ING éclaboussée dans une nouvelle affaire de blanchiment

©REUTERS

La filiale polonaise de la banque néerlandaise aurait permis à ses clients de faire sortir de Russie et d'Ukraine des centaines de millions d'euros aux origines suspectes, indiquent les premières révélations des FinCEN Files.

Alors qu'ING pensait progressivement se dépêtrer de ses ennuis liés à ses manquements en matière de blanchiment, une nouvelle grosse tuile est tombée sur la banque néerlandaise ce lundi.

Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont nos collègues du Tijd font partie, a entamé en ce début de semaine la publication des FinCEN Files. Sur base de plus de 2.100 documents exfiltrés du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), le gendarme américain du monde de la finance, les quelque 400 journalistes membres du groupe à travers la planète ont mis au jour des transactions suspectes pour un montant total de plus de 2.000 milliards de dollars.

675
millions $
Quelque 675 millions de dollars de transactions suspectes ont transité par les deux sociétés néerlandaises traitant avec ING Bank Slaski en 2014 et 2015.

Des établissements belges sont également impliqués dans ces opérations. Le mot "Belgium" apparaît ainsi au moins une fois dans 365 documents, indique le quotidien Le Soir qui a également contribué à cette enquête tentaculaire. BNP Paribas Fortis, KBC et Belfius figurent dans ces dossiers, mais les révélations à leur sujet seront publiées dans les prochains jours.

ING Bank Slaski

Ce lundi, c'est l'enseigne ING qui se retrouve au cœur de la tempête. Selon les informations obtenues par l'ICIJ, la filiale polonaise du mastodonte néerlandais, ING Bank Slaski, a aidé certains de ses clients à faire sortir de l'argent dont l'origine est suspecte de Russie et d'Ukraine pendant plusieurs années. Selon le quotidien néerlandais Financieele Dagblad, le montant des échanges ayant transité par deux sociétés néerlandaises atteint la somme de 675 millions de dollars rien que pour les années 2014 et 2015. Cela concerne essentiellement des opérations de "mirror trading", par lesquelles des titres sont simultanément achetés dans une devise et vendus dans une autre.

Le FinCEN avait déjà mis en garde en 2017 dans un rapport confidentiel contre le "Moscow mirror network" qui a été mis en place pour sortir des dizaines de milliards de roubles vers des pays occidentaux.

Les transactions louches dans lesquelles ING est mouillée se sont essentiellement déroulées via deux obscures sociétés néerlandaises, Schildershoven Finance et Tristane Capital. Si la banque a mis fin à sa relation avec la première en 2018, la seconde figure toujours dans le portefeuille client de l'établissement.

Lourds précédents

"Nous sommes actuellement en train mettre fin à notre relation avec cette entité", indique Christoph Linke, porte-parole du groupe ING. Celui-ci indique que la banque renforce constamment ses procédures antiblanchiment et "Know Your Customer" depuis 2017 et que des milliers de notifications ont depuis lors été émises par la banque pour des opérations douteuses. L'enseigne se refuse cependant à commenter des cas individuels.

Ce n'est pas la première fois que ING est impliquée dans un scandale de blanchiment d'argent. En 2018, la banque avait accepté de verser 775 millions d'euros aux autorités néerlandaises pour solder un litige relatif à des manquements répétés en matière de prévention du blanchiment et de financement du terrorisme, et ce "de manière structurelle et pendant des années". Malgré cela, les dossiers suspects ont continué à s'accumuler dans le chef de la banque.

Si l'institution a réglé son ardoise auprès des superviseurs, elle a également dû mettre en place de nouvelles procédures afin de respecter la réglementation relative à la lutte contre le blanchiment et résorber son retard sur de nombreux dossiers. Des démarches fastidieuses, mais également coûteuses et chronophages.

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