Des banques européennes, dont ING, dans la tourmente face à une nouvelle affaire de blanchiment

©REUTERS

Les noms de plusieurs banques européennes, dont celui d'ING, sont cités dans une enquête rendue publique cette semaine par un consortium international de journalistes, qui dénoncent un vaste système de blanchiment et d'évasion fiscale mise en oeuvre par la banque russe Troika Dialog.

L'information a filtré mardi. Elle provient d'une enquête réalisée par des journalistes regroupés dans l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) sur base de documents ayant fait l'objet d'une "fuite". Selon ce rapport, les banques ING et ABN Amro ainsi que l'autrichienne Raiffeisen Bank International (RBI) sont parmi les banques européennes pointées pour avoir fait partie d'un réseau de blanchiment d'argent et d'évasion fiscale lié à la Russie par l'intermédiaire de la banque russe Troika Dialog.

Suite à la publication de cette enquête, le cours des établissements cités a chuté. Ainsi, ce mercredi, l'action d'ING s'est à nouveau inscrite en baisse de plus de 3%.

Selon le rapport de l'OCCRP, les transactions douteuses provenaient de Troika Dialog, un temps la plus grande banque privée d'investissement russe rachetée en 2011 par la première banque russe, le groupe public Sberbank. Elle aurait permis de sortir de Russie entre 2006 et 2013 près de 5 milliards de dollars, dont une partie provenant d'activités criminelles.

Sberbank a dit n'avoir aucun rapport avec les faits dénoncés: "les faits cités dans l'article n'avaient aucun rapport avec Sberbank. Les opérations mentionnées étaient réalisées à partir de comptes de sociétés qui ne sont pas rentrées dans le périmètre du rachat de Troïka Dialogue par Sberbank", a-t-elle indiqué. L'influent investisseur Ruben Vardanyan, qui dirigeait Troika jusqu'à sa revente à Sberbank en 2012, a assuré que l'établissement avait "au cours de toute son histoire agi en respect total des principes de transparence et des standards internationaux de comptabilité financière".

Plaque tournante lituanienne

Les opérations impliquaient des banques lituaniennes, utilisées pour faire transiter les fonds vers des banques, entre autres, aux Pays-Bas, en Autriche et en Allemagne. L'association affirme que Troika Dialog a ainsi mis sur pied sur un réseau de 75 entreprises satellites domiciliées dans des centres financiers peu regardants et possédant des comptes bancaires auprès d'Ukio, un établissement bancaire lituanien. "Étant donné que la Lituanie n'utilisait pas encore l'euro, Ukio avait besoin de comptes dans des banques européennes, telles que l'autrichienne Raiffeisen ou l'allemande Commerzbank, pour réaliser des transactions libellées en euros", explique l'enquête des journalistes.

"Étant donné que la Lituanie n'utilisait pas encore l'euro, Ukio avait besoin de comptes dans des banques européennes pour réaliser des transactions libellées en euros."

Le magazine néerlandais Groene Amsterdammer, qui fait partie du collectif OCCRP, écrit qu'ING, ABN Amro et Rabobank ont facilité plusieurs centaines de millions d'euros de paiements douteux.

Troika Dialog a ainsi permis à ses clients, dont beaucoup appartenaient à l'élite russe, de sortir clandestinement des fonds de Russie, cacher leurs actifs à l'étranger et blanchir de l'argent sale, est-il ajouté. Les fonds ainsi exfiltrés auraient ensuite permis d'acheter de manière légale yachts, bijoux et même de financer une association privée parrainée par le Prince Charles.

De nombreuses banques européennes dans le viseur

L'affaire ne s'arrête pas à ces quelques banques. Sont aussi cités par le collectif de presse le Crédit Agricole Deutsche Bank et Citigroup .  Lundi, la chaîne de télévision finlandaise publique Yle annonçait que Nordea , la plus grande banque de Scandinavie, avait traité pour 700 millions d'euros de transactions suspectes en lien avec la Russie entre 2005 et 2017. Les autorités de supervision financière suédoises et estoniennes ont ouvert le mois dernier une enquête conjointe après une information de presse associant la banque suédoise Swedbank au scandale de blanchiment d'argent dans la Baltique.

"S'agissant de ce dossier, Indosuez Wealth Management a rempli toutes ses obligations relatives à la gestion de la lutte contre le blanchiment."
Crédit Agricole

La banque danoise Danske Bank fait, elle, l'objet d'une enquête dans cinq pays sur plus de 200 milliards d'euros de paiements suspects en provenance de Russie, d'États de l'ex-Union soviétique et d'ailleurs qui auraient été transférés par l'intermédiaire de sa branche estonienne.

Les banques européennes citées dans l'enquête ont affirmé prendre au sérieux ces affirmations tout en indiquant avoir respecté leurs obligations de lutte contre le blanchiment d'argent. "S'agissant de ce dossier, Indosuez Wealth Management a rempli toutes ses obligations relatives à la gestion de la lutte contre le blanchiment", a affirmé l'établissement français Crédit Agricole, précisant qu'"Indosuez Wealth Management respecte les règles relatives à la lutte anti blanchiment" et "va bien au-delà de la réglementation en matière fiscale".

Raiffeisen a de son côté indiqué avoir "fait l'objet par le passé d'enquêtes officielles et judiciaires intenses en lien avec certaines accusations, qui se sont révélées sans fondement". "Nous sommes déterminés à combattre le crime financier et le blanchiment", a pour sa part affirmé la banque britannique RBS, qui avait racheté ABN AMRO en 2007 avec Banco Santander et Fortis.

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