analyse

Cherche jeunes cerveaux pour révolutionner la banque

©Kristof Vadino

Les banques réduisent leur staff mais, dans le même temps, ont un besoin vital de recrutements. En particulier 3.000 profils IT d’ici 2030. Pas simple, alors que la finance est sortie du top 10 des employeurs les plus attractifs.

Dans la course aux talents, les banques et assureurs ne cessent de perdre des plumes face à la concurrence. Le dernier baromètre de Randstad sur l’attractivité des principaux employeurs belges (‘employer brand research 2018’) est sans appel: les banques ne figurent même plus dans le top 10 des secteurs les plus attractifs. Le top 5 est tout sauf financier: pharmacie, médias, aéronautique, informatique et consultance, high tech. Le secteur financier a droit à la 12e place, derrière les véhicules et devant l’énergie et l’horeca. Ceci basé sur la perception de 11.000 personnes sondées (étudiants, travailleurs, demandeurs d’emploi, etc.).

3.000
Selon Febelfin, le secteur aura besoin de 3.000 profils IT en plus d’ici 2030, pour porter le nombre d’ITers dans les banques belges à 15.000.

"Avant la crise bancaire de 2008, le secteur figurait dans le top 3, top 4", situe Jan Denys, expert marché de l’emploi chez Randstad Belgium. "À l’époque, on pensait que cette baisse serait temporaire mais on n’a jamais revu les banques à ce niveau depuis lors. On sait aujourd’hui que le problème d’attractivité des banques n’était pas conjoncturel, mais est structurel. À mon sens, on ne reverra pas le secteur dans le top 3 avant au moins 10, 15 ans. Redresser leur marque en tant qu’employeur, c’est un travail de très longue haleine."

Le phénomène n’est pas nouveau mais la perte d’attractivité se creuse d’année en année. Cette semaine, la fédération professionnelle Febelfin a battu le rappel dans le secteur en organisant pour la première fois un événement public sur le sujet: "How to make the financial sector appealing again?".

Les banques ne s’en cachent pas: c’est un gros "défi" (version politiquement correcte de ‘problème’). Ce n’est pas pour rien qu’elles occupent de plus en plus le terrain sur les médias sociaux, organisent des hackatons, squattent les auditoires universitaires, communiquent plein pot à la moindre distinction venue de gauche ou de droite, vantent leur passage au NWOW ("new way of working", en résumé on casse la hiérarchie verticale et les silos, des équipes transdisciplinaires pilotent un projet de A à Z sur des plateaux ouverts), on en passe. Tout est bon pour soigner sa marque d’employeur. La dernière trouvaille orientée Millennials est sortie cette semaine chez ING, qui a mis au point une app maison inspirée du ‘dating’ pour que le candidat postulant puisse vérifier si ça matche entre la banque et lui/elle…

3.000 ITers en plus

Digitalisation oblige, l’attention des banques se porte en particulier sur les profils "Stem" (pour science, technologie, engineering et maths). Mais elles ne sont pas les seules, le digital étant sur tous les agendas, dans (presque) tous les secteurs.

Selon Febelfin, le secteur aura besoin de 3.000 profils IT en plus d’ici 2030, pour porter le nombre d’ITers dans les banques belges à 15.000. À l’inverse, estime la fédération, près de 8.000 jobs devraient disparaître dans le même temps dans l’administratif et les fonctions de support. Vous avez dit transformation?

Plus sexy

©Wouter Van Vooren

Mais il y a autre chose. Il fut un temps où les banques voyaient les meilleurs candidats venir à elles, spontanément. Ce temps-là est mort. Aujourd’hui, il faut aller chercher les top profils. Et ce n’est pas gagné. "Quand notre CEO Marc Raisière rencontre les étudiants, les auditoires des facultés ingénieurs sont remplis", note Camille Gillon, la DRH de Belfius. "Mais ce qui me frappe dans leurs questions, c’est qu’ils demandent surtout des conseils au banquier pour lancer leur propre business. C’est positif en soi. Mais ce faisant, ils ne voient pas Marc comme leur futur employeur. Quand on a observé cela, il était clair qu’il fallait aller chercher ce public."

Comment? Toutes les banques nous parlent de modernisation, d’agilité au travail, de proactivité. Et chacune estime avoir ses atouts. Entre autres arguments, BNP Paribas Fortis compte notamment sur sa notoriété, Belfius sur sa flexibilité et sa belgitude, KBC sa robustesse (et sa belgitude également), ING sur sa transformation radicale.

Jan Denys observe que les banques ont encore de beaux atouts dans leur jeu. Elles sont bien perçues sur le plan de l’équilibre travail-vie privée, un critère important (le 4e) selon les sondés, quand il s’agit de choisir un employeur. Le secteur reste relativement bien perçu également en matière de salaires, le critère numéro un. "Mais là où le score des banques a le plus baissé, c’est sur le plan de la sécurité d’emploi et de l’ambiance au travail." Or, ce sont les critères n°2 et 3 pointés par les sondés. Manifestement, la crise pèse encore dans les esprits.

L’expert de Randstad ajoute un élément pour la suite. "Auparavant, le secteur bancaire était perçu comme un même bloc, leur score d’attractivité était très comparable. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, on constate de nettes différences entre banques, certaines sont mieux perçues que d’autres, il n’y a plus de perception d’ensemble. Cela veut dire que les banques vont donc devoir faire la différence individuellement. Cela peut être un avantage: il est désormais plus facile de se démarquer des autres…"

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