Echaudées, les banques européennes se délestent de leur dette d'Etat

Les banques européennes réduisent massivement leurs portefeuilles de dette des Etats en difficulté de la zone euro. (AFP PHOTO / DAMIEN MEYER) ©AFP

Méfiantes après les déboires de la Grèce et envers les exigences du régulateur, les banques européennes réduisent massivement leurs portefeuilles de dette des Etats en difficulté de la zone euro, privant ces pays de précieux débouchés pour placer leurs obligations.

Le mouvement le plus spectaculaire a été déclenché par la française BNP Paribas, qui a annoncé la semaine dernière avoir réduit, par exemple, de 39% son imposant portefeuille de titres publics italiens. La plupart de ses consoeurs européennes qui détenaient des montants significatifs de dette d'Etat italienne, espagnole, portugaise ou irlandaise, de Barclays à Commerzbank en passant par Crédit Agricole, ont aussi taillé dans leurs expositions. Quand à Société Générale, elle n'a pas vendu de titres mais s'est réjouie mardi de voir plus du tiers de ses expositions arriver naturellement à échéance dans les 18 mois.

Interrogé sur la raison de ce mouvement, le directeur général de BNP Paribas Baudouin Prot l'a liée à la nouvelle exigence du régulateur européen (EBA), qui imposera dès juin aux banques de calculer leurs fonds propres en valorisant la totalité de leur dette souveraine aux prix du marché, c'est-à-dire au prix actuel.

Il s'agit d'une rupture, car les titres d'Etat pouvaient jusqu'ici être comptabilisés à leur valeur d'acquisition quand ils étaient détenus jusqu'à échéance. "Dès lors, il est de notre responsabilité de limiter l'impact de cette volatilité", a expliqué M. Prot, c'est à dire la variation du prix de ces obligations, rendue très imprévisible par l'environnement de marché actuel. "A mesure que les banques vont se défaire de leurs obligations d'Etat (sous l'influence du régulateur), la valeur de ses titres va baisser encore davantage", a prévenu Charles Dallara, président de l'Institut de la finance internationale (IIF), qui représentait les créanciers privés lors des négociations sur la Grèce.

En se délestant de leurs titres, les banques limitent aussi mécaniquement les conséquences qu'auraient un nouveau défaut de paiement au sein de la zone euro, après celui de la Grèce. Pour Peter Chatwell, stratégiste obligataire chez Crédit Agricole CIB, l'essentiel des ventes d'obligations d'Etat par les banques a déjà eu lieu et le marché de la dette souveraine "devrait pouvoir fonctionner normalement". "Nous n'avons pas encore vu d'échec lors d'une émission d'obligations d'Etat, y compris par un pays fragilisé", fait remarquer Ioannis Sokos, stratégiste obligataire chez BNP Paribas.

Interrogées successivement quant à leur appétit actuel pour les émissions obligataires souveraines, les banques françaises sont restées évasives. "La tendance à la baisse de la dette d'Etat dans les portefeuilles des banques est inévitable", a cependant expliqué le PDG de Société Générale, Frédéric Oudéa. "Si on a à se diriger vers des titres souverains, nous serons forcément plus sélectifs en fonction des risques que l'on peut analyser de façon rationnelle", a indiqué le directeur général en charge des finances de BPCE, Nicolas Duhamel. L'allemande Commerzbank a été plus claire, annonçant qu'elle continuerait à réduire ses engagements sur la dette souveraine en Europe.

Le discours reste néanmoins mesuré. Car si se débarrasser de titres grecs n'est plus critiquable compte tenu de la situation de la Grèce, il est beaucoup plus difficile politiquement de jouer ouvertement la défiance vis-à-vis d'Etats qui n'ont pas réclamé de plan d'aide européen. Cela l'est encore davantage vis à vis de son propre pays, comme l'ont montré les banques italiennes Intesa Sanpaolo ou Monte dei Paschi di Siena (MPS), qui n'ont pas touché à leurs titres de dette italienne entre fin juin et fin septembre.

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