Koen Algoed, l'administrateur de la KBC qui embarrasse la BCE

Koen Algoed, chef de cabinet du ministre flamand du Budget, Philippe Muyters (à gauche) ©BELGA

Un politique nommé par le politique, cela gêne le régulateur européen, qui veut éviter un précédent.

Personne ne doute de ses compétences. Koen Algoed, chef de cabinet du ministre flamand de l’Économie Philippe Muyters (N-VA), est un crac en matière économique et financière. C’est ce qui explique que le gouvernement flamand ait pensé à lui lorsqu’il s’est agi de trouver un administrateur pour la KBC , où la Région dispose de deux sièges suite au sauvetage public de l’institution lors de la crise de 2008.

L’exécutif régional (N-VA/CD&V/Open VLD) a désigné Koen Algoed en début d’année, en lieu et place de Tom Dechaene, que le parti de Bart De Wever a envoyé au comité de direction de la Banque nationale de Belgique, où il dispose pour la première fois d’un représentant. Les actionnaires du groupe flamand de bancassurance ont ensuite entériné la nomination de Koen Algoed comme administrateur pour un mandat de quatre ans. Le 7 mai dernier, en assemblée générale, ils ont dit "oui" à 71,6% à son arrivée.

Comment la BCE pourrait-elle à l’avenir refuser une nomination au nom d’un potentiel conflit d’intérêts, si celui-ci est toléré aujourd’hui pour la KBC?

Un os

Mais il y a un os. La nomination de Koen Algoed embarrasse la Banque centrale européenne, désormais en charge de la supervision des grandes banques européennes, a-t-on appris à bonnes sources.

Officiellement, Francfort dit "no comment" dans toutes les langues. Mais il nous revient que le cas Koen Algoed pose un problème au régulateur parce que la désignation d’un responsable politique dans un établissement bancaire n’offre pas toutes les garanties d’indépendance.

Le risque d’un précédent

Le problème est donc, non pas de compétence, mais de gouvernance. Le régulateur européen craindrait en particulier de créer un précédent: comment la BCE pourrait-elle à l’avenir refuser une nomination au nom d’un potentiel conflit d’intérêts, si celui-ci a déjà été toléré pour la KBC?

Pour rappel, en 2012, la commission Dexia de la Chambre, "chargée d’examiner les circonstances qui ont contraint au démantèlement de la Dexia", s’était penchée sur cette question précise des liens entre responsables politiques et direction de banque.

"Incompatibilité"

Dans le rapport de la commission présidée par Marie-Christine Marghem (MR), et au sein de laquelle les élus N-VA Jan Jambon et Peter Dedecker s’étaient montrés très actifs, on peut lire ceci, au chapitre recommandations: "La commission recommande de prévoir une incompatibilité entre le mandat d’administrateur d’une banque systémique et la qualité (…) de membre d’un cabinet ou d’une cellule stratégique (…)".

Alors quoi, recalé Koen Algoed? On n’en est pas là. Feu rouge ou feu vert, la BCE n’a pas encore tranché. On serait plutôt à la recherche d’une solution, nous explique-t-on, pour éviter à la fois l’affront à la Flandre et le précédent.

Qu’en dit le groupe KBC? Rien: "Nous n’avons pas à commenter une décision du gouvernement flamand". Et qu’en pense-t-on du côté de Koen Algoed? "Nous n’avons pas d’indication que cette nomination pose problème", réagit-on au cabinet Muyters.

[Suivez Martin Buxant sur Twitter en cliquant ici]

[Suivez Paul Gérard sur Twitter en cliquant ici]

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés