interview

Jos Clijsters: "La force de Belfius doit être mise à profit pour aider les PME"

Le 28 avril, à l'issue de l'assemblée générale des actionnaires, Jos Clijsters cédera la président de Belfius à Chris Sunt. ©saskia vanderstichele

Ce 28 avril à l'issue de l'assemblée des actionnaires, Jozef Clijsters mettra un terme à une carrière marquée par la chute de Fortis, institution dans laquelle il passa 28 ans, et la (re)mise sur pied de Belfius.

À la veille de tourner la page sur une carrière de 48 années, Jos Clijsters n'a qu'un mot à la bouche: "Happy".
Le regard sur Bruxelles depuis le haut de la tour Belfius, l'homme qui préside le conseil de la banque depuis 2014 - après avoir œuvré trois années durant à couper les fils entre le groupe Dexia et son ex-banque belge - affirme que c'est le moment de partir. "La succession est réglée. Il y a une stabilisation sur le plan politique. "Et puis, à 71 ans, I've done my job!"

Un job marqué de hauts et de bas. "En 2011, les premiers mois de la reprise de Dexia banque Belgique étaient difficiles. Je devenais d'un coup le CEO d'une organisation que je ne connaissais pas, avec un comité de direction que je ne connaissais pas. Dans la rue, des manifestations de syndicats demandaient ma démission. Dans un premier temps, j'étais aussi seul, sans conseil d'administration. Ce qui m'a fait tenir? Le fait que je n'étais pas à l'origine du problème."

Nous sommes en effet le dimanche 4 septembre 2011. Il est 22 heures, Jos Clijsters reçoit un coup de téléphone de Jean-Luc Dehaene, alors président du Conseil de Dexia, lui demandant de venir immédiatement. "Je suis sorti de réunion à 1h du matin avec l'engagement que je succéderais à Stéphane Decraene dès le lundi matin avec toutes les autorisations nécessaires. Si les choses n'avaient pas été aussi vite, j'aurais sûrement réfléchi, là où j'ai seulement pris mes responsabilités face aux clients et au personnel de Dexia banque." De cette période, il garde un profond respect du soutien apporté par le gouverneur de la BNB, Luc Coene.

Belfius aujourd'hui et demain

Sous l'impulsion de Jos Clijsters, les squelettes sont vidés des placards. "Aujourd'hui, Belfius est une belle réussite."

20 %
part de marché
"Je crois que dans 10 ans, Belfius aura en Belgique une part de marché de 20% et plus encore en digital."

Marketeur dans l'âme, il ne cache pas sa fierté pour le succès du changement de nom en mars 2012, malgré les critiques du début."Nous avions alors de gros problèmes de liquidité et les marchés étaient sceptiques, car ne se rendaient pas compte que la banque belge avait été scindée du groupe et rachetée par l'État belge. Il fallait donc rapidement changer de nom." Il rappelle aussi que l'annonce de nom a totalement éclipsé la perte de 1,4 milliard qu'affichait la banque à cette époque.

"Je crois que dans 10 ans, Belfius aura en Belgique une part de marché globale de 20% et plus encore en digital. Je rêve aussi de voir la banque active sur la scène internationale via la banque digitale ou mobile."

L'avenir de Belfius se situera aussi dans un monde qu'il voit plus consolidé sur le plan national. "J'ai travaillé à des consolidations internationales, notamment avec Fortis. Sans une harmonisation de la complexité qui en découle, ces opérations sont coûteuses et ont peu d'avantages. Ce à quoi je crois, ce sont des combinaisons entre des banques nationales qui s'associent pour des activités avec des acteurs internationaux."

"La force de frappe de Belfius doit être mise à profit pour aider les PME à renforcer leurs fonds propres et relancer la croissance."
Jos Clijsters

Un des défis de son successeur Chris Sunt sera toutefois de continuer de faire croître le pôle assurance du groupe. "La croissance organique est lente. D'ici 10 ans, il y aura des opportunités en Belgique." Il ne nie pas qu'il verrait d'un bon œil un rapprochement avec Ethias. "Mais je ne crois pas dans des opérations forcées. Il faut que les deux parties soient d'accord."

Garant de l'ADN de Belfius

L'autre défi du futur président du conseil sera de s'assurer que Belfius soutient la relance de l'économie.

"Le défi post-Covid sera de réfléchir à comment mobiliser de manière responsable l'énorme quantité d'épargne pour relancer nos PME. Chaque jour de nouvelles idées apparaissent, mais rien sur leur mise en œuvre. La force de frappe de Belfius doit être mise à profit pour aider les PME à renforcer leurs fonds propres et relancer la croissance."

Être une banque au service de l'économie belge, ses clients particuliers, ses clients professionnels ou institutionnels est l'ADN de Belfius. Un ADN qui comprend aussi le caractère public de la banque. Alors que l'idée de l'introduction sur les marchés est pour l'instant rangée dans une armoire, Jos Clijsters n'exclut une IPO dans le futur. Néanmoins, il se dit favorable au maintien de l'État comme actionnaire majoritaire. "Il est logique que l'État soit actionnaire d'au moins une des quatre grandes banques. Et Belfius est la banque des communes et des institutions publiques." À charge toutefois à Chris Sunt de poursuivre le dialogue instauré depuis le début entre le président de Belfius et le monde politique. "Deux fois par an, je rencontrais individuellement le Premier-ministre et les vice-premiers pour expliquer la situation de Belfius et ses défis. Cela créait davantage d'implication de leur part."

Des rendez-vous qu’il ne fera plus. Mais même si Jos Clijsters  entend désormais profiter de la vie, il restera toutefois encore actif au sein de la KUL et de Qwest for Growth.

CV Express

Diplômé en sciences économiques appliquées (marketing) de la KUL
1974-1981: en charge du consumer marketing chez Unilever
1981: il entre à la Générale de banque comme responsable marketing
1999: il est aux commandes de la fusion entre la Générale et la CGER
2002: il prend la direction de la banque de détail belge de Fortis
2007: il quitte l'opérationnel, mais reste administrateur jusqu'en 2009
Janvier 2011: il est nommé conseiller du comité de direction de Dexia
Septembre 2011: il prend les rênes de Dexia banque Belgique, rachetée par l'État belge
2014: il devient président du conseil, laissant le poste de CEO à Marc Raisière

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