Des saisies illégales pourraient coûter cher aux banques US

Les 50 Etats américains ont ouvert une enquête sur une dizaine de milliers de saisies immobilières douteuses.

Les banques américaines faisaient triste mine vendredi à Wall Street. Vers 18h, Bank of America perdait 4,09%, Citigroup 1,6% et Wells Fargo 3,3%. JP Morgan Chase abandonnait, elle, 3,49% tandis que l’indice KBW (des 24 plus importants établissements financiers US) cédait 1,88%. En cause: les craintes de voir leurs résultats lourdement impactés par l’enquête de grande ampleur qui vient de s’ouvrir sur les saisies immobilières.

Il serait très prématuré d’avancer que la crise du "subprime" ait évacué tous ses maux. Pour preuves, un taux de chômage proche des 10%, des défauts de paiements très élevés et des saisies au plus haut depuis 5 ans avec 95.364 logements confisqués en août et plus d’un million prévu pour l’année.

Mais aujourd’hui, ce qui inquiète, c’est l’enquête conjointe ouverte par les 50 Etats nord-américains pour faire la lumière sur les pratiques du secteur du crédit immobilier.

Des doutes portent en effet sur une dizaine de milliers de contrats de saisies immobilières. Certaines d’entre elles auraient été validées sans vérification des données. D’autres s’appuyeraient sur de fausses déclarations visant à chasser les mauvais payeurs de leur domicile.

Le "Financial Times" cite ainsi une déposition faite au tribunal relatant qu’une employée de Wells Fargo signait jusqu'à 500 documents de saisie par jour. Sur ces documents, elle se contentait de vérifier que son nom et son titre apparaissaient correctement, poursuit le quotidien financier. Une pratique de "signataire robot" pointée du doigt.

une note supplémentaire

Avant même que l’enquête ne commence, Bank of America, JPMorgan et Ally Bank avaient déjà annoncé le gel de certains dossiers. Et ce, alors que le président Obama a refusé d’imposer un moratoire sur les saisies à l’échelle nationale.

Néanmoins, l’enquête aura vraisemblablement pour conséquence des retards dans le traitement des dossiers. Une saisie dure en moyenne 448 jours et traditionnellement l’emprunteur ne paie pas pendant ce délai, apprend-on. "Les délais liés à l’enquête pourraient coûter mensuellement 2 milliards de dollars aux banques US et la note pourrait atteindre 10 milliards", indique Paul Miller, analyste chez FBR Capital Markets. Et Miller ajoute: "L’enquête pourrait prolonger les saisies de 3 mois, coûtant ainsi 1.000 dollars par mois et par dossier."

Impact plus large

Pour les banques, cette problématique de saisies irrégulières va donc plus loin qu’un contrat mal rempli. Selon BNP Paribas, elle pourrait forcer à réduire les crédits et plonger une nouvelle fois l’économie en récession. "L’enquête risque d’alimenter les spéculations de pertes plus importantes si les investisseurs en obligations adossées à l’immobilier commencent à discuter le crédit sous-jacent et forcent les banques à les racheter", lit-on dans un rapport nommé "Le cauchemar des Ninja".

Le rejet de la Maison Blanche d’imposer un moratoire national est aussi fondé sur les répercussions économiques. "Un moratoire plus large comporte toute une série de conséquences indésirables. Nous ne voulons pas que le marché immobilier et la reprise de l'immobilier en pâtissent", affirme le porte-parole. Même son de cloche auprès du centre d’étude pour investisseurs institutionnels Graham-Fisher, qui affirme que le système financier pourrait replonger dans une tourmente aussi grave que celle provoquée par la faillite de Lehman Brothers. L

Dominique Liesse

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