Chez BNP Paribas Fortis, le feu vert syndical n'est pas encore acquis

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Les textes négociés entre direction et syndicats prévoient toute une batterie de mesures pour encourager les 800 à 1.000 départs volontaires voulus par la banque sur trois ans. Mais qui dit que ces mesures basées sur le volontariat atteindront les objectifs de réduction de l’emploi tels que chiffrés vendredi par la banque? Avant de signer les textes, le Setca-BBTK exige que la banque s’engage sur ses intentions de ne pas procéder à des licenciements secs.

BNP Paribas Fortis a confirmé vendredi la forte réduction des effectifs voulue à l’horizon 2021. En synthèse: 2.600 à 3.000 départs, très partiellement compensés par 600 recrutements. Ceci ramènera l’emploi de la maison près des 10.000 équivalents temps plein.

La banque veut éviter les licenciements secs, a insisté son CEO Max Jadot, affirmant que la banque allait réduire les effectifs "de manière socialement responsable, comme elle en a l’habitude".

BNP Paribas Fortis table sur les départs "naturels" (1.800 à 2.000 sur trois ans: démissions, retraites, etc.) mais aussi sur des départs "volontaires" (800 à 1.000 sur trois ans). Pour ces derniers, la banque compte beaucoup sur l’attrait des départs anticipés, dont elle a déjà largement pu constater le succès. La maison n’en est pas à son premier EDP (pour "early departure plan"), à chaque fois ce fut un carton auprès des employés plus âgés, sous la forme d’un crédit-temps fin de carrière à mi-temps avec compensation par la banque et dispense de prestations. Cette fois, la proposition sera faite aux collaborateurs de 58 ans ou plus, dont l’ancienneté est d’au moins 25 ans.

Vu la pyramide des âges de la maison et son historique en la matière, la banque s’attend à ce qu’une majorité des 800 à 1.000 départs volontaires puisse se faire par ce canal, appelé désormais VEM-fin de carrière (VEM pour "volontary external mobility").

Le catalogue VEM

À côté de ce mécanisme classique chez BNP Paribas Fortis, la banque a prévu cette fois toute une série d’autres formules VEM. Ce sont là des nouveautés.

Il y a par exemple la possibilité de glisser vers une autre entité du groupe BNP Paribas en Belgique, avec indemnité si le nouveau salaire est inférieur et possibilité de réintégrer la banque après 12 mois. Plusieurs formules ont aussi été prévues pour faciliter le passage vers un autre employeur, le lancement d’une activité indépendante, avec ou sans possibilité de retour.

"Il faut que la banque confirme dans les CCT ses intentions de ne pas procéder à des licenciements secs."
Jean-Michel Cappoen
Syndicat SECTa-BBTK

En tout, ce catalogue VEM détaille 7 formules censées faire baisser les effectifs selon les objectifs chiffrés par Max Jadot vendredi dernier. Le hic c’est que, nulle part dans les textes négociés avec les syndicats, ne figurent ces chiffres. Ni dans le volet VEM, ni dans la convention collective de travail (CCT) qui l’encadre, CCT "relative à la garantie d’emploi".

Or qu’adviendra-t-il si ces formules volontaires ne donnent pas les résultats escomptés? La banque passera-t-elle tout de même par la case licenciements secs? La CCT contient certes un chapitre intitulé "garantie de non-licenciement" mais il n’interdit rien: la banque s’y engage à majorer de 25% l’indemnité légale si elle décidait quand même d’opérer des licenciements secs.

Le syndicat socialiste Setca-BBTK, l’un des deux syndicats à avoir donné son accord de principe (avec la CNE/LBC chrétienne) sur les textes, y voit un sérieux problème.

"Lever l’inquiétude"

"Qu’est-ce qui garantit que les formules volontaires suffiront pour éviter les licenciements secs? Rien à ce stade", estime Jean-Michel Cappoen, secrétaire général au Setca, en charge du secteur des finances. "Il faut lever l’inquiétude du personnel de BNP Paribas Fortis. Sinon, pendant trois ans, chacun va se demander si son tour arrive. C’est intenable."

"Il faut lever l’inquiétude du personnel de BNP Paribas Fortis. Sinon, pendant trois ans, chacun va se demander si son tour arrive. C’est intenable."
Jean-Michel Cappoen
secrétaire général au Setca


Pour le syndicaliste, "il faut que la banque confirme dans les CCT ses intentions de ne pas procéder à des licenciements secs. C’est une des conditions à la signature des CCT."

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