Que deviendra Dexia Banque Belgique?

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L'une des "surprises" du démantèlement du holding Dexia: dans l'opération, Dexia Banque Belgique emporte pour une vingtaine de milliards d'euros d'obligations classées dans le portefeuille "non stratégique" du groupe, mais qui sont techniquement logées dans la filiale opérationnelle belge. Qu'est-ce qui attend la banque désormais "publique"?

Pour 4 milliards d'euros, Dexia Banque Belgique (DBB) redevient publique mais n'est pas nationalisée, insistent les intervenants. Une précision juridique qui ne change rien au résultat final: l'État détient 100 % de l'enseigne.

Par ailleurs, l'État s'engage en cas de vente de DBB (en tout ou en partie) à rétribuer la banque résiduelle sur base d'un schéma établit: en cas de vente dans les 18 mois, la Belgique versera l'éventuelle plus-value réalisée réduite d'une tranche annuelle de 10,5 % des 4 milliards investis. Au-delà des 18 mois, le versement sera dégressif (lire page 6).

→ Mais concrètement que deviendra la banque belge?

Le périmètre: en acquérant DBB, l'État met aussi la main sur le pôle assurance belge, Dexia Insurance Belgique, mais également d'autres activités telles que Dexia Real Estate, Dexia Lease, Dexia Auto Lease, Crefius (ex-Dexia Crédits Logement).

La surprise du jour étant le transfert des 49 % de DBB dans Dexia Asset Management (et des 51 % détenus par Dexia BIL) dans la "bad bank".

La structure: le conseil d'administration de DBB devrait être modifié. "La gouvernance de DBB, lit-on dans l'offre du gouvernement, sera revue et les administrateurs de DBB mettront leur mandat à disposition". Jean-Luc Dehaene, vice-président de ce conseil a, pour sa part, d'ores et déjà présenté lundi matin, avec effet immédiat, sa démission. "Avec la reprise de la banque par l'État, je n'ai plus aucune implication et n'entends d'ailleurs pas jouer un rôle dans la banque", a-t-il indiqué lors de la conférence de presse.

Quant à la direction actuelle, elle devrait, du moins dans un premier temps, rester en place. "En période difficile, avoir un banquier expérimenté est une bonne chose", entend-on.

Pour rappel, après le départ début septembre de Stefaan Decraene, Jos Clijsters (ex-Fortis banque) a pris les rênes en tandem avec Marc Lauwers, responsable de la banque de détail chez Dexia. "Il faudra les convaincre de rester", poursuit-on.

La situation financière: l'autre surprise du jour réside dans le portefeuille souverain de 20 milliards d'euros qui passe de la "legacy division" du groupe vers DBB (voir ci-contre). Quant aux arrangements de funding intragroupe, l'État indique qu'un échéancier sera déterminé pour une réduction graduelle du financement accordé par DBB vers les autres entités du groupe. On entendait ainsi qu'à l'horizon 2014, entre 2 et 3 milliards de financement seraient encore offerts par DBB au groupe, contre les 30 milliards actuels.

L'emploi: DBB emploie, toutes entités confondues, quelque 13.650 personnes - dont 4.436 pour les réseaux indépendants. Si les syndicats se sont dits rassurés par les propos du Premier ministre Leterme, qui a indiqué que "chaque personne sera nécessaire", surtout après plusieurs restructurations, son homologue des Finances, Didier Reynders, se voulait, lui, plus réaliste. Il a ainsi déclaré sur les ondes radio que le contexte actuel dans lequel évoluait la banque ne permettait pas de garantir à l'avenir l'absence de toute restructuration.

Le nom: il est certain que la scission entre DBB et le groupe devra passer par un changement de nom d'une des deux parties. Dexia Banque Belgique ayant déjà été pénalisée par l'héritage du passé du groupe, il semble que DBB pourrait conserver les droits sur son nom.

De plus, un rebranding d'une franchise commerciale est coûteux: les enseignes des 827 agences à changer (avec à chaque fois l'obtention d'un permis urbanistique), les folders publicitaires, les en-têtes de lettre, etc.

→ Changer le nom d'une société cotée n'est pas sans impact non plus. Ce fut cependant l'option choisie dans le dossier Fortis avec Ageas.

D'autres interrogations subsistent sur l'avenir de DBB: avec l'État comme propriétaire, la banque va-t-elle devoir se recentrer sur une activité 100 % retail, jugée plus saine? Et qu'adviendra-t-il du réseau d'agences? DBB va-t-elle évoluer vers un autre modèle de distribution?

 

Ces 20 milliards qui dérangent
En quittant le giron du groupe, Dexia Banque Belgique emporte avec elle pour une vingtaine de milliards d'euros d'obligations classées dans le portefeuille "non stratégique" du groupe, mais qui sont techniquement logées dans la filiale opérationnelle belge. C'est ce que Pierre Mariani a révélé hier, en réponse à des questions posées hier à la conférence de presse du groupe.

Impossible d'obtenir, à ce stade, plus de détails sur le profil de ces 20 milliards d'euros d'obligations dont hérite la banque belge, et donc l'État belge, son actionnaire à 100 %.

"Nous n'avons pas de description de leur composition mais elle est de même qualité que l'ensemble du portefeuille obligataire non stratégique", affirme Dexia. Un portefeuille qui, dans son ensemble, est composé à 24,5 % d'obligations au secteur public, auxquelles s'ajoutent 15,8 % d'obligations souveraines et 15,6 % d'obligations bancaires. Le solde? Principalement des obligations adossées à des actifs comme des crédits immobiliers.

L'ensemble de ce portefeuille bénéficie d'une notation moyenne d'A-, et affiche une durée de vie moyenne de 12,8 ans.

• Risque souverain grec
Selon nos informations, ce portefeuille qu'emporte la banque belge contient toutefois, entre autres, des obligations souveraines grecques qui, si elles devaient subir une nouvelle décote, pèseraient significativement sur les résultats de Dexia Banque Belgique.

Ce risque s'ajoute donc aux quelque 54 milliards d'euros de garanties que l'État belge a accepté de donner au groupe pour faciliter le financement de son portefeuille en extinction. Un partage qui apparaît donc, au final, comme particulièrement défavorable à la Belgique.

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