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Bankia : l'Espagne entame un procès emblématique de la crise

Rodrigo Rato, président de la banques espagnole Bankia. ©REUTERS

Plus de 300.000 petits actionnaires avaient souscrit des paquets d'actions, pour un montant minimum de 1.000 euros, lors de l'introduction en Bourse de Bankia. Un an plus tard, la banque espagnole affichait une perte de près de trois milliards d'euros.

Avec l'ancien patron du FMI Rodrigo Rato sur le banc des accusés, l'Espagne entame lundi un procès-marathon emblématique de la crise : celui de l'entrée en Bourse présumée frauduleuse en 2011 de Bankia, sauvée de la faillite grâce à une colossale aide d'État.

Ce sauvetage historique a obligé l'Espagne à demander à l'Union européenne 41,3 milliards d'euros de prêts en 2012 pour éviter l'effondrement de l'ensemble de son secteur bancaire.

L'Audience nationale, haut tribunal chargé entre autres des affaires financières, juge notamment M. Rato, ex-dirigeant de la banque après avoir été patron du FMI de 2004 à 2007, poursuivi pour falsification de bilan comptable et escroquerie au préjudice des investisseurs.

Après cinq ans d'instruction, le procès doit durer au moins sept mois, jusqu'à fin juin. Sont poursuivies 35 personnes et sociétés, dont Bankia, sa maison-mère BFA et le cabinet d'audit Deloitte.

Le parquet a requis cinq ans de prison contre M. Rato, qui a aussi été vice-président du gouvernement espagnol et ministre de l'Economie. Il purge déjà une peine de quatre ans et demi de détention pour détournement de fonds lorsqu'il dirigeait la banque, de 2010 à 2012.

Il devrait être conduit de sa cellule au prétoire mardi ou mercredi, une fois que les questions préliminaires auront été réglées, a précisé à l'AFP un porte-parole du tribunal.

Le ministère public a également requis des peines de prison contre trois autres ex-hauts dirigeants de la banque. Il n'a en revanche requis aucune condamnation contre les autres inculpés.

"Délires de grandeur"

L'image de Rodrigo Rato sonnant la cloche et trinquant au champagne, tout sourire, le 20 juillet 2011, pour marquer le début de la cotation de la banque, est devenue un des symboles du désastre.

Plus de 300.000 petits actionnaires avaient souscrit des paquets d'actions, pour un montant minimum de 1.000 euros, attirés par une vaste campagne publicitaire et les bénéfices revendiqués par la banque.

Mais en 2012, après une année calamiteuse qui a vu s'effondrer la valeur de ses actions, celle-ci reconnaissait finalement avoir subi, l'année de son introduction en Bourse... une perte frôlant les trois milliards d'euros. L'Etat était obligé de la nationaliser pour la sauver de la faillite en y injectant une somme colossale - plus de 22 milliards d'euros - et, dans la foulée, de demander un plan d'aide européen.

Les résultats présentés aux investisseurs "se sont révélés absolument faux", note le juge Fernando Andreu dans les conclusions de son instruction.

Le moment où la banque a reconnu la difficulté de sa situation a, selon le magistrat, mis "fin aux rêves et délires de grandeur de l'entité" née en 2010 de la fusion de caisses d'épargne déjà en difficulté.

"L'introduction en Bourse de Bankia est une opération kamikaze", assure Ernesto Ekaizer, journaliste auteur d'un livre sur l'affaire.

Il pointe la responsabilité des autorités de régulation, notamment de la Banque d'Espagne, mise hors de cause par la justice. Selon lui, ces institutions ont fait la sourde oreille à la crise financière qui venait.

Série de procès 

Bankia était devenue le symbole des excès de la finance, dans une Espagne plongée dans la récession suite à l'éclatement d'une bulle immobilière entretenue par les banques concédant des crédits à tout-va.

Une première affaire a abouti à la condamnation de 63 ex-dirigeants de Caja Madrid, ancêtre de Bankia, pour avoir réglé des frais personnels en se servant librement des fonds de la banque.

Rodrigo Rato est lui en attente d'un autre jugement pour fraude fiscale.

Bankia souligne de son côté qu'elle a restitué, en 2016, un total de 1,9 milliard d'euros à plus de 220.000 petits actionnaires.

"Pour nous, cela ne règle pas la gravissime fraude commise, qui a touché des milliers de petits actionnaires, mais aussi la société dans son ensemble", déclare à l'AFP Fernando Herrero, secrétaire général de l'association de clients Adicae, partie civile au procès.

L'État, qui doit en principe reprivatiser la banque dont il détient toujours 61% du capital, a plusieurs fois reconnu qu'il ne pourrait pas récupérer la majorité des aides versées.

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