"BNP Paribas Fortis est prêt pour Bâle 3"

Jean-Laurent Bonnafé, le CEO de BNPP Fortis, estime que la banque n’a pas besoin de lever du capital supplémentaire.

Deux ans après la chute de l’ex-Fortis Banque, et 18 mois après la reprise par BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé juge que l’essentiel du processus d’intégration sera achevé fin 2010.

Quel sera l’impact de la réforme Bâle 3 sur BNPP Fortis en termes de besoins en capitaux?

Jean-Laurent Bonnafé: Quand nous avons démarré le projet de rapprochement il y a environ 18 mois, la perspective Bâle 3 était déjà présente. Dès l’origine, nous avons intégré la dimension de capital et de liquidité pour construire le projet de BNPP Fortis. Pour rétablir la situation dans ces domaines, le plan industriel a eu comme toute première priorité deux actions très fortes: mettre en œuvre le "derisking" (réduction du profil de risques) des activités de marché et arrêter les activités non stratégiques. Aujourd’hui, la banque dispose d’une situation en capital extrêmement solide, avec des ratios très élevés. BNP Paribas Fortis est clairement au-dessus des minima qui seront demandés, et avec un certain nombre d’établissements sera continûment, quoi qu’il arrive, au-dessus de ces exigences. Elle n’aura pas besoin de lever du capital supplémentaire, malgré la hausse extrêmement significative des minima réglementaires. De plus, au sein du nouveau périmètre du groupe, BNP Paribas Fortis dispose de moyens importants pour continuer à se développer, soit dans ses marchés de référence, la Belgique et le Luxembourg, soit dans les marchés de croissance que sont la Pologne ou la Turquie.

Quels seront les effets plus généraux de Bâle 3 pour les banques?

Bonnafé: Plus globalement, pour les systèmes bancaires nationaux européens et américains, il est important de comprendre que les capitaux supplémentaires demandés auront un double impact sur les volumes de crédit et sur les tarifs. Pour faire une même activité bancaire demain, il faudra plus de capital, et donc forcément il y aura une pression à la hausse des tarifs. Certes, la période de 8 ans qui est donnée pour s’adapter est nécessaire pour gérer les à- coups ou les ruptures. Mais sur le fond, les besoins en capitaux supplémentaires seront très importants. Une évolution du mode de financement de l’économie peut d’ailleurs se produire. En Europe, où l’économie est financée à 80&flexSpace;% par les banques, il est probable qu’une partie des acteurs économiques soit à l’avenir davantage financée par les marchés, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

Certaines catégories d’entreprises, comme certains financements de collectivités locales qui étaient en Europe, pour l’instant, largement financées dans le bilan des banques, pourraient prendre progressivement le chemin des marchés obligataires.

La crise est derrière nous?

Bonnafé: La crise, dans son caractère soudain et brutal, est derrière nous. Le scénario économique en Europe et aux Etats-Unis est un peu en demi-teinte, avec une perspective de croissance modérée, ce qui s’explique par plusieurs facteurs: une certaine pression sur les dépenses publiques partout en Europe et aux Etats-Unis: et un élément de prudence d’un certain nombre d’entreprises quant à leurs projets d’investissement.

Comment se déroule l’intégration de l’ex-Fortis?

Bonnafé: Si l’on regarde l’indicateur des synergies libérées, nous avons atteint le niveau prévu pour fin 2010 dès la fin du premier semestre. Nous avons six mois d’avance. Les centres de compétences et les "steering centers", qui englobent les responsabilités fonctionnelles et business pour l’ensemble du groupe BNP Paribas, sont en train d’être installés en Belgique. Au 1er  septembre, nous avions déjà 886 personnes qui y travaillent, dont 321 étaient des postes nouvellement créés. Nous avons des raisons de penser que notre objectif initial de 1.250 postes, dont plus de 500 transférés de l’organisation globale de BNP Paribas, sera probablement dépassé. Nous poursuivons également nos investissements pour améliorer encore notre réseau commercial.

Envisagez-vous de relever l’objectif des synergies?

Bonnafé: Le moment venu, s’il y a lieu de réviser le montant des synergies, nous le ferons. Mais, pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il y a encore beaucoup à faire pour que la mise en oeuvre du plan industriel soit achevée.

Où en sont les fusions entre entités?

Bonnafé: La banque privée de BNP Paribas au Luxembourg a rejoint la BGL; la succursale de BNP Paribas en Belgique a rejoint BNP Paribas Fortis; et la filiale française de BNP Paribas Fortis a rejoint BNP Paribas. Dans le monde, différents ajustements ont été réalisés entre les plateformes CIB (Corporate and investment banking) des deux entités. Certaines migrations informatiques sont encore à venir: une des plus complexes se déroulera le week-end du 31 octobre 2010 au Luxembourg. On peut dire que pour la fin de l’année, la totalité de ces évolutions de périmètre sera achevée. Il nous restera le rapprochement en Turquie qui a démarré plus tard et dont le "closing" juridique est attendu au tout début de 2011. Le projet industriel que nous sommes en train d’élaborer en Turquie pourrait être communiqué à ce moment-là.

Regardez-vous des opportunités de croissance externe?

Bonnafé: Nous sommes satisfaits de ce que nous avons en Turquie. En Pologne, si une opportunité se présente, nous la regarderons mais toujours avec la même discipline financière. Ces deux pays, en termes de taille pour les métiers de banque universelle, sont pour nous parmi les marchés les plus intéressants.

Que répondez-vous à ceux qui disent que Fortis n’a pas été vendue assez cher?

Bonnafé: Il faut comprendre que depuis 18 mois, et ce n’est pas terminé, BNP Paribas a mobilisé la totalité de ses moyens industriels et commerciaux dans tous les métiers, dans toutes les zones géographiques du monde pour réussir ce projet. Il n’aurait pas été possible sans cela. Aujourd’hui, BNPP Fortis est en forme, prêt pour Bâle 3. L’avenir est assuré, et c’est l’essentiel. Sur la question du prix je ne ferai aucun commentaire.

Certains de vos concurrents sont occupés à restructurer. La voie est-elle libre?

Bonnafé: Il n’y aucun boulevard. Tous les clients et toutes les affaires se gagnent difficilement. La situation concurrentielle est très forte.

Comment se déroule le partenariat avec Ageas, à l’international notamment?

Bonnafé: En Italie, nous avons démarré une coopération avec une société commune qui a racheté des activités d’assurance non-vie du groupe UBI banca. Nous y regardons également des possibilités de développement avec la BNL, filiale de BNP Paribas. Au Luxembourg, un projet de rapprochement entre les activités de Cardif issues de BNP Paribas et les activités d’assurance du holding est en cours

D’autres joint-ventures sont-elles possibles avec Ageas?

Bonnafé: En théorie oui. Dans l’accord que nous avons passé, il est prévu que si des opportunités se présentent nous les regarderons ensemble.

Avez-vous un commentaire sur la rumeur d’OPA de BNP Paribas sur Ageas?

Bonnafé: C’est totalement infondé et hors champ de la stratégie du groupe.

Etes-vous intéressé pour racheter les 25&flexSpace;% de l’Etat belge dans le capital de BNPPFortis?

Bonnafé: Nous sommes dans un partenariat avec l’Etat belge et nous sommes très contents de la façon dont il se déroule. C’est une formule qui a permis de donner du sens au projet, de la sécurité et de la sérénité. Un Etat observe son système bancaire et intervient selon ses besoins, les moments, et aussi en fonction des assurances qu’il veut avoir. Ce n’est pas à moi de dire aux actionnaires ce qu’ils doivent faire.

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