interview

"Je ne suis pas le porte-parole de Goldman Sachs"

©Frank Toussaint

Il y a tout juste 10 ans, Michel Vermaerke quittait le secteur des télécoms et endossait le costume de banquier des banquiers.

Sa mission: développer Febelfin, la fédération financière belge à peine portée sur les fonts baptismaux, et préparer le secteur bancaire à l’évolution technologique qui se dessinait. Mais la crise financière et de la dette souveraine perturbera ses plans et apportera de nouveaux défis. "Ces crises ont remis en question l’essentiel du secteur. On a été obligés de repenser le rôle réel du secteur et ses fondamentaux", affirme-t-il.

Comment vit-on un 15 septembre 2008 et l’effet domino provoqué par la chute de Lehman Brothers en Belgique?

Les choses se déroulaient tellement vite qu’on se demandait ce qu’il nous arrivait. Il fallait surtout rester calme et veiller à ce que chacun assume son rôle. En tant que fédération, nous n’étions pas à la table avec les autorités ou aux conseils des banques. Souvent, nous apprenions les nouvelles par la presse.

Quand Lehman s’effondre, avez-vous des craintes pour les banques belges?

Soulignons que bon nombre de banques belges n’ont pas été directement touchées par cette crise. Mais, oui, nous avons eu des craintes pour certaines de nos banques. L’ampleur et la gravité n’étaient pas anticipées.

Et que faire quand on n’est pas à la table des discussions?

Nous avons dû tracer les lignes directrices d’un dialogue constructif. Cela passait inévitablement par le fait d’admettre que cette crise n’était pas un accident et qu’il fallait apporter des adaptations indispensables au système. Quelqu’un a dit: les problèmes d’aujourd’hui sont causés par les solutions d’hier. Il fallait donc veiller à ce que les solutions d’aujourd’hui ne créent pas les difficultés de demain. Nous avons donc plaidé pour une analyse de l’impact sur l’économie et le financement de la société civile. Nous avons aussi réfléchi au type de banques que nous voulions avoir dans le pays. Des banques qui financent l’économie, développent une offre équilibrée de produits d’épargne et d’investissement, et investissent dans les infrastructures de demain.

L’essence même d’une banque!

La plupart des banquiers étaient bien intentionnés. Ces gens se sont néanmoins retrouvés dans une logique de rendement toujours plus poussée et axée sur une ingénierie financière plus complexe et opaque pour y arriver. Mais il faut rappeler que Bruxelles n’est pas Wall Street et que je ne suis pas le porte-parole de Goldman Sachs.

Comprenez-vous la réaction citoyenne avec "NewB"?

Je me retrouve à 200% dans le fait que des citoyens cherchent des solutions alternatives qui doivent donner une réponse au financement de l’économie locale. Néanmoins, je rappelle qu’il existe déjà des banques coopératives ou durables. De plus, aucun modèle bancaire n’a été à l’abri d’un impact négatif. Donc, peu importe la motivation, il faut que ce qui sera mis en place réponde de la même façon aux exigences prudentielles que les autres banques. Et face aux réalités, créer une telle nouvelle banque n’est pas chose aisée.

La régulation actuelle n’est-elle pas en passe de changer d’objectif et de passer de l’encadrement à une punition?

Entre la finalité recherchée et la réponse donnée, il n’y a pas toujours le bon équilibre. Néanmoins, il ne faut pas confondre les débats. Renforcer les fonds propres des banques ou assurer une meilleure liquidité était évident. Mais il y a parfois des réglementations qui vont trop loin. Prenez ce texte du gouvernement Di Rupo, sur proposition de Mme Laruelle, visant le financement des PME. Je comprends le besoin de réguler certaines choses. Mais une réglementation qui exige du banquier plus d’attestations, plus de documents et d’informations de toutes petites entreprises est contre-productive. Il ne faut pas s’étonner après de voir le taux d’acceptation des crédits évoluer négativement. Et une étude de PwC l’affirme: toutes ces réglementations ont un impact sur le taux de croissance structurelle récurrente de notre économie ("L’Echo" le 23/12/2014).

Avez-vous encore l’impression d’être entendu par les autorités politiques?

Parfois oui, parfois non. Nous sommes très souvent consultés mais les préoccupations que nous avançons ne sont pas toujours écoutées.

La fuite à l’étranger des sièges sociaux des banques est-elle problématique?

"Il faut miser sur le potentiel de développer des centres de compétences en Belgique."
Michel Vermaerke
CEO de Febelfin

C’est un débat qu’on aurait dû avoir il y a 20 ans, et pas seulement pour le secteur bancaire. On peut encore en discuter, mais il faut faire face à la réalité: 83% des acteurs bancaires belges ont leur centre de décision à l’étranger et après le Grand-duché, nous avons le secteur bancaire le plus internationalisé. Il faut donc miser sur le potentiel de développer des centres de compétences en Belgique en faisant meilleur usage de nos atouts que sont le leadership en matière de technologie bancaire, l’expertise reconnue mondialement et notre proximité avec l’Union européenne.

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