Deutsche Bank évolue entre recapitalisation, négociations et restructuration

©REUTERS

Le géant bancaire allemand Deutsche Bank serait, selon certaines sources, en négociations avec la Bafin et la BCE pour pouvoir réduire les exigences de fonds propres qui lui sont imposées. Objectif: s'assurer de la réussite de sa restructuration sans devoir accroître son capital.

Deutsche Bank semble vouloir s'assurer par tous les moyens de la réussite de sa restructuration. En attendant le conseil de surveillance prévu ce week-end sur les suppressions d'emplois, la banque aurait été frapper à la porte de la BCE et de la Bafin, respectivement régulateur bancaire européen et allemand. Selon certaines sources, elle souhaite obtenir un peu de lest dans la constitution des réserves supplémentaires de fonds propres, sensées mettre le groupe à l'abri de toutes perturbations.

La direction tenterait ainsi d'obtenir la permission d'afficher une réserve de fonds propres "common equity tier one" (CET1 ratio) moindre. Selon une personne proche du dossier, de manière générale, les régulateurs sont plutôt optimistes face aux plans de restructuration présentés par le CEO Christian Sewing. Mais le seront-ils aussi face à cette requête?

Tant au sein de Deutsche Bank qu'auprès des régulateurs, on se refuse à tout commentaire.

Qui dit restructuration, dit fonds propres suffisants

Sewing met actuellement la touche finale à ce plan qui pourrait passer par la suppression de 20.000 emplois, soit la refonte la plus importante de ces dernières décennies pour le groupe. Les analystes estiment que la facture de cette restructuration se comptera en milliards d'euros. Le Financial Times cite le chiffre de 5 milliards. Elle pourrait toutefois permettre à Christian Sewing de s'en sortir sans devoir passer par une recapitalisation de la banque, ajoutent-ils. La dernière augmentation de capital de Deutsche Bank remonte à 2017. Elle portait à l'époque sur 8 milliards d'euros.

5 milliards d'euros
coût de la restructuration
Les analystes estiment que la facture de cette restructuration se comptera en milliards d'euros. Le Financial Times cite le chiffre de 5 milliards.

"Pour l'heure, la profitabilité du groupe est proche de l'équilibre. Coté capital, il est en ligne avec les attentes minimales réglementaires (Deutsche Bank affichait fin 2018 un CET1 ratio de 13,7% contre les 11,8% exigés, NDLR)", explique Andrew Stimpson de Bank of America. "Si Deutsche Bank veut réduire sa banque d'investissement en misant sur la croissance des autres lignes, le groupe pourrait avoir besoin de 5 milliards d'euros de capitaux frais."

Départ du patron de la banque d'investissements avant la restructuration

Garth Ritchie, qui était à la tête de la banque d'investissements de Deutsche Bank, a annoncé vendredi son départ d'un pôle appelé à être restructuré.

Son travail a été salué par le président du groupe Paul Achleitner. "Il a aidé Deutsche Bank a faire face à une période de grand défi. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite".

Garth Ritchie avait rejoint Deutsche Bank en 1996 pour gravir les échelons jusqu'à la tête de la banque d'investissements l'an dernier. 

Certes Deutsche Bank a les réserves nécessaires de fonds propres, mais les régulateurs exigent des grandes banques, dites systémiques, des "buffers" encore plus importants. Et si une de ces banques tend à se rapprocher des minima réglementaires, elle devient étroitement scrutée par le gendarme bancaire.

De plus, ces exigences ne s'effacent pas en cas de restructuration, nous dit-on. La promesse de réduire les risques demain ne peut pas se traduire par le non-respect du seuil minimal de fonds propres réglementaires aujourd'hui. Que du contraire! Les risques liés à une restructuration impliquent une demande explicite des régulateurs d'avoir suffisamment de fonds propres.

Une banque d'investissement réduite, un emploi sacrifié... Outre ces points, le plan de restructuration de Deutsche Bank veillerait aussi à créer une "bad bank" permettant de stocker jusqu'a 50 milliards d'euros d'actifs "risqués". Il est question notamment de dérivés à très longue échéance. 

Les tiraillements des années 2000

Les nuages sont nombreux au-dessus de la banque allemande et ils ne semblent pas se dissiper. L'an dernier, la situation avait mené à l'éviction du CEO John Cryan, remplacé par Christian Sewing, alors patron de la banque de détail.  

Sous l'impulsion de Josef Ackermann, Deutsche Bank a entre 2002 et 2012 tenté de propulser la banque d'investissement dans la cour des mastodontes américains. ©REUTERS

Que s'est-il passé? Créée il y a 149 ans, la banque a été tiraillée ces dernières années entre une volonté d'être un nom parmi les grands acteurs mondiaux de la banque d'investissement et celle d'être une grande banque sur son marché local. L'ancien CEO, le Suisse Josef Ackermann (2002-2012), avait fait son choix: Deutsche Bank serait une grande banque d'investissement qui se frotterait à la crème bancaire américaine.

Une suite de problèmes

Mais, au fil de temps, la manne d'or s'est tarie. La crise de 2007-2008 a laissé des séquelles qui n'ont jamais cicatrisé. Elle a débouché, au contraire, sur de nombreux litiges judiciaires, dont l'ardoise ne cesse d'augmenter. Il y a aussi eu la mise en Bourse de la filiale de gestion d'actifs, DWS qui n'a pas vraiment rapporté les fruits escomptés.

La patience des actionnaires est à bout et les rémunérations des dirigeants ne sont pas en rapport avec les performances et le cours de Bourse.
Un actionnaire de Deutsche Bank

Pour tenter de relever la barre, Christian Sewing a bien essayé des plans alternatifs à la restructuration. Longtemps souhaité par Berlin, il a tenté un rapprochement avec Commerzbank. Mais après des mois de discussions, chacune des banques a tourné les talons et repris, seule, son chemin. Une telle fusion "n'aurait pas créé les bénéfices suffisants pour compenser les risques et les coûts", expliquaient les deux enseignes. 

Désormais, le FT affirme que le groupe pourrait être en perte nette cette année, si elle mettait en place ses projets de réduction de la banque d'investissement.  

Enfin, il y a aussi eu l'échec subi en juin dernier lors des stress tests que la filiale américaine de Deutsche Bank avait dû passer outre-Atlantique.

Depuis, le marché, mais aussi les actionnaires de la banque allemande, attendent. Lors de la dernière assemblée générale, l'un d'eux a clamé: "La patience des actionnaires est à bout et les rémunérations des dirigeants ne sont pas en rapport avec les performances et le cours de Bourse." Verdict peut-être, ce week-end. 

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