Fortis: Leterme refuse de témoigner

Le Premier ministre sortant Yves Leterme n'a pas l'intention de témoigner devant le juge néerlandais dans le cadre du démantèlement de Fortis, a fait savoir l'avocat Adriaan de Gier. Ce dernier représente une série d'investisseurs néerlandais.

Non, Yves Leterme ne se présentera pas devant un tribunal amstellodamois pour s’expliquer sur la débâcle de Fortis.  "Il refuse tout contact, il refuse de comparaître", a expliqué Adriaan de Gier, l’avocat néerlandais de la fondation FortisEffect.

Ce dernier, qui représente un groupe d’investisseurs s’estimant lésés par le démantèlement de l’ex-bancassureur, souhaitait entendre le Premier ministre belge sortant afin de constituer une série de preuves en vue de préparer une action au fond.

D’autres "invités"

Yves Leterme a refusé de donner suite à l’invitation officielle à comparaître envoyée par l’avocat représentant les petits actionnaires bataves. Comme il est domicilié en Belgique, rien n’oblige légalement le Premier ministre sortant à se rendre aux Pays-Bas pour témoigner.

Dans une brève réaction en début d’après-midi hier, Yves Leterme se contente de renvoyer au rapport rédigé récemment par des experts néerlandais. "Les enquêteurs ont, pour ce rapport, demandé la collaboration du Premier ministre; il y a consenti volontairement", dit le communiqué. 

Vu que les informations utiles ont été reprises dans le rapport des experts, continue le communiqué, Yves Leterme n’a pas jugé nécessaire d’accéder à la requête de l’avocat néerlandais. "Il revient à présent au juge néerlandais de décider si une audition s’avère encore nécessaire et qui, dans ce cas, doit être cité à comparaître en qualité de témoin", lit-on encore.

Selon Adriaan de Geer, d’autres acteurs belges du dossier  recevront bientôt une telle invitation à comparaître.  Du côté des responsables politiques à  la manoeuvre lors des deux week-ends de sauvetage, fin septembre et début octobre 2008, il s’agira, outre Yves Leterme, de Didier Reynders (ministre des Finances), de Jean-Paul Servais (président de la CBFA), de Luc Coene et de Peter Praet, respectivement vice-gouverneur et directeur à la Banque Nationale (BNB).

Par ailleurs, d’anciens cadres de Fortis devraient également recevoir une invitation à  venir s’expliquer sur les conditions de la tentative de sauvetage de Fortis. Parmi ceux-ci, on retrouve Jan-Michiel Hessels (vice-président et président du conseil de Fortis du 28 septembre 2008 au 13 février 2009), Philippe Bodson (administrateur jusqu’au 13 février 2009) et Klaas Westdijk (administrateur). Ces trois-là formaient un comité d’accompagnement censé épauler  Filip Dierckx, alors administrateur-délégué, lors de ses contacts avec les autorités. Filip Dierckx devrait également recevoir prochainement son carton d’invitation.

Témoins néerlandais

Soucieux de faire toute la clarté sur la communication de Fortis et des principaux acteurs du dossier au plus fort de la crise, Adriaan de Gier a également cité des témoins néerlandais à comparaître. Ceux-ci, parmi lesquels on retrouve l’ex-Premier batave Jan Peter Balkenende, l’ex-ministre des Finances Wouter Bos et le président de la Banque centrale néerlandaise Nout Wellink, ont accepté d’aller témoigner.  Hans Hoogervorst, le président de l’AMF, le gendarme des marchés néerlandais,  a également été invité à témoigner.

Pour rappel, l’AMF vient de condamner Ageas (ex-Fortis) à une amende de 288.000 euros. Le gendarme des marchés reproche à l’institution financière de ne pas avoir diffusé à temps des informations sensibles.

Une audience aura lieu le 15 septembre prochain afin de fixer les dates d’audition des témoins néerlandais.

Toujours d’après l’avocat de FortisEffect, si les témoins belges refusent de se présenter aux Pays-Bas, ils pourraient être entendus en Belgique  par une "commission rogatoire" ad hoc.

Les actions menées par l’association FortisEffect visent à faire toute la clarté  sur le volet communication lors des deux week-ends de sauvetage de Fortis.  "Pourquoi prétendait-on que Fortis était sauvée alors qu’en réalité, il s’agissait juste du contraire et que, cinq jours plus tard, les autorités démantelaient et poussaient quasiment Fortis à la faillite", pouvait-on  lire hier dans un communiqué de FortisEffect.

Votron et Lippens

Rappelons que, dans le cadre d’une autre procédure menée aux Pays-Bas par sept riches investisseurs, Jean-Paul Votron, Maurice Lippens et Gilbert Mittler ont également été cités à comparaître devant un tribunal. A Utrecht, cette fois. A ce jour, ils ont réussi à reporter la tenue de ces auditions en introduisant un pourvoi en cassation. A suivre, donc.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés