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Goldman Sachs veut se réinventer mais le chemin sera long

©REUTERS

Lors du premier "investor day" de son histoire mercredi, la banque d’affaires a insisté sur ses activités de détail. Une stratégie qui doit lui permettre de rattraper ses rivaux.

Il y a une dizaine d’années, Goldman Sachs était "la banque qui dirige le monde", selon le titre du documentaire réalisé par Marc Roche et Jérôme Fritel en 2012. L’institution new-yorkaise, fondée en 1869, faisait alors la pluie et le beau temps à Wall Street.

Les nombreux surnoms dont l’établissement a été affublé reflètent l’image et les fantasmes qu’il génère dans l’imaginaire collectif: "Goldman Sharks" ("les requins de Goldman"), "Goldman Sacks" ("Goldman pille"), "Government Sachs", "la Pieuvre" ou plus simplement "la Firme".

David Solomon, DJ a ses heures, a déjà changé le dress code de la banque. ©AFP

Ses anciens cadres, ou "partners", ont coutume de se recycler dans des postes politiques à hautes responsabilités: Henry Paulson fut secrétaire américain au Trésor entre 2006 et 2009, Mark Carney fut gouverneur de la Banque du Canada de 2008 à 2013 avant de prendre le même poste à la Bank of England, Mario Draghi a pris la tête de la Banque centrale européenne de 2011 à 2019. Chez nous, le socialiste Karel Van Miert, qui fut commissaire européen pour la Belgique pendant dix ans, est également passé par les rangs de l’institution.

Mais son étoile a pâli. Si sa longue histoire est jalonnée de scandales, son rôle obscur dans la crise des subprimes aux Etats-Unis d’abord, et celle des dettes publiques européennes ensuite, ont fini de lui forger une réputation de bateau amiral du capitalisme débridé, commandé par des officiers cupides.

Aujourd’hui encore, l’enseigne est empêtrée dans le scandale tentaculaire 1MDB, du nom d’un fonds souverain malaisien. Via des montages financiers d’une extrême complexité, quelque quatre milliards de dollars auraient été détournés de ce fonds, dont plusieurs centaines de millions au bénéfice de "la Firme". Afin d’éviter toute condamnation, celle-ci s’est préparée une provision de 1,1 milliard de dollars pour régler ce contentieux.

Rentabilité en baisse

Les coups de couteau donnés à sa réputation ont précédé aux attaques au sabre portées par les marchés. Goldman Sachs n’est plus l’ogre de Manhattan qui se goinfre pour mieux s’engraisser. Au cours de la décennie 2010, sa capitalisation boursière est restée quasi stable, avec une croissance de seulement 200 millions de dollars. Dans le même laps de temps, les valeur sde ses principaux concurrents, JPMorgan, Bank of America et Citi, ont respectivement gonflé de plus de 250, 150 et 75 milliards de dollars. Un constat d’échec sur l’île où l’argent est roi.

En 2019, sur les quelque 3.850 milliards de dollars de transactions signées dans le monde en fusions-acquisitions, Goldman Sachs s’est arrogé la part du lion: plus d’un tiers des deals ont été conclus sous son égide.

Le géant est cependant loin d’être terrassé. En 2019, sur les quelque 3.850 milliards de dollars de transactions signées dans le monde en fusions-acquisitions, Goldman Sachs s’est arrogé la part du lion: plus d’un tiers des deals ont été conclus sous son égide, soit une valeur de 1.333 milliards de dollars, selon le fournisseur de données sur les marchés financiers Refinitiv.

Mercredi, la banque d’affaires et d’investissement a organisé son premier "investor day" en 161 ans d’histoire. David Solomon, CEO depuis l’automne 2018, a eu à coeur de présenter le nouveau visage de son entreprise et d’afficher clairement ses ambitions.

À moyen terme, soit endéans trois ans, Goldman Sachs vise un rendement des capitaux propres tangibles de plus de 14%. Un bel objectif, dans la mesure où le groupe a réalisé une performance de 10,6% l’année passée, et de 9,9% en moyenne sur la dernière décennie. Pour y arriver, le CEO a également annoncé des coupes dans la dépense à hauteur de 1,3 milliard de dollars.

Le rôle de Marcus

David Solomon a également exposé les intentions de la banque d’affaires dans ses services de détail. Lancée en 2016, la banque en ligne Marcus, du prénom du fondateur, propose actuellement des comptes d’épargne et des crédits aux particuliers et aux TPE. En trois ans, la nouvelle marque a collecté quelque 60 milliards de dollars de dépôts et a accordé sept milliards de dollars de prêts à ses clients.

Pour les cinq prochaines années, Marcus vise 125 milliards de dollars de dépôts et 20 milliards de dollars de crédits.

Pour les cinq prochaines années, Marcus vise 125 milliards de dollars de dépôts et 20 milliards de dollars de crédits. Son offre a été récemment musclée par l’acquisition du gestionnaire de fortune United Capital et par un accord avec Apple pour l’émission d’une carte de crédit. Des activités amenées à se développer et qui vont nécessiter de lourds investissements. Mais pour l’instant, le retour est assez timide. En 2019, les activités de détail ne représentaient que 2,4% du chiffre d’affaires de Goldman Sachs, contre 40% pour le courtage.

Ce rapport ne va pas s’inverser dans l’immédiat. Selon les analystes, l’activité commerciale de Goldman Sachs ne réalisera des recettes importantes que dans une décennie. "Les investissements que nous faisons sont des investissements sur le long terme. Nous semons les graines qui prendront du temps pour pousser et éclore", a reconnu David Solomon. "Mais cela va nous permettre de générer de la valeur ajoutée pour nos actionnaires sur la durée", s’est-il défendu.

Autre nouvelle source de revenus pour Goldman Sachs: son activité "cash management", par laquelle elle propose des produits et services de paiement et d’encaissement aux entreprises, tout en les aidant à optimiser la gestion de leurs liquidités.

Après avoir annoncé son intention de ne plus procéder à l’introduction en bourse d’entreprises ne disposant pas d’au moins une femme ou d’une personne issue de la diversité dans son conseil d’administration – une mesure limitée à l’Europe et aux Etats-Unis –, la banque d’affaires poursuit son lifting et tâche de se défaire de son odeur de soufre.

La tâche pourrait s’avérer plus ardue que prévu, les marchés semblant méfiants à l’égard de l’institution. À l’ouverture de la bourse mercredi, l’action Goldman Sachs perdait quatre points de base.

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