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Deutsche Bank ne lève pas tous les doutes

©REUTERS

Le géant bancaire veut restructurer massivement (18.000 jobs perdus, un job sur cinq), rapidement et sans augmentation de capital. L’annonce optimiste de dimanche est-elle réaliste?

"Make Deutsche Bank a leading bank once again." Dans un e-mail envoyé dimanche aux 91.500 collaborateurs de la banque, le CEO Christian Sewing résume ainsi l’objectif de la restructuration monstre annoncée le jour-même.

Reconstruire la banque sera synonyme de coupes sombres, admet-il. "Je regrette l’impact que cela aura sur certains d’entre vous. Dans l’intérêt à long terme de la banque, toutefois, nous n’avons pas d’autre choix que de mener cette transformation avec détermination."

Le coût de la restructuration n’est pas seulement élevé en termes financiers (3 milliards d’euros pris au 2e trimestre, 7,4 milliards de charges totales estimées d’ici fin 2022), il se traduira aussi par la suppression de 18.000 jobs. Un sur cinq.

Liquidation "rapide"

"Il ne faut pas exclure un effet domino, au-delà du cas Deutsche Bank."
Geert Noels
économiste

Deutsche Bank (DB) va renoncer à son activité sur les marchés d’actions et réduire ses opérations dans la banque d’investissement et sur le marché obligataire. La maison va créer une ‘bad bank’, pour laquelle elle a choisi une appellation plus politiquement correcte, "unité de libération de capital" (capital release unit). Des actifs pour 74 milliards d’euros y seront logés. La banque mise sur une liquidation "rapide" de ces activités (dans les 18 mois à venir pour la majorité) et annonce que l’opération permettra "un retour de 5 milliards d’euros vers les actionnaires à partir de 2022", sous forme de rachat d’actions et de dividendes.

Christian Sewing promet en parallèle aussi d’investir 17 milliards d’euros d’ici 2022, soit 4 dans le contrôle et 13 dans l’IT. Rien que des gros chiffres.

Tout ceci est censé rendre la banque plus rentable (un rendement de 8% est visé pour 2022, contre 0,5% en 2018), plus disciplinée, moins coûteuse et plus centrée sur le client.

Les marchés n’ont pas partagé cette vision optimiste. L’action a clôturé ce lundi en recul de 5,39% et la capitalisation de la banque est passée sous la barre des 14 milliards d’euros.

Bof

Les analystes contactés par Reuters disent "bof". JP Morgan par exemple relève qu’il reste à voir l’exécution du plan, la question de la croissance des revenus et la motivation du personnel après la restructuration. Pour Berenberg, la stratégie de DB comporte un risque d’exécution important et laisse peu de marge de manœuvre en termes de fonds propres. Citi estime d’ailleurs que l’absence d’augmentation de capital pour financer le plan pourrait s’avérer "optimiste".

©Getty Images

"Deutsche Bank paie ici deux factures", estime Yves Delacollette, qui a longtemps dirigé Deutsche Bank Belgique: "celle qui touche le secteur financier en général, malmené notamment par les taux d’intérêt négatifs, mais aussi celle de la turpitude de son ancienne équipe dirigeante: une croissance fulgurante mais insuffisamment contrôlée de sa banque d’investissement, des prises de risques élevées, des déboires judiciaires en série (manipulation du taux Euribor, subprimes, etc.) Deutsche Bank est en train ici de terminer le nettoyage, ce qui rend plutôt optimiste pour la suite."

Optimiste, l’économiste Geert Noels ne l’est pas forcément. "Si vous enlevez un acteur aussi important dans certains segments de marché, il y aura des répercussions sur les autres. Dans les produits dérivés par exemple, chaque segment de marché est déterminé par deux ou trois grands acteurs, dont DB en est parfois un. Il ne faut pas exclure un effet domino, au-delà du cas Deutsche Bank."

"Pas d’impact attendu en Belgique"

Aucun doute, la manière dont le géant allemand fera concrètement atterrir son plan sera suivie de près, tant par le secteur que par les autorités, DB comptant parmi les banques systémiques pour la zone euro et au-delà.

En Belgique, la succursale (650 emplois) ne craint pas grand-chose. Concentrée depuis quelques années sur le conseil en investissement pour les particuliers, elle ne voit "pas d’impact attendu" des grandes manœuvres déclenchées à Francfort.

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