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interview

Daniel Falque (KBC Belgique) et Clemens Scholzen (CBC): "Les entreprises préfèrent d'abord puiser dans leurs réserves"

Daniel Falque et Clemens Scholzen, respectivement CEO de KBC Belgique et de CBC.

CBC, le petit frère wallon de KBC, poursuit son développement sous l'aile du groupe bancaire. Interview croisée de leurs patrons respectifs.

"KBC n’est pas une entreprise flamande, c’est un groupe européen!", lance Daniel Falque, CEO de KBC Belgique, qui entend tordre le cou à ce qu’il considère comme un cliché. Il en veut pour preuve que c’est lui, un Namurois, qui dirige aujourd’hui l’entité belge du groupe, tandis que la destinée de sa filiale wallonne CBC est entre les mains d’un germanophone, Clemens Scholzen.

"Il y a une autre réalité économique en Wallonie, tant au niveau du potentiel pour la banque que du niveau du risque."
Daniel Falque
CEO de KBC Belgique

Ce truisme trouve probablement son origine dans le poids différent que pèse la banque de part et d’autre de la frontière linguistique. Alors que KBC revendique le rôle de leader du marché bancaire en Flandre avec plus de trois millions de clients, CBC, avec ses 350.000 clients, demeure une enseigne qui boxe dans la catégorie des challengers en Wallonie.

Des marques et des stratégies différentes

Une différence qui influe sur la stratégie commerciale des deux entités. "Il y a une autre réalité économique en Wallonie, tant au niveau du potentiel pour la banque que du niveau du risque. C’est pourquoi nous avons choisi d’avoir des marques et des stratégies différentes", souligne Daniel Falque.

Selon Clemens Scholzen, CBC détient actuellement 7 à 8% des parts du marché retail en Wallonie, mais cette proportion atteint 15% parmi les professions libérales et 30% au sein des PME. "Notre objectif principal était d’acquérir 15.000 clients nets cette année et nous allons y parvenir", explique-t-il, ajoutant qu'un tiers de ces acquisitions se font via des prêts hypothécaires. "Le digital nous permet, pour la première fois, de nous ouvrir plus facilement au grand retail dans un marché saturé."

Peu de moratoires demandés

L’actualité bancaire est indissociable de la crise économique et sanitaire actuelle. Pour ces 350.000 clients, CBC a accordé plus de 6.000 reports de remboursement d’emprunt hypothécaire et plus de 7.000 reports relatifs à des crédits professionnels, soit une proportion très maigre du total. "Beaucoup de clients n’ont pas demandé de profiter de ce moratoire", commente Clemens Scholzen, qui précise que "très peu" de clients qui l’ont sollicité ne l’ont pas obtenu.

99,7%
99,7% de ceux qui ont demandé un report de leur charge de crédit ont été capable de rembourser à la fin de la mesure.

"Au cours du premier confinement, beaucoup d’entreprises ont préféré faire appel à leurs propres réserves", embraie Daniel Falque. La crainte d’entrer dans un processus administratif inconnu et le prix de ce report figurent parmi les raisons qui ont pu décourager des entrepreneurs à franchir le pas. Il prévoit cependant que les demandes augmentent sensiblement si les mesures de restriction actuelles se prolongent jusqu’au printemps prochain.

La bonne nouvelle pour la banque, c’est que les clients qui ont fait usage du moratoire n’ont pas eu de problème pour reprendre leurs paiements. "99,7% de ceux qui ont demandé un report de leur charge de crédit ont été capable de rembourser à la fin de la mesure", indique Daniel Falque. "Cela confirme que jusqu'ici la demande a été faible."

L’incertitude demeure cependant prégnante et pour y faire face, le groupe KBC a déjà provisionné 410 millions d’euros pour la Belgique, dont 36 millions d’euros chez CBC. "Quand nous avons pris cette mesure, nous nous attendions à ce que l’économie belge souffre beaucoup. Évidemment, ce n’est pas encore fini", commente Daniel Falque. "Nous allons vraisemblablement devoir utiliser partiellement ces provisions dans les mois qui suivent au gré de la prolongation ou de la réactivation de confinements en 2021."

"Le taux de refus de crédit en 2020 est au même niveau qu’en 2019".
Clemens Scholzen
CEO de CBC

Crédits garantis par l'État marginaux

En mars, le gouvernement fédéral et Febelfin, la fédération du secteur bancaire, avaient fait beaucoup de bruit avec l’enveloppe de 50 milliards d’euros garantie par l’État destinée à soutenir les entreprises en difficulté. "Le recours à cette facilité a été quasiment marginal", explique Clemens Scholzen.

Ce plan aurait-il été mal pensé? "Certainement pas!", rétorque Daniel Falque. "Si cela avait été mal pensé, vu la demande finalement très faible, il aurait dû l'être fameusement! Non, au contraire, mieux vaut une enveloppe étendue qu’un plan à rallonges répétées."

"J’ai l’impression qu’en tant que banque, on sortira grandi de cette crise, par rapport à 2008."
Clemens Scholzen
CEO de CBC

Malgré l’adaptation du régime, qui peut courir jusque 36 mois afin de permettre aux PME de tenir le coup, le patron de KBC Belgique estime que ce sont les entrepreneurs eux-mêmes qui privilégient d’autres types de crédits pour assurer leur avenir. "Le taux de refus de crédit en 2020 est au même niveau qu’en 2019", souligne Clemens Scholzen.

Pourtant, les indépendants et les petites entreprises critiquant les régimes de soutien ne sont pas rares. "Le volume crédit en TPE est resté le même qu’en 2019, le nombre d’amortissements de provisions est plus faible que l’an passé. Cela veut dire qu’on a pu aider la majeure partie de nos clients qui ont pu avoir des problèmes", estime le patron de CBC. "J’ai l’impression qu’en tant que banque, on sortira grandi de cette crise, par rapport à 2008", conclut-il.

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