interview

"Taxer les plus-values compliquera encore plus la tâche des assureurs-vie"

©ID/ photo agency

Hans De Cuyper est le nouveau président d’Assuralia, la fédération des assureurs belges ou actifs en Belgique. Le CEO d’AG Insurance reprend le siège laissé vide par Frank Koster, ex-CEO d’Axa Belgium, remercié à la mi-juillet par sa maison mère française.

D’habitude, l’assurance est une activité plutôt discrète mais c’est tout le contraire en ce moment. Entre les taux bas, qui plombent la branche vie, et la digitalisation qui secoue tout le métier, les compagnies coupent dans l’emploi (Axa, P&V, qui sera le suivant?) ou sont sommées de renforcer leurs finances (Ethias, Integrale).

Vous ne reprenez pas cette présidence au moment le plus calme qui soit.
Non, en effet (rires).

Ce sera quoi, votre job?
Travailler au maintien de la confiance dans le secteur, que ce soit en matière d’emploi ou de capacité de croissance. Confiance dans l’assurance-vie aussi, car elle joue un rôle majeur dans notre société. D’abord parce qu’une part importante de nos pensions sont logées dans le 2e et le 3e piliers (assurances-vie de groupe et individuelles, NDLR). Ensuite parce que les réserves accumulées (quelque 200 milliards d’euros, NDLR) jouent un rôle crucial pour l’économie: elles sont investies dans les entreprises, les marchés d’actions, les projets d’infrastructures, etc.

Avec les taux d’intérêt au plancher, les produits d’assurance-vie à huit ans ont-ils encore un avenir?
Ces produits d’investissement sont soumis à la plus forte pression, que ce soit au niveau fiscal ou surtout parce que les taux d’intérêt sont très bas. Mais l’assurance-vie couvre des multiples besoins, dont certains ont encore beaucoup de potentiel de développement. Je pense notamment à un domaine comme la protection financière des ménages. Les gens sont encore trop peu conscients du risque que fait courir un décès, un accident ou une maladie grave sur les revenus du ménage.

"Que se passera-t-il en cas de remontée brusque des taux? Cela reste un point d’attention."

Un jour, les taux remonteront. N’est-ce pas cela, le grand danger pour les assureurs? Cela va peser sur vos portefeuilles obligataires…
Si les taux remontent lentement, le secteur est en capacité de l’absorber. Par contre, que se passera-t-il en cas de remontée brusque? Cela reste un point d’attention. Chaque entreprise doit travailler sur cette question.

Vous attendez-vous à d’autres réductions de l’emploi dans le secteur?
Oui. Cela tient à la digitalisation. Ce n’est pas nouveau mais, après avoir modifié la façon de travailler en interne et avec les distributeurs, la digitalisation s’accélère et va maintenant jusqu’au client final, grâce aux nouveaux outils comme le smartphone. Ceci dit, cela ouvre aussi de nouvelles opportunités. La digitalisation doit amener les assureurs à se demander: ne dois-je pas élargir mon modèle de services? En moyenne, un assureur a un contact par an avec son client, alors que celui-ci est en permanence sur son smartphone. Avec la connaissance qu’ils ont de leurs clients, les assureurs doivent pouvoir offrir plus de services.

"L’assureur fournit une couverture incendie mais ne peut-il pas proposer d’autres services liés à l’habitation, grâce aux objets connectés?"

Vous pensez à quoi?
L’assureur fournit une couverture incendie mais ne peut-il pas proposer d’autres services liés à l’habitation, grâce aux objets connectés? Plutôt que de se limiter à assurer une auto, ne peut-il pas élargir son rôle à la mobilité au sens large? En moyenne, les assureurs belges ont bonne réputation, ils gèrent bien les sinistres et disposent de moyens importants. Ils ont donc ce qu’il faut pour développer de nouveaux services avant que les fintechs et autres insurtechs ne s’en chargent à leur place. Là, les assureurs peuvent aller chercher de la croissance, qui est la seule manière de stimuler l’emploi. Sinon, la digitalisation ne sert qu’à gagner en efficacité et fait baisser l’emploi.

Vous attendez-vous à des regroupements d’entreprises?
Ici ou là, cela peut se produire mais les assureurs vont davantage investir leurs capitaux dans leur développement en interne, pour faire évoluer leur business traditionnel vers le monde de demain, plutôt que de chercher à devenir plus grand via des acquisitions.

CV

Né en 1969 à Heist-op-den-Berg.

Diplômé en sciences actuarielles et en sciences mathématiques (KUL). MBA, Vlerick Management School.

1993. Démarre sa carrière à La Patriotique (devenue ING Insurance Belgium).

2004. Rejoint Fortis Insurance. Dix ans en Asie (Hong Kong, Kuala Lumpur).

2013. Nommé CFO d’AG Insurance.

2015. CEO d’AG Insurance.

Octobre 2016. Président d’Assuralia.

Le courtage est-il voué à disparaître comme le prédisent certains?
Je suis convaincu qu’une relation de confiance avec le client reste importante et que l’intermédiaire y joue un rôle clé. Ce qui est sûr, c’est que le rôle du distributeur va changer et aller vers plus de services. Mais je ne vois pas le réseau de distribution disparaître et être remplacé par le tout digital. Le digital est un outil pour faire mieux ce qu’on fait déjà ou pour développer de nouvelles activités. Ce n’est pas un but en soi.

Le CD&V veut taxer les plus-values sur actions: ce ne serait pas neutre pour votre secteur.
Certainement pas. N’oublions pas que les assureurs ont déjà fortement désinvesti les actions ces derniers temps à cause des nouvelles règles Solvabilité II et de la charge de capital requise pour ce type d’investissements. Si on crée une taxe sur les plus-values, cela ne fera que compliquer encore plus la tâche pour les assureurs-vie. Il faudra être très prudent au moment de définir les règles: qui veut-on toucher avec cette taxe? La réalisation de plus-values fait partie du métier des assureurs-vie, c’est un des leviers qui permettent de verser un rendement au client. Il faut que la flexibilité reste de mise.

La sonnette d'alarme activée sur les taux des pensions

 Le taux légal garanti sur les assurances groupe doit être revu à la baisse, faute de quoi le financement des pensions complémentaires sera menacé, a déclaré Hans De Cuyper, enfilant son costume de président d'Assuralia.

Ce système de taux garanti avait déjà été modifié l'an passé, passant d'un taux garanti de 3,25 % pour les cotisations patronales et de 3,75 % pour celles des travailleurs à un taux variable lié aux taux des obligations belges à 10 ans, avec un minimum de 1,75 %.

Ce minimum reste toutefois intenable pour les assureurs dans le climat actuel, le taux des obligations à 10 ans ne tournant qu'autour des 0,3%, a averti le responsable de la fédération sectorielle.

Cette situation inquiète les employeurs qui sont légalement tenus de combler la différence si les assureurs apportent moins que le taux minimum garanti, a-t-il encore expliqué.

Le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine n'exclut pas de nouvelles mesures. Il rappelle le nouveau cadre entré en vigueur en janvier dernier. "Nous avons déjà pris des mesures au mois de décembre 2015 pour exécuter l'accord conclu entre les partenaires sociaux qui prévoit de réduire le taux plancher à 1,75% pour la garantie légale de rendement", a-t-il indiqué. "Vu l'évolution depuis lors, je reprendrai contact avec les différents acteurs pour évaluer la situation et, le cas échéant, pour prendre de nouvelles mesures", a ajouté le ministre, cité par son porte-parole.

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