Bâle III, c'est gérable pour les banques!

Mario Draghi

Les coûts dérivés des nouvelles normes sur le capital financier définies par Bâle III pourront être gérés grâce "à une période appropriée d'adaptation".

Les banques l’avaient affirmé haut et fort: la régulation mise en place par le Comité de Bâle pèsera  sur le financement de l’économie réelle.
Aujourd’hui, le gouverneur de la Banque d’Italie et également président du Conseil de stabilité financière, Mario Draghi, tempère. "Les coûts macroéconomiques des nouvelles réglementations du secteur bancaire seront gérables", indique-t-il. La réponse du berger à la bergère en quelque sorte.
"Les bienfaits économiques de la réforme ainsi proposée sont substantiels et doivent être pris en considération au même titre que l’analyse des coûts. Ces bénéfices ne viendront pas uniquement d’un système bancaire plus solide à long terme, mais également d’une confiance accrue dans la stabilité du système financier", poursuit Nout Wellink, président du Comité de Bâle (et gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas).

Les groupes de travail du Comité chargés de rédiger la réglementation prédisent aussi que les nouvelles exigences en matière de fonds propres et de liquidités auront un impact modeste sur la production économique à mesure qu’elles seront mises en place. Sur le long terme, elles auront en revanche un effet bénéfique, déclarent-ils.

Croissance peu affectée

Ces commentaires s’appuient sur des études publiées mercredi par le Comité de Bâle, à travers la Banque des règlements internationaux, et par le Conseil de stabilité financière (CSF).
L’étude du CSF affirme que sur une période de quatre   ans, chaque relèvement d’un point de pourcentage du ratio de fonds propres "tangibles" ordinaires sur les actifs, pondérés des risques (appelés aussi les fonds propres corporels, soit concrètement le portefeuille d’actions ordinaires d’une banque, NDLR) entraînerait une baisse de la production intérieure brute (PIB) mondiale de maximum 0,2 %. Cette proportion passe à 0,04 % si l’on prend l’étude du Comité de Bâle.

Les analyses se fondent sur une hausse des niveaux réels de fonds propres avec le constat que les banques détiennent généralement plus de fonds propres que le seuil minimum requis.

La semaine dernière, des sources européennes et asiatiques avaient rapporté que le ratio plancher de fonds propres "Core Tier 1" (les fonds propres durs, grossièrement équivalant aux fonds propres tangibles ordinaires) sera sans doute fixé entre 4 % et 6 %, contre 2 % actuellement.

Jusqu’à ce jour, les seuls effets chiffrés de "Bâle III" sur l’économie avaient été avancés par l’étude de l’Institut de la finance internationale (IIF). Ce groupe de pression bancaire avait affirmé en juin dernier que la réforme de Bâle III pourrait coûter l’équivalent de trois points de PIB à la croissance mondiale au cours des cinq prochaines années et quelque 9,7 millions d’emplois. L’IIF représente 400 compagnies financières présentes dans plus de 70 pays.

Jean-Laurent Bonnafé, le patron de BNP Paribas Fortis et numéro deux du groupe français, avait, lui, estimé lors de la première mouture des règles de Bâle III que le renforcement des fonds propres et l’amélioration du "noyau dur" des capitaux coûteraient 400 milliards d’euros de fonds propres et contraindraient les banques européennes à émettre 1.500 milliards d’euros de dette supplémentaire avec, au final, une augmentation du coût du crédit.

Étude recommandée

Les études présentées à ce jour sont la conséquence d’une suggestion d’enseignes bancaires, telles que Deutsche Bank ou Bank of America, partant du constat qu’une mise en place accélérée de la nouvelle réglementation forcerait les banques à réduire l’activité de crédit, mettant ainsi en péril la reprise économique.

Les analystes d’UBS estiment que les besoins en capitaux frais s’élèvent à 375 milliards de dollars. À l’échelle mondiale, les banques ont déjà, depuis le début de la crise en 2007, réduit leurs encours de crédits de plus de 1.800 milliards de dollars.

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