Banquier, un métier difficile à réinventer

©BELGAIMAGE

Les banques voient leurs revenus s’amenuiser et doivent réduire leurs coûts, affirme le secteur. Une autre solution est de diversifier leurs sources de rentrées et leurs activités, mais sortir de la finance semble plus compliqué que prévu.

Réduire les coûts: tel est le leitmotiv à la bouche de tous les banquiers du pays. Acculés par la faiblesse historique des taux, les argentiers du Royaume n’ont guère d’autres choix que de compresser les dépenses pour que leur activité demeure rentable.

La raison de tous les maux des banquiers est la faiblesse historique des taux. Les revenus d’intérêt ne rapportent plus autant qu’avant, car la différence entre les taux à long terme et à court terme (le spread) s’est réduite comme peau de chagrin depuis plusieurs années.

L’économiste en chef d’un grand acteur financier belge est formel: les taux ne vont pas remonter avant plusieurs années. "La population vieillit, la productivité est très basse et les investissements sont faibles, il n’y a pas de changement à attendre à court terme."

"Les banques belges restent très rentables."
Mathias dewatripont
solvay business school

Si les revenus d’intérêts restent moribonds, comment les banques peuvent-elles se rémunérer?

Tout d’abord, il ne faut pas trop noircir le tableau. Le secteur se porte bien, selon Mathias Dewatripont, professeur à la Solvay Business School: "Les banques belges sont plus rentables que leurs consœurs allemandes. KBC est par exemple une des banques les plus profitables du continent, et vaut davantage en Bourse que la Deutsche Bank."

Ensuite, les revenus d’intérêt sont encore vecteurs de profits, poursuit-il. "Les crédits hypothécaires génèrent toujours des rentrées, sinon les banques privées n’en accorderaient tout simplement plus", souligne-t-il. Il s’agit de plus d’un produit d’appel, qui va permettre de fidéliser un client pour de nombreuses années tout en lui vendant d’autres contrats, parfois à caractère obligatoire. Il s’agit ici du cross selling.

Commissions et tarifs

Outre les bénéfices toujours réalisés grâce aux taux, une autre source de revenus est le "fee business", constitué par les commissions encaissées par la banque quand celle-ci joue un rôle d’intermédiaire. Ces commissions vont être amenées à augmenter, selon Isabelle Marchand, porte-parole de Febelfin: "Les charges augmentent et les services deviennent plus chers, on va donc répercuter les coûts intrinsèques sur le client."

Dans leur corps de métier, les banques ont également la possibilité d’augmenter leurs tarifs. Une option levée par KBC, dont plusieurs services sont plus onéreux depuis ce 1er septembre. Pas plus tard que ce mardi, Michel Anseeuw, le directeur général du réseau retail de BNP Paribas Fortis, indiquait lui aussi que l’enseigne envisageait une nouvelle hausse de ses prix.

De quoi mettre un peu de beurre dans les épinards, mais pas de faire bondir la ligne des bénéfices nets des banques.

"De manière générale, on peut dire que l’activité classique des banques décroît. La crise a eu pour conséquence de réduire l’intermédiation bancaire", estime Etienne de Callataÿ, économiste et administrateur de la société d’investissement Orcadia.

Les banques sont de plus concurrencées sur leur territoire par de nouveaux acteurs. Les néobanques et les fintechs viennent marcher sur les plates-bandes des ogres, qui sont court-circuitées grâce à des nouveaux types de financement comme le crowdfunding ou le crowdlending.

Diversification

Les néobanques et les fintechs viennent marcher sur les plates-bandes des ogres, qui sont court-circuitées grâce à des nouveaux types de financement comme le crowdfunding ou le crowdlending.

Assaillies sur leur territoire, la contre-attaque des banques s’est aussi tournée vers d’autres domaines. Le plus évident d’entre eux est l’assurance. Le modèle du bancassureur, celui de Belfius et KBC, a le vent en poupe en Belgique depuis un moment. Pour preuve, Crelan a jeté son dévolu sur Axa Banque, avec laquelle elle est actuellement en négociations exclusives pour son rachat. Si l’acquisition se concrétise, Crelan doublera de taille et deviendra la cinquième banque du pays avec 47 milliards d’actifs. L’opération lui permettrait surtout de conclure un accord de distribution afin de proposer les produits d’assurance non-vie d’Axa.

Belfius, également à la recherche de pistes de croissance, lorgne dans le domaine du private banking, qui est toujours rentable. Le mois passé, Marc Raisière ne cachait pas que si Degroof Petercam était à vendre, le bancassureur public serait intéressé.

Pourtant, en dehors de la Belgique, des acteurs bancaires faisant face aux mêmes types de problèmes ont décidé d’investir des secteurs tout à fait étrangers à la finance. En France, BNP Paribas et le Crédit Mutuel-CIC se sont engagées dans la téléphonie mobile, tandis que la seconde est également active dans la location de vélos à assistance électrique.

En Belgique, les initiatives de ce type sont plus timides. La cession du groupe de leasing de voitures d’entreprise Arval à BNPPFortis en 2016 est l’une des plus intéressantes. La banque stipulait à l’époque qu’il s’agissait d’"une activité rentable qui lui permettra d’améliorer sa propre rentabilité et d’utiliser efficacement sa liquidité et sa solvabilité".

Belfius propose de son côté de réaliser de petits achats directement via son application mobile. Il est ainsi possible de régler son ticket de bus ou son plein d’essence à travers son interface. Plus original, Beobank vend un service de télésurveillance tandis que KBC permet de régler ses titres-services. La banque prend évidemment une (maigre) commission à chaque opération.

Finalement, les sources de revenus n’ont pas énormément évolué depuis le début du siècle, constate Isabelle Marchand: "Elles se cantonnent surtout au secteur financier." Pourtant, les possibilités existent. "Les banques sont assises sur une mine d’or en matière d’informations. Elles savent tout ce que vous achetez", pointe Etienne de Callataÿ. Un domaine dans lequel elles sont concurrencées par les Gafa… qui se lancent elles-mêmes dans les services financiers (Libre, Apple et Google Pay, etc.).

Le métier semble avoir du mal à se réinventer, mais les perspectives sont nombreuses. "La banque belge n’est pas en péril, et le banquier peut dormir sur ses deux oreilles", conclut Mathias Dewatripont.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n