Deutsche Bank donne des migraines à Angela Merkel

©REUTERS

Après la fusion avortée avec Commerzbank, le groupe Deustche Bank s'est lancé dans une vaste restructuration. Aujourd'hui, les deux institutions toujours fragilisées doivent en plus manoeuvrer en plein ralentissement économique.

Le ralentissement économique allemand donne des sueurs froides à Angela Merkel et son gouvernement. Il fait resurgir le spectre d'une crise bancaire.

Le gouvernement n'a pas réussi à fusionner ces deux banques en difficultés, à savoir Deutsche Bank et Commerzbank - dans le capital duquel l'État est partie prenante. Les acheteurs potentiels ont, eux, perdu quelque peu de leur entrain. Les options pour redresser les deux enseignes se sont donc réduites à peau de chagrin.

Pour l'heure, les membres du gouvernement n'ont pas beaucoup de moyens d'agir, outre la mise en place d'un programme de stimuli fiscaux pour réduire les risques de récession.

"Si l'économie entre en récession, les banques seront les premières touchées", explique Danyal Bayaz, un juriste du parti des Verts et membre du comité des Finances. "Pour l'heure, les membres du gouvernement n'ont pas beaucoup de moyens d'agir, outre la mise en place d'un programme de stimuli fiscaux pour réduire les risques de récession."

D'autres observateurs ajoutent que les projets de fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank ont certes été gelés, mais qu'en cas de menaces réelles, ils pourraient être sortis du frigo.

Récession-restructuration, la mauvaise combinaison

Deutsche Bank fait, pour sa part, mine de prendre le taureau par les cornes. L'institut a récemment annoncé un vaste plan de restructuration qui passe bien évidemment par de nombreuses pertes d'emplois, mais aussi un recentrage de son activité sur la banque de détail et l'Allemagne. Plusieurs éléments ressortent de ce plan.

  • Le timing: il a été présenté alors que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine fait rage et que le président américain menace de s'en prendre à l'industrie automobile allemande;
  • Les fonds propres: le plan de Deutsche Bank - et celui de Commerzbank attendu pour cet automne - a pour objectif de réduire les coûts, mais ne semble pas armer la banque d'un ralentissement soudain de l'économie, pointe-t-on. A contrario, les coûts de cette restructuration ralentiront la constitution d'un capital de base, et ce à un moment où l'investisseur est de plus en plus frileux face à la prise de risque;  
  • Le risque crédit: la récession associée à la restructuration est une mauvaise nouvelle pour les deux banques. Ces dernières luttent depuis des années pour accroître leur rentabilité. Pour Deutsche Bank, la restructuration implique un mouvement vers une activité moins risquée et donc un besoin de capitaux moindres. Mais qui dit récession, dit risque de voir le risque de défaut de crédit exploser, forçant les banques à constituer d'importantes provisions.  

Effet boule de neige

D'éventuelles nouvelles perturbations dans le secteur bancaire pourraient aussi avoir des répercussions sévères sur la politique nationale. Les partis au pouvoir sont au plus bas dans les sondages et font l'objet d'attaques incessantes des forces populiste et écologique. L'avenir d'Angela Merkel est donc déjà suspendu à un fil et le besoin de dégager des aides au secteur financier ne ferait qu'accroître le cauchemar de la Chancelière.     

L'avenir d'Angela Merkel est donc déjà suspendue à un fil, et le besoin de dégager des aides au secteur financier ne ferait qu'accroître le cauchemar de la chancelière.

Preuve de la préoccupation, on apprend qu'au début du mois, le gouvernement a donc cherché conseil sur la stratégie à suivre pour ses banques.   

Le comité allemand de stabilité financière, composé de représentants de la banque centrale, du régulateur bancaire et du ministère des Finances, a lui aussi plusieurs fois averti qu'il ne fallait pas sous-estimer le risque d'une récession sur la santé du secteur bancaire.

La BCE aux aguets

Le destin des preteurs allemands reflète enfin un débat de savoir: a-t-on été suffisamment loin dans les mesures appliquées au secteur bancaire européen depuis la crise de 2008? En mars dernier, la BCE, désormais régulateur en chef des institutions bancaires systémiques d'Europe tentait de rassurer. Dans un rapport, elle avançait que désormais l'argent des investisseurs stocké dans les banques était mieux protégé qu'il y a 10 ans. Elle ajoute pourtant qu'en dépit d'une amélioration significative de la réglementation, le travail n'était pas encore terminé.   

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect