analyse

KBC anticipe plus d'un milliard d'euros de pertes sur les crédits

KBC a enregistré un résultat net négatif au premier trimestre.

Le bancassureur a enregistré 121 millions d'euros de réductions de valeur sur ses crédits au premier trimestre, mais le pire est à venir. Son CEO Johan Thijs plaide également pour des prêts garantis par l'État d'une durée supérieure à un an.

Les effets de la crise provoquée par le coronavirus commencent à peine à se faire sentir, mais le plus dur reste à venir. Jeudi, KBC présentait ses chiffres pour le premier trimestre. Le bancassureur a essuyé un résultat net négatif de cinq millions d'euros sur ces trois mois. Une contre-performance relative, dans la mesure où les analystes tablaient en moyenne sur une perte de 24 millions d'euros.

Ce résultat n'a cependant pas eu l'heur de plaire aux marchés. Dès l'ouverture de la Bourse de Bruxelles, le titre KBC chutait  , entraînant dans son sillage le Bel 20. Deux éléments peuvent expliquer ce courroux boursier.

1,6 milliard
d'euros
Dans son pire scénario, KBC anticipe des réductions de valeur sur les crédits de 1,6 milliard d'euros en 2020.

D'abord, l'établissement financier a essuyé des réductions de valeur sur crédits de quelque 121 millions d'euros au cours de ce premier trimestre, dont 43 millions sont spécifiquement liés à la crise actuelle. Sur l'ensemble de l'année, KBC estime que celles-ci vont grimper à 1,1 milliard d'euros, selon un scénario moyen. Dans le pire des cas, l'ardoise grimperait à 1,6 milliard d'euros.

Ensuite, KBC a revu à la baisse ses estimations relatives aux revenus nets d'intérêts pour la totalité de l'exercice. Alors qu'elle tablait au départ sur des rentrées de 4,65 milliards d'euros, la banque anticipe aujourd'hui un montant de 4,3 milliards d'euros.

"Il n'est pas arrogant d'affirmer que nous avons une réserve de fonds propres suffisamment solide pour affronter cette crise."
Johan Thijs
CEO de KBC

Les marchés ont surréagi à l'annonce de ces deux chiffres, mais Johan Thijs demeure serein. "Il n'est pas arrogant d'affirmer que nous avons une réserve de fonds propres suffisamment solide pour affronter cette crise." Le groupe dispose d'un trésor de guerre de plus de 18 milliards d'euros et reste l'une des banques les mieux capitalisées d'Europe selon plusieurs analystes.

Nouveau bazooka

Interrogé quant aux mesures mises en place par le secteur financier en collaboration avec les autorités pour alléger le fardeau des ménages et des entreprises, le CEO a indiqué que son établissement avait déjà procédé à un peu moins de 60.000 reports de remboursements de crédit. Quelque 32.000 moratoires concernent les entreprises, dont pas moins de 30.000 pour les PME, le reste concernant des crédits hypothécaires aux particuliers.

"On ne peut pas résoudre tous les problèmes de certaines PME en douze mois. (...) Nous parlons d'éventuellement 36 à 48 mois."
Johan Thijs

Concernant l'autre volet du plan d'aide, à savoir les 50 milliards d'euros garantis par les autorités fédérales, Johan Thijs s'est montré plus circonspect. Le fameux "bazooka" du ministre des Finances Alexander De Croo propose une garantie d'un an, et le patron de KBC estime que cette durée s'avère insuffisante pour nombre d'entreprises.

"On ne peut pas résoudre tous les problèmes de certaines PME en douze mois", a-t-il fait valoir. Les petites entreprises de l'horeca, dont les portes sont closes depuis le 14 mars, auront sans doute besoin de plus de temps pour se remettre sur pied. "Nous parlons d'éventuellement 36 à 48 mois", a-t-il précisé.

"Peut-être faudrait-il diviser le bazooka en deux parties: une pour le court terme et l'autre pour une durée plus longue", étaye celui qui est également président de Febelfin. Pour l'instant, il anticipe une reprise plus lente qu'escomptée de prime abord. Il a ajouté que la question avait déjà été abordée avec l'Economic Risk Management Group (ERMG).

Réduction des coûts

Dans cette conjoncture difficile, Johan Thijs a également indiqué que KBC allait sabrer dans les dépenses. Les coûts d'exploitation devraient ainsi baisser de 3,5%, soit une enveloppe de grosso modo 200 millions d'euros. Le recours massif au télétravail depuis le début du confinement ainsi que l'annulation de tous les voyages d'affaires de l'entreprise figurent parmi les moyens pour y parvenir. Certains projets, qui ne concernent pas la numérisation du bancassureur, ont également été ajournés.

Les syndicats, qui ont reçu plus d'explications au cours d'un conseil d'entreprise qui se tenait jeudi également, ne semblent en tout cas pas redouter cette annonce. "Je ne veux pas le minimiser, mais je me souviens de la crise financière et en comparaison, les mesures actuelles sont plutôt légères", commente Dirk De Backere de l'ACV Puls.

Outre les frais de voyage, le représentant syndical explique que le budget marketing a également été pointé comme variable d'ajustement. De plus, certains salaires variables pourraient être suspendus. "Il y a une série de signaux, mais aucune mesure radicale. On ne parle pas du tout de licenciements massifs."

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