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Citibank: "Nous considérons très très sérieusement d'aller en appel"

Le CEO de Citibank Belgique, José de Penaranda, juge "choquante et surprenante" la condamnation pour publicité mensongère de la banque dans la vente des produits Lehman Brothers.

La filiale belge du groupe financier américain Citigroup a été reconnue cette semaine coupable par le tribunal correctionnel de Bruxelles d’infraction à la loi sur les offres publiques d’instruments de placement et à celle relative aux pratiques commerciales.

Elle aurait ainsi "minimisé les risques" des produits structurés de Lehman Brothers qu’elle a vendus à quelque 4.100 clients pour un montant total de 128 millions d’euros, a estimé le tribunal. Il a conclu à des "publicités mensongères ayant amené des investisseurs inexpérimentés à investir dans la banque américaine".

Le CEO de l’enseigne, José de Penaranda, ses responsables juridiques actuel et passé, François Staroukine et Bernard Beyens, ont pour leur part été reconnus coupables d’infraction à la loi sur l’offre de produits d’investissement.

Ils écopent d’une amende avec sursis de 412,50 euros. Le tribunal n’a en revanche pas retenu les chefs d’abus de confiance, de blanchiment d’argent et d’infraction à la loi relative à l’intermédiation en services bancaires.

Quelle est votre réaction après la condamnation de Citibank pour publicité mensongère?

José de Penaranda: Nous sommes un peu surpris et déçus, je dirais même choqués. Et quand je dis nous, je ne parle pas uniquement en mon nom personnel mais aussi au nom des collaborateurs de la banque. Il y a une incompréhension de la décision par rapport à la réalité qu’ils connaissent.

La justice a décidé d’un certain nombre de choses, dont certaines positives comme le fait qu’il n’y a pas eu de critique sur les produits vendus.

Il y a aussi eu une confirmation que la faillite de Lehman Brothers n’était pas prévisible alors que ce n’était pas du tout la thèse du procureur au début. Il n’y a donc pas de tromperie, de fraude d’escroquerie, ni de blanchiment. Ce que le tribunal confirme en revanche, et que nous ne contestons pas c’est que quelques documents n’ont pas été soumis à la commission bancaire ce pour une simple question d’erreur administrative.

Le tribunal relevé que certains clients pensaient avoir investi dans une "sorte de compte à terme". Qu’en dites-vous?

de Penaranda:  Nos équipes le savent bien. Il n’y a pas de confusion possible entre un produit d’épargne, et un produit d’investissement. Cependant comme dans tout processus, il peut y avoir des erreurs, et des cas où dans un point de vente nous avons mal informé. Nous le reconnaissons mais chaque activité humaine est sujette à des erreurs.

Pour corriger cela, nous avons en décembre 2008 mis en place un comité indépendant de la vente composé de nos juristes et avocats externes qui ont revu toutes les transactions Lehman Brothers, et ont pris une décision au cas par cas. Avant même que l’on ne parle d’un procès, nous avons remboursé 348 clients à 100%.

Ce procès n’aurait jamais du avoir lieu. Nous estimons que nous avons traité nos clients de manière correcte. En juin, nous avons proposé à certains clients une transaction permettant de récupérer 65% à 76% de leur investissement selon les cas.

Il reste 63 clients qui ont refusé cette transaction. Nous aurions pu les rembourser aussi mais en regardant leur dossier nous n’avons pas trouvé d’erreur.

Est-ce que vous allez négocier avec ces clients pour mettre un terme au litige? ou bien faire appel de la décision du tribunal correctionnel?

de Penaranda: Aujourd’hui après la décision du tribunal, nous considérons très sérieusement d’aller en appel. La décision n’a pas été prise formellement. Le conseil d’administration de Citibank Belgique va se réunir et prendre une position. Le conseil d’administration devrait avoir lieu la semaine prochaine probablement mardi.

Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous dise que l’on a trompé les clients car ce n’est pas la réalité. Ce n’est pas une question financière. Nous estimons que nous avons traité nos clients de manière correcte, et ne les avons pas trompés.

Il y a beaucoup de contradictions dans le jugement même si nous n’avons pas encore reçu une copie écrite de la décision. Nous espérons l’obtenir avant ce week-end. (NDLR: l’entretien a été réalisé vendredi matin).

D’un côté, le tribunal dit qu’il n’y a pas de tromperie, et de l’autre que l’on a pas informé les clients. Il y a une opposition entre les deux.

Si vous interjetez appel, dans combien de temps pourrait avoir lieu le nouveau procès?

de Penaranda: Je pense que cela prend en général au minimum un et demi.

N’avez-vous pas intérêt à accepter le jugement car il y a un risque que la peine soit alourdie en appel?

de Penaranda:  Nous sommes très confiants.

Vous aviez mis entre parenthèse vos fonctions opérationnelles pour préparer ce procès. Est-ce que cela va se poursuivre alors qu’un procès en appel semble se profiler?

de Penaranda:  Je suis administrateur de Citibank et nous avons nommé un américain Brendan Carney, en tant que business manager pour gérer l’activité de la banque au jour le jour. Il est opérationnel depuis le mois de mars. Nous le proposons aussi comme administrateur à la commission bancaire.

Cette décision de justice ne va pas changer la manière dont nous allons fonctionner. De mon côté, je suis Chief country officer, responsable de toutes les entités du groupe en Belgique, et CEO. Cette organisation me permet de me concentrer sur l’affaire de la vente des produits Lehman.

Est-ce que malgré tout, cette condamnation en justice ne vous pousse pas à changer vos pratiques commerciales?

de Penaranda:  Le processus Mifid est clair, et nous l’appliquons. Depuis la crise, toutes les banques ont revu leurs procédures et leur documentation.

Maintenant nous faisons systématiquement signer aux clients les documents d’information. Quand nous avons proposé la transaction de remboursement de 65% à nos clients, 98% ont accepté. C’est une très grande proportion. Je rappelle que Deminor et Test-Achats qui ont revu le dossier et l’ensemble des plaintes de leurs clients en détail ont supporté cette transaction. Ils estimaient qu’elle était correcte.

S’ils avaient considéré qu’il y avait des éléments importants et qu’ils allaient gagner en justice, ils n’auraient jamais accepté. Si un client estime que sa banque l’a trompé. Lorsque sa banque le rembourse que fait-il? Il prend son argent et il part non? Si l’on considère tous les clients qui ont accepté la transaction, 94% d’entre eux ont toujours une relation active avec nous.

En moyenne, ces clients ont augmenté leurs dépôts d’épargne de 22%, et en moyenne ils ont acheté des nouveaux produits d’investissement avec Citibank Belgique pour 32% de leur portefeuille. Cela prouve qu’ils ont gardé confiance en Citibank.

Est-ce que l’affaire a eu un effet négatif sur l’activité de l’entreprise?

de Penaranda:  C’est difficile à dire car il y a aussi eu l’effet de la crise financière dans le même temps. Ce qui est sûr c’est que n’avons pas perdu de clients, et avons maintenu nos parts de marché en Belgique. En crédit à la consommation, nous avons entre 17% et 18% de parts de marchés, en cartes de crédit, en nombre de cartes nous avons environ 10% de parts de marchés, et en produits d’investissements c’est-à-dire en dépôts, nous avons environ 1% de part de marchés.

Citibank Belgique est-il toujours un actif stratégique pour le groupe? La presse a déjà évoqué une possible vente…

de Penaranda:  Nous n’avons pas d’information sur une éventuelle vente mais aujourd’hui dans le secteur bancaire personne ne peut dire qu’une banque ne sera plus jamais reprise ou vendu.

Il n’y a plus de certitudes comme cela pouvait être le cas avant la crise. Mais nous n’avons perçu aucun signal dans ce sens. Nous continuons à investir notamment dans le développement informatique.

 

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