de sa nouvelle vague de restructuration, qui prévoit la suppression de 2.200 emplois d'ici 2021.

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"Il y a toujours eu un bruit qui circulait chez BNP comme quoi il y a deux fois trop d'agences."
Thibaut Montjardin
Responsable national de la CGSLB

"On reste fâché sur la manière dont cela a été fait puisqu'ils ont commencé par négocier un cadre pour pouvoir faire cette restructuration et puis c'est seulement après qu'ils annoncent qu'ils vont accélérer la restructuration du réseau et donc la fermeture d'un certain nombre d'agences. C'est faire les choses à l'envers", regrette-t-il. "Ecarter tout licenciement sec, c'est ce pour quoi on avait négocié, ce pour quoi nous avons accepté que les gens de BNP travaillent six jours de plus gratuitement par an", affirme pour sa part Frédéric Van Engeland, représentant de la CNE.

La plus grande banque du pays souhaite également accélérer la suppression progressive de son réseau d'agences, passant de 678 actuellement à 411 d'ici 2021. "Il y a toujours eu un bruit qui circulait chez BNP comme quoi il y avait deux fois trop d'agences. Ici, on en enlève 40% donc on est un peu surpris du rythme. Cette année-ci, il y a beaucoup de regroupements donc on pense que l'impact va être limité, mais en 2020, ce sera un gros chamboulement", prévient Thibaut Montjardin. "En enlevant 40% des agences, il va y avoir des zones avec des trous", déplore-t-il. "Certains villages sont désertés, c'est une catastrophe pour pas mal de gens", abonde Frédéric Van Engeland.

"Le SETCa est favorable à un accord social mais ne signera pas un chèque en blanc."

De son côté, le SETCa tient également à faire part de son "grand étonnement" face au nombre de fermetures d'agences. Le syndicat socialiste s'inquiète de l'impact sur l'emploi, mais également sur les conditions de travail et la mobilité des travailleurs. "Cette annonce suscite bien évidemment l'émoi au sein du personnel et de leurs délégués", ajoute-t-il. "Le SETCa est favorable à un accord social mais ne signera pas un chèque en blanc. La direction doit absolument fournir des éclaircissements."

Le syndicat socialiste et les représentants du personnel tiendront une assemblée la semaine prochaine afin de faire le point sur la situation et de "formuler des propositions" à la direction. La CGSLB a indiqué faire de même.

"Les banques poussent les clients à la digitalisation"

Pour BNP Paribas Fortis, "l'accélération de la transformation digitale des habitudes bancaires de nos clients implique d'importants investissements dans la transformation de notre modèle de distribution. Pour ce faire, nous devons prendre en compte l'évolution exponentielle de la banque digitale et à distance, tout en conservant une présence physique forte sur le marché belge."

"Ils disent qu'ils doivent suivre le rythme de la digitalisation et ce que le client veut mais en fait c'est l'inverse. Ils rendent leur réseau moins accessible, sauf en cas de grosses opérations. Ils poussent les clients à la digitalisation, même en agences. Les nouvelles agences 'Be.Connected' ressemblent pratiquement à des magasins de téléphones. Les banques imposent le rythme aux clients et à leur personnel", répond Thibaut Montjardin du syndicat libéral.

600 personnes devraient toutefois être engagées au cours des trois prochaines années. "Ce sont des nouveaux profils qu'ils veulent. Des gens plus flexibles qui leur coûtent moins chers. On peut regretter qu'on ait pas anticipé ce changement en formant les gens parce que le personnel que certaines entreprises jugent obsolète aurait pu apprendre beaucoup de choses", indique Thibaut Montjardin.

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Un éclaircissement bienvenu

Côté néerlandophone, les syndicats se disent eux aussi extrêmement soulagés de l'exclusion des licenciements secs par la direction. Un verdict qui n'a toutefois pas été une grande surprise car ces dernières semaines, des rumeurs à propos de la décision de la direction avaient déjà circulé. "Ce que nous avons entendu était conforme aux attentes", indique Luc Broos de la CNE flamande. "267 bureaux fermés, c'est moins que ce que nous craignions. On nous a enfin dit comment la direction veut supprimer 2.200 emplois dans les années à venir", ajoute-t-il, jugeant positivement le fait d'y voir plus clair dans les intentions de la première banque du pays.

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