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Hier, RBS et Fortis faisaient le paon. Aujourd'hui, ils sont à la diète ou vendus.

Ils étaient trois. Trois mousquetaires qui entendaient révolutionner le secteur bancaire européen en lançant une contre-offre sur le Néerlandais ABN Amro, convoité par Barclays. Septembre 2008: la maison Fortis brûle...

Mai 2007. L’Ecossais Royal Bank of Scotland, l’Espagnol Santander et le Belge Fortis entrent dans la danse et lancent "l’opération "Rock Sand Fire" avec, à la clé, une action séduction des actionnaires appelés à y aller de leur poche dans des augmentations de capital phénoménales. L’objectif: rafler ABN Amro à Barclays.

Trois ans après, force est de constater que la révolution attendue n’a pas pris le chemin espéré et que les protagonistes se sont transformés pour deux d’entre eux en petit canard plus que boiteux.

A tout seigneur tout honneur, le leader du groupe: RBS. L’enseigne, l’une des plus vieilles en Grande-Bretagne, était à l’époque la deuxième banque du pays, bien positionnée dans le classement des grosses capitalisations boursières. A sa tête, Sir Fred Goodwin aujourd’hui reconverti dans un cabinet d’architecture.

RBS s’est réveillée avec la gueule de bois. L’acquisition d’ABN Amro a coûté cher, très cher (27,2 milliards d’euros) et le début de la crise du subprime a sévi. En avril 2008, RBS se présente sur les marchés pour lever 15 milliards d’euros.

Mais le ver est dans le fruit et l’établissement écossais doit au premier semestre 2008 faire état de la première perte de sa vie. Octobre 2008: les autorités belges ont bouclé le dossier Fortis. La banque britannique frappe, elle, à la porte de son ministre des Finances. Son ballon d’oxygène, inscrit dans le cadre du système de sauvetage britannique, s’élèvera à 45,5 milliards de livres!

RBS, désormais à plus de 80&flexSpace;% dans les mains du gouvernement, trime pour retrouver un peu de sa splendeur et sortir de la liste des plus fortes pertes du secteur bancaire européen, avec une facture sociale lourde. Elle doit également opérer les cessions d’actifs exigées par la Commission européenne en échange de son enveloppe gouvernementale.

Est-ce dû à son sang chaud ou à une clairvoyance particulière, mais visiblement Mario Bottin a bien réussi à manœuvrer la barque "Santander". L’enseigne a passé l’obstacle ABN Amro sans trop de difficultés et su garder le cap en pleine tempête financière.

A peine acquise, l’Espagnole s’est débarrassée de l’Italienne Antonveneta auprès de Banco Monte Dei Paschi (BMPS) pour un montant de 9 milliards d’euros. BMPS dégustera en Bourse à l’annonce de l’opération et peinera à garder le cap.

Coup de maître pour Santander: adieu l’augmentation de capital de 4 milliards d’euros. Le groupe finance sa partie de l’enveloppe sur ABN Amro (19,9 milliards d’euros) avec une "simple" émission de titres convertibles en action.

Aujourd’hui, la banque espagnole fait partie des plus importantes enseignes européennes avec une soif évidente de croissance. Elle vient ainsi de racheter un réseau d’agences au Royaume-Uni à… RBS, et de s’offrir la Polonaise Zachodni.

Pourtant cet appétit rend perplexes certains analystes: "Si Santander a émergé comme l’un des principaux gagnants de la crise financière, nous craignons que le groupe soit maintenant tellement grand que sa croissance structurelle soit vouée à décliner et qu’il risque d’être confronté à une légère baisse de rentabilité".

Le marché redoute également la possibilité d’une augmentation de capital imminente: "L’option préférée de Santander consisterait à céder une partie de sa division britannique dans le cadre d’une introduction en Bourse". La division britannique présente un retour sur capital de 30%, qui devrait justifier une prime sur la valeur comptable. Ainsi, une introduction en Bourse serait particulièrement relutive.

La question semble pour l’heure préoccuper les administrateurs de Santander, selon des sources proches du dossier. Cependant, des considérations à court terme devraient prévaloir: la valorisation de Santander est actuellement pénalisée par les questions de dette souveraine espagnole.

Plus personne n’ignore la destinée empruntée par Fortis. Si hier, le groupe représentait un fleuron belge, ses cendres provoquent aujourd’hui encore colère et indignation.

Jean-Paul Votron était l’homme qui allait propulser Fortis dans la cour des grands. Il sera l’homme qui a mis le feu à la maison Fortis.

Des trois mousquetaires, le groupe est celui qui aura payé le plus lourd tribut (supérieur à 24 milliards pour combattre son rival de toujours ABN Amro): nationalisé, puis démantelé, vendu, rebaptisé.

L’assurance survit. Munie notamment d’un recentrage géographique, elle tente de se refaire une santé sous le nom d’Ageas. La banque belge n’est plus, elle, qu’une marque dans le grand groupe français BNP Paribas. Les actifs "toxiques" ont été parqués dans le véhicule Royal Park Investments (RPI). Quant au pôle néerlandais, il a été nationalisé et fusionné avec… ABN Amro.

Vexé d’avoir vu "SA" banque dépecée, le gouvernement néerlandais avait sauté sur l’occasion pour reprendre Fortis Nederland et ainsi redonner vie à ABN Amro. La Haye avait ainsi déboursé 16,8 milliards d’euros - un package acquis 24 milliards par Fortis. L’avenir de l’activité d’assurances de Fortis est à l’étude.

Recréer le groupe est onéreux. Au total, 30,2 milliards d’euros ont déjà été dépensés par l’Etat néerlandais pour sauver et remettre à flot les deux banques. Et ce alors que la valeur du groupe financier regroupé n’est estimé qu’à 9,3 milliards d’euros.

Même les calculs les plus optimistes laissent à penser qu’une introduction en Bourse de l’entité fusionnée, prévue en 2013, pourra difficilement combler ce "trou" dans les comptes de l’Etat.

Compte tenu des coûts d’intégration des deux banques, des économies attendues de cette fusion et des plus-values de cessions d’actifs, pôle d’assurance par exemple, la valorisation boursière du nouveau groupe bancaire appelé à devenir le numéro trois du marché néerlandais, ne devrait pas dépasser 20 milliards d’euros "à tout casser".

De plus, ABN Amro, déficitaire, tente tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau. Gerrit Zalm, patron et ancien ministre des Finances, a d’ailleurs prévenu que le contribuable avait "très peu de chances" de revoir les milliards d’euros investis par le gouvernement.

Ne tournons pas la page sans un petit mot sur Barclays. Dopé par l’acquisition des activités américaines de Lehman Brothers, l’enseigne a vu depuis 2007 ses actifs bondir de plus de 55 %, représentant 114 % du PIB britannique.

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