BNP Paribas renonce à financer les centres de détention controversés aux USA

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Qualifié de "meilleure banque au monde pour la finance durable" l'an dernier, le groupe BNP Paribas est pointé du doigt pour les liens étroits de sa filiale américaine avec l'un des deux gestionnaires majeurs des centres de détention US où sont enfermés des immigrés clandestins et leurs enfants. Dans un mail, le groupe affirme qu'il mettra fin au financement des gestionnaires de ces centres.

En 2018, le groupe BNP Paribas recevait le titre de "Meilleure banque au monde pour la finance durable". La finance durable vise une certaine éthique professionnelle respectueuse de critères environnementaux ou sociétaux. Une banque durable n'investit, par exemple, pas dans des usines d'armement, dans l'extraction minière ou dans une activité ayant un effet destructeur sur les forêts.

Aujourd'hui, "De Standaard" jette un pavé dans la marre en indiquant que le groupe bancaire français, dont l'État belge détient près de 8%, finance des centres de détentions controversés aux États-Unis. Selon des documents soumis au régulateur financier américain Securities and Exchange Commission (SEC), BNP serait en relations commerciales "intensives" avec GEO group, l'un des deux gros gestionnaires de centres américains de détention d'immigrés, l'autre étant CoreCivic.

À elles deux, ces entreprises représentaient l'an dernier un chiffre d'affaires de 4,1 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros). Aux États-Unis, les centres de détention sont donc dans les mains de sociétés privées.

C'est fini!

Dans la foulée de la parution de l'article, le groupe a annoncé qu'il renonce à financer les gestionnaires de prisons aux Etats-Unis. "Cette décision résulte d'une consultation externe et interne qui veille à ce que les pratiques des clients soient en ligne avec la politique du groupe", a expliqué Hans Mariën, le porte-parole de BNP Paribas Fortis, par e-mail.

Le groupe avait déjà annoncé au "Standaard" qu'une "due diligence" serait effectuée. Il n'avait toutefois pas souhaité se prononcer sur la fin des relations avec GEO Group.

Institution de crédit et actionnaire

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Que reproche-t-on à BNP? La filiale américaine du groupe a mené en 2017 un groupe d'établissements financiers ayant accordé deux lignes de crédit à GEO group pour un montant de 1,7 milliard de dollars. Le mois dernier, alors que la controverse enflait sur ces centres de détentions et les quelque 52.000 immigrés qui y sont enfermés, BNP a prolongé le délai de ces deux lignes. Quoi qu'il en soit, BNP apparaissait déjà dans les rapports annuels 2014, 2012 et 2010 de GEO Group au titre d'institution de crédits de la société.

La banque a aussi été impliquée dans diverses émissions obligataires de GEO Group. Enfin, BNP Paribas Arbitrage détenait au premier trimestre 853.000 actions de la société.

Une responsabilité du management

Dans une charte interne sur les droits de l'Homme, BNP Paribas affirme être une banque qui "évite toute contribution aux violations directes ou indirectes des droits de l'Homme". "Pourtant on note qu'ici les droits de l'homme sont bafoués à grande échelle", explique Frank Vanaerschot de l'ASBL FairFin, qui lutte pour une finance équitable. "BNP doit se retirer du groupe GEO. L'État belge doit rappeler le groupe à l'ordre."  "Ce n'est pas parce que cela se passe de l'autre côté de l'océan, que BNP Paribas est inattaquable", poursuit Frank Vanaerschot.

Dans une charte interne sur les droits de l'homme, BNP Paribas affirme être une banque qui "évite toute contribution aux violations directes ou indirectes des droits de l'Homme."

Contacté, le porte-parole du ministre belge des Finances indique que la stratégie d'investissement est une responsabilité laissée au management de la banque. "Nous questionnerons le management nommé par l'État belge et vérifierons quels mécanisme et politique utilisent BNP Paribas pour les investissements durables."

D'autres ont déjà tourné le dos

D'autres banques, telles que Bank of Ameria, JPMorgan Chase et Wells Fargo, ont déjà indiqué rompre tout lien avec l'industrie privée des prisons. En cause, les rapports récemment publiés qui font état de conditions "dangereuses et insalubres" dans ces centres où sont aussi détenus des enfants.

Notons que si CoreCivic et GEO reconnaissent gérer les installations pour le compte des services de l’immigration et des douanes américaines, elles indiquent ne pas exploiter de bâtiments ou de centres de surveillance des frontières pour les mineurs non accompagnés.

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