Allonger les délais de paiement des entreprises: la formule d'Edebex

David Van der Looven (à droite) et ses partenaires continuent de semer des graines de disruption dans le champ du factoring. ©Edebex

Edebex, la fintech disruptive dans le secteur du factoring, sort un nouveau produit de son chapeau pour aider les entreprises en difficulté à lâcher plus lentement leur cash.

Pour aider les entreprises en difficulté à se relancer au sortir de la crise, le bureau d'analyse de données Graydon propose d'aller puiser dans la trésorerie des sociétés saines via un système simple: faire en sorte que les entreprises richement dotées octroient des délais de paiement plus longs à celles en problème (lire L'Echo du 22 mai). La fintech belge Edebex estime qu'elle le fait déjà. Et, bien plus, elle vient de lancer un nouveau produit qui répond encore mieux à ce besoin de refinancement des PME.

Edebex exploite une plateforme qui permet aux fournisseurs de revendre les factures de leurs débiteurs à des investisseurs. Par rapport au factoring classique, la fintech offre une solution plus rapide, sans obligation de lui confier toutes ses créances (on peut les revendre à la pièce), après une analyse financière qui se limite à la qualité de chaque facture. Et de l'autre côté de la barrière, ce sont des investisseurs agréés par la plateforme qui déboursent: des sociétés de management, des entreprises productives, des sociétés financières et même des experts comptables. Ajoutons qu'un assureur crédit garantit, à hauteur de 90%, les montants engagés contre le risque d'insolvabilité du débiteur.

"Nous sommes l'eBay des factures non échues."
David Van der Looven
Cofondateur, directeur commercial et marketing d'Edebex

"Nous sommes l'eBay des factures non échues", explique David Van der Looven, un des cofondateurs d'Edebex. À ce jour, quelque 2.000 PME ont vendu des créances sur la plateforme pour un demi-milliard d'euros. Et la fintech belge exporte ses services dans quatre autres pays européens.

D'une crise à l'autre

Edebex est née en réaction à la crise financière de 2008 et à l'assèchement des crédits aux PME qui a suivi la remise en ordre des banques à l'époque. Aujourd'hui, la fintech adapte son offre à la crise pandémique en proposant une nouvelle formule, qu'elle a baptisée "Supply Chain Finance" (financement de la chaîne d'approvisionnement).

"Au début du confinement, certains débiteurs ont décidé soit de ne plus payer leurs fournisseurs, soit de les payer après 30 jours, soit de le faire après 60 jours ou davantage", détaille David Van der Looven. "On peut les comprendre, même si ce n'est pas très raisonnable." Et puis, la directive européenne ad hoc prévoit 60 jours de délai de paiement maximum; certains pays, comme la France, l'appliquent strictement.

Dans ces conditions, que faire pour aider les entreprises en difficulté aujourd'hui? "Dans notre solution, poursuit le dirigeant, la date d'échéance de la facture reste la même, mais on va prolonger le délai de paiement du débiteur." Car ce ne sera plus le fournisseur, mais le débiteur lui-même qui, avec l'accord du fournisseur, proposera la facture à la revente sur la plateforme d'Edebex. Les investisseurs payeront aussitôt le fournisseur, puis accorderont un délai de paiement allongé au débiteur.

"On offrira les 30 premiers jours gratuitement, puis le débiteur pourra adopter en option un délai plus long, à un taux d'intérêt annualisé de 6% (0,5% par mois)." Il pourra aller jusqu'à 120 jours.

"Dès que l'activité économique reprendra, il y aura des factures en masse et nous nous attendons à une avalanche de demandes."
David Van der Looven
Cofondateur, directeur commercial et marketing d'Edebex

C'est en gros la solution préconisée par Graydon, à cette différence près qu'il n'est plus question ici d'incitants fiscaux pour encourager les entreprises investisseuses à accorder les délais.

Chez Edebex, on croit dur comme fer au succès de la formule. "Pour le moment, il y a peu de prestations d'entreprises et donc peu de factures, dit Van der Looven. Mais dès que l'activité économique reprendra, il y aura des factures en masse et nous nous attendons à une avalanche de demandes pour ce produit." Seul souci en vue, mis sous pression par la crise, les assureurs crédit se font plus exigeants.

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