Clijsters: "J'ai demandé aux collaborateurs de me faire confiance"

Dans une autre vie, Jos Clijsters était "Monsieur banque de détail" auprès de Fortis Banque. Aujourd’hui, il reprend au pied levé la direction de Dexia Banque Belgique (DBB). Place laissée vacante par le départ de Stefaan Decraene.

Lundi: la nouvelle est officialisée. Stefaan Decraene quitte la direction de Dexia Banque Belgique et est remplacé avec effet immédiat par Jos Clijsters. Un départ précipité qui a poussé le président du conseil d’administration, Jean-Luc Dehaene, le CEO, Pierre Mariani, et Clijsters à organiser dimanche soir une réunion d’urgence.

Vous êtes rentré chez Dexia en janvier comme conseiller pour le pôle retail banking, secteur d’activité dirigé par Decraene. Quelle était votre mission?

A la fin de l’année dernière, Dexia a fixé sa nouvelle stratégie jusqu’à la fin 2014. À l’époque, Pierre Mariani m’a dit passer 90 à 95% de son temps à résoudre les problèmes du passé. Compte tenu de mon expérience dans la banque de détail, il m’a demandé mon aide, d’apporter mon regard sur l’activité et de prendre à bras-le-corps certains dossiers. Je ne rapportais pas uniquement à Pierre Mariani, comme je l’ai entendu, mais également à Stefaan Decraene et d’autres membres du comité de direction. Stefaan Decraene, lui-même, m’a demandé de gérer certains dossiers. J’ai passé beaucoup de temps en Turquie, où notre activité se développe bien avec quelque 1.000 nouveaux clients par jour.

Dimanche, vous avez appris le départ de Decraene. Avez-vous été surpris?

Oui, Tout le monde était surpris. Je pense que personne ne s'y attendait pas même Pierre Mariani.

Les relations étaient-elles tendues entre Decraene et Mariani?

Il y a toujours des tensions dans un groupe. Vous me demandez si elles étaient plus fortes qu’ailleurs? Pas vraiment, d’après ce que j’ai vu. Néanmoins, il est intéressant dans une entreprise d’avoir des visions différentes qui peuvent mener à des tensions et des conflits. C’est là la force d’une entreprise.

Il se raconte que le départ de Decraene serait lié au style de gestion de Mariani. Comment qualifiiez-vous le style Mariani?

C’est un manager de crise très compétent. Il ne faut pas perdre de vue que peu pourraient accomplir la mission qu’il a reçue. Ramener les besoins de liquidité de 260 milliards d’euros à 96 milliards n’est pas chose aisée. Mais c’est également un homme de tempérament. Son style de gestion est à son image, avec ses qualités et ses défauts. Il n’est guère différent des autres que j’ai connus. Les Corses sont des gens honnêtes qui peuvent exploser sans être agressifs.

Faites-vous allusion à Jean-Paul Votron (ex-patron de Clijsters du temps de Fortis) en évoquant les "autres que vous avez connu"?

Oui, ils ont le même tempérament. Mais ils restent des personnes compétentes. Grâce à ce franc parler, on entre plus vite dans le cœur du débat sans tourner en rond.

Comment a été perçu le départ de Decraene?

Ce fut un choc. Le moment choisi est malheureux, compte tenu de la tempête financière qui place Dexia dans le viseur. Mais chacun a le droit de réorienter sa carrière, ce qui est la vraie raison du départ de Decraene. Il l’a fait savoir par écrit au personnel et je comprends parfaitement qu’après 20 ans de dur labeur sur le marché belge, il ait envie de voir d’autres horizons. J’ai fait ce choix du temps de Fortis, un choix qu’il faut faire tant qu’on est jeune car une carrière internationale demande une forme physique. Je déplore son départ. C’est un excellent banquier.

D’aucuns déclarent que votre arrivée est la cause de la démission de Decraene. Ce n’est pas le meilleur des départs!

J’entends ce qui se dit: que mon arrivée est la cause de ce départ, mais ce n’est pas le cas. Je ne nie pas qu’il y avait des tensions, mais d’emblée j’avais dit à Stefaan Decraene que mon rôle était celui d’un conseiller au service de ceux qui avaient les responsabilités finales. Il est vrai que je ne connais pas encore suffisamment Dexia. Cela aurait été plus facile si je connaissais davantage le groupe. Mais l’avantage de ne pas bien connaître Dexia est que je n’ai aucune histoire dans ce groupe qui compte de nombreuses cicatrices liées à sa création.

J’apporte donc un regard différent et de la neutralité dans les dossiers.

On dit de Decraene que sa porte était toujours ouverte. Marcherez-vous dans ses pas?

Oui. Je veux passer beaucoup de temps dans les agences avec les clients. Nous, banquiers ne pouvons pas vivre dans une tour d’ivoire. Déjà ces derniers jours je n’ai rien fait d’autre que discuter. Mardi matin, j’ai ainsi été présenté aux 250 managers de la banque. J’ai fait des "conferences calls" avec les collaborateurs du réseau. Je leur ai demandé de me faire confiance jusqu’à preuve du contraire.

Avez-vous discuté avec Mariani et Dehaene de votre marge de manœuvre en tant que CEO?

Non. J’ai repris la fonction de Decraene. Je suis président de DBB et je siège au comité de direction du groupe. Je reprends les responsabilités de banque de détail et banque commerciale à l’exception de la Turquie.

Le patron de la Turquie, Akan Ates, est membre du comité de direction du groupe.

À l’origine, vous êtes un marketer. Cela va-t-il se ressentir dans la communication de Dexia?

Je n’en sais rien. Néanmoins la communication est quelque chose d’important. Certainement en ces temps. La communication interne et externe sera une priorité.

La communication est en effet importante pour Dexia qui, malgré ses efforts, reste mal perçu.

C’est effectivement quelque chose sur lequel il faut travailler. Je ne nie pas que Dexia a des problèmes comme toute banque. Peut-être davantage que d’autres dans certains domaines. Mais je suis convaincu que Dexia peut les régler, sinon je n’aurais pas accepté le job. J’admets que ce ne sera ni gai ni facile.

Vous êtes âgé de 61 ans. Lundi soir, vous annonciez ne pas être sûr de rester jusqu’à 65 ans. Vous considérez-vous donc comme un intérimaire?

Pas du tout. J’ai accepté le job sans aucune restriction. Quant à savoir la durée de mon mandat, on verra comment évoluent les choses. J’arrêterai certainement à 65 ans. Mais jusqu’à présent je ne souffre d’aucun problème de santé. Je ne mène pas une vie saine, cependant: je ne fais pas de sport et ne mange pas de salade (rire). Je pense que compte tenu des circonstances de marché, mon âge n’est pas totalement un désavantage.

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