analyse

Action Dexia: 1996-2019

©BELGA

Le groupe Dexia annonce vouloir procéder d'ici la fin de l'année au délisting de ses actions. Objectif: une réduction des coûts pour l'entreprise, et la fin, pour l'actionnaire, de ce sentiment que l'action a encore de la valeur.

Une page boursière s'apprête à se tourner sur une entreprise, qui a fait un jour partie des sociétés belges considérées comme un investissement de "bon père de famille". Entré fin 1996 sur les marchés boursiers bruxellois, parisien et luxembourgeois, le groupe bancaire Dexia quittera bientôt définitivement les chemins de la cote. Flash-back sur plus de 20 années de cotation.

1999-2019

L'histoire commence en 1996 avec le mariage de "Jef et Marianne": le Crédit Communal s'unit à son homologue français, Crédit Local. Le 20 novembre de cette année, Dexia fait son entrée sur les trois marchés boursiers. L'action est introduite sur le marché de Bruxelles à environ 2.700 francs (67,5 euros). Pour son premier jour, elle grimpera de quelque 4,5%. Au final, cette IPO permettra à Dexia de lever plus de 34 milliards de FB (840 millions d'euros). Depuis l'eau a coulé sous les ponts, voire les ponts ont été engloutis par un violent torrent. L'action Dexia a clôturé ce lundi à 3,34 euros (après regroupement, voir plus bas).

©Rapport annuel 2002 de Dexia

→ 2008: Il y a d'abord la chute de Lehman Brothers qui a balayé les marchés et fortement affecté Dexia. Le groupe est contraint à être renfloué à hauteur de 6 milliards d'euros par ses actionnaires (Arco, Ethias, Holding Communal). Parallèlement, les États français, belge et luxembourgeois lui ouvrent leur parapluie: toute émission – indispensable pour assurer la liquidité du groupe – bénéficiera des garanties publiques.

En bourse, l'action abandonne son pic de 20 euros de l'année précédente. Après avoir cédé plus de 7,50% à 10,07 euros le 26 septembre, le titre Dexia s'effondre de plus de 34% le 29 septembre. Le lendemain l'agence Moody's baissait la notation de Dexia.

→ 2011: Le cours vivotera jusqu'au crash final fin septembre 2011. La crise européenne de la dette souveraine et les fortes perturbations des marchés financiers sont fatales. Les États belge, français et luxembourgeois sont appelés au chevet. Quant à l'Europe, elle ordonne le démantèlement de Dexia. La banque belge est extraite du périmètre pour devenir Belfius et les autres filiales opérationnelles sont vendues. Dexia, ce n'est donc quasi plus qu'un portefeuille d'actifs à gérer jusqu'à son extinction. Depuis le cours de Bourse évolue tel un encéphalogramme plat.

Le délisting dans l'air

2.675
francs belges
Le 20 novembre 1996, l'action faisait son entrée sur les marchés au prix de 2.675 francs (66,31 euros).

A plusieurs reprises, les dirigeants de Dexia ont été interrogés sur un éventuel retrait de la cote. En 2014, Karel De Boeck – qui a pris les rênes du groupe pour assurer sa résolution – se disait déjà favorable à un retrait de la cotation de l'action. Il indiquait qu'une cotation coûtait très cher à la banque résiduelle. "Une sortie de Bourse nous coûterait moins cher."

À l'époque se pose la question: les États belge et français devraient-ils racheter les actions en circulation (à peine 0,5% du capital). À quel prix l'actionnaire serait-il prêt à lâcher son titre?
Karel De Boeck ajoute aussi qu'un delisting n'est pas sans frais. Jugée non prioritaire, l'opération sera mise au frigo.

En mai 2015, les actionnaires réunis en assemblée générale décidaient toutefois le regroupement des actions devenues des pennies stocks (elles valaient à cette époque 7 cents). En date du 4 mars 2016, une nouvelle action Dexia regroupera 1.000 anciennes. Ce regroupement a été salué, car il permettait une plus juste proportion entre le prix de l’action et les frais forfaitaires appliqués par les intermédiaires. A contrario, il limitait la volatilité. Le 4 mars 2016, l'action ouvrait à 33 euros. 

L'étape suivante sera effectuée en décembre de cette année, avec la cotation unique de Dexia sur le marché d'Euronext Bruxelles. Le groupe quittait ainsi les bourses de Paris et Luxembourg.  

L'annonce du retrait total est donc la suite logique.

Les implications d'une sortie de la cote? 

Ce retrait est un avantage pour Dexia, car la cotation coûte cher et donne parfois l'impression à l'actionnaire que la société a encore de la valeur alors que ce n'est pas le cas.
Porte-parole de Dexia

La cotation d'une action n'est pas quelque chose d'irréversible. Il est vrai que souvent une entreprise entre sur les marchés avec l'intention de lever des fonds. Néanmoinsêtre une société cotée impose certaines obligations:

> l'entreprise doit par exemple publier ses résultats semestriels et annuels;
> elle est soumise aux soubresauts du marché;
> elle subit la pression des actionnaires.

Une cotation est aussi coûteuse. "Ce retrait est un avantage pour Dexia, car la cotation coûte cher et donne parfois l'impression à l'actionnaire que la société a encore de la valeur alors que ce n'est pas le cas", explique la porte-parole.

Une entreprise non cotée facilitera aussi la convocation des assemblées générales. "La convocation sera plus simple. Il nous suffira d'envoyer une invitation aux actionnaires inscrits dans nos registres sans passer par la publication officielle dans la presse."

Et pour l'actionnaire? Ce delisting a une conséquence: les actions seront dématérialisées et inscrites nominativement dans les registres de Dexia. S'il reste donc actionnaire de Dexia, ce dernier ne devra plus s'acquitter, à terme, de droits de garde. 

En cas de souhait de vente, l'opération reste possible via le gré à gré ou la plateforme d'Euronext, le "Expert Market".   

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