Dans les coulisses de l'IPO de Belfius

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À la veille de la trêve des confiseurs, la direction de Belfius a envoyé à l’ensemble de son personnel un document concernant la future entrée en Bourse de la banque. Nom de code de cette opération: Ruby. L’Echo se l’est procuré.

L’entrée en Bourse de Belfius sera sans aucun doute l’événement financier de 2018. Depuis des semaines, la banque belge détenue à 100% par l’Etat prépare cette opération "Initial Public Offering" (IPO) sur les marchés financiers. Juste avant la trêve des confiseurs, la direction de la banque a envoyé un document interne intitulé "dans les coulisses de l’introduction en Bourse de Belfius" à tous ses employés. On apprend ainsi que cette opération IPO est nommée en interne Ruby.

Une équipe spéciale de quelques personnes, pilotée par le CFO Johan Vankelecom et le patron du corporate office Matthias Baillieul, est dédiée à l’opération et est rassemblée dans un "Ruby office". Ils sont épaulés dans leur tâche par une centaine de collaborateurs issus des départements financier, juridique, commercial, risque, communication, etc. Au total, huit "work streams" (flux de travail) ont été mis sur pied pour mener à bien cette opération.

Travailler en huit axes

Tout d’abord, il s’agit d’écrire l’histoire qui sera présentée aux investisseurs. Dans le jargon, on nomme ce travail "equity story". Ensuite, il faut valoriser l’action. Celle-ci est en grande partie déterminée sur la base de la valeur de la société par rapport à ses pairs les plus proches. La valeur de Belfius est évaluée entre 7 et 9 milliards sur le marché. Des travaux sont aussi en cours sur la structure du capital et la politique de dividende. On sait désormais que la banque table sur une progression de 43% sur cinq ans de son bénéfice net, à 766 millions d’euros en 2021. "Offering structure" conditionne quant à elle le volume d’actions à mettre sur le marché, la physionomie de la tranche retail, l’attribution éventuelle d’une tranche au personnel.

Marc Raisière, CEO de Belfius. ©BELGA

Les quatre global coordinators – UBS, JPMorgan, Merrill Lynch et Citigroup – désignés par le gouvernement en octobre dernier sont incontournables pour la due diligence et le plan financier. La due diligence est une radioscopie financière, juridique, stratégique, opérationnelle et fiscale de Belfius. Les global coordinators effectuent un "examen des livres", notamment à la lumière de questions-réponses approfondies avec le senior management. Concernant le plan financier, lors d’une introduction en Bourse, "les global coordinators et l’actionnaire ont un droit de regard, car les objectifs du plan financier sont un important indicateur de la future valorisation boursière et l’attractivité vis-à-vis des investisseurs", précise Matthias Baillieul dans le document que nous avons pu consulter.

Un important travail de documentation avec un volet juridique conséquent est réalisé au sein de la banque pour réaliser le prospectus d’introduction en Bourse. Ce volumineux document comprendra le descriptif des activités, les facteurs de risque et les chiffres de la société, mais aussi de la transaction IPO proprement dite. Ce document sera la référence sur laquelle les investisseurs baseront en définitive leur décision d’investir ou non. Ce prospectus doit d’ailleurs être validé par l’autorité des services et marchés financiers (FSMA).

La dernière et huitième tâche du "Ruby office" s’attelle à la corporate governance afin de déterminer la manière dont l’institution va communiquer sur l’introduction en Bourse, les modalités de participation du personnel et la façon de faire évoluer la gouvernance à la lumière de l’introduction en Bourse.

Premier tour de table en janvier

Nous avons contacté la banque qui ne souhaite pas faire davantage de commentaires sur ce dossier importantissime pour son avenir. Ainsi, personne n’est prêt à s’avancer sur une date précise de l’entrée en Bourse. C’est de toute façon le gouvernement belge qui donnera le go. Celui-ci sera plus que probablement conditionné à la situation des marchés financiers.

La banque table sur une progression de 43% sur cinq ans de son bénéfice net, à 766 millions d’euros en 2021.

En attendant une phase de "towards execution" est d’ores et déjà programmée pour les mois de janvier et de février 2018. "Il s’agit d’abord engager les pourparlers avec les investisseurs potentiels. Dans une première phase, il y a aura ce qu’on appelle des early look meetings. Ce sont des rencontres en tête à tête avec les principaux investisseurs institutionnels qui, d’une part, donnent un premier avis sur l’equity story et, d’autre part, sont ainsi impliqués à un stade précoce du processus. Ils jouent dès lors souvent un rôle décisif dans le succès de l’introduction en Bourse. À un stade ultérieur, ce dialogue se déroule également dans le cadre de road-shows plus traditionnels", avance ainsi Matthias Baillieul à la toute fin du document interne envoyé aux employés avant de les remercier pour leur contribution à cet important chapitre du développement de Belfius.

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