L'accès au crédit hypothécaire s'annonce plus strict

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Après la mise en garde de la Banque nationale (BNB) sur la hausse de l’endettement hypothécaire, le secteur bancaire a sauté sur l’occasion pour dire: c’est vrai, il est temps de se calmer. La sortie de la BNB arrange en fait tout le monde.

Alors là, on a rarement vu une séquence aussi bien huilée. Jeudi, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), Pierre Wunsch, profite de la présentation du rapport annuel pour insister sur un point précis, le crédit hypothécaire.

"Le message aux banques est très clair: vous devez faire attention", lance le gouverneur de la BNB. "Nous ne sommes pas contents avec ce qui s’est passé. Les banques disent qu’il y a beaucoup de concurrence sur le marché belge et qu’elles éprouvent dès lors des difficultés à augmenter leurs marges. Si cela se poursuit, nous ferons quelque chose."

"Le message aux banques est très clair: vous devez faire attention."
Pierre Wunsch
gouverneur de la BNB


Relâchement

Le problème, selon la BNB, c’est que la croissance des crédits hypothécaires est restée supérieure à 5% par an depuis juillet 2015"En conséquence, le taux d’endettement des ménages s’est établi à plus de 60% du PIB en 2018, un niveau supérieur à la moyenne de la zone euro", lit-on dans le rapport annuel. "La forte hausse de l’endettement hypothécaire s’est en outre accompagnée d’un nouveau relâchement des conditions d’octroi de crédit, la dynamique favorable observée par le passé en matière de resserrement de ces conditions ayant touché à sa fin."

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La BNB a pris par le passé des mesures (lire ci-contre) pour freiner l’emballement sur le crédit hypothécaire, produit qui permet de capturer le client pour 20 ans voire plus, mais ces freins ne sont plus assez efficaces, dit le gendarme du secteur financier.

En particulier, le régulateur a observé un relâchement sur le montant octroyé par les banques par rapport à la valeur du bien. Dans le jargon, on appelle ça le ratio ‘loan-to-value’. La BNB constate que les banques hésitent de moins en moins à franchir la barre des 90%. C’est ce qu’elle appelle "l’alourdissement de l’endettement hypothécaire" des ménages.

"Justifié"

Ça, c’était jeudi. Dès le lendemain, ce vendredi, la fédération bancaire applaudit et abonde. "La remarque de la Banque nationale est justifiée", dit Karel Van Eetvelt, le patron de la fédération Febelfin, au micro de la VRT, à la fine pointe de l’aube. "Les banques se courent l’une après l’autre, ce qui est normal d’un point de vue purement économique. Mais cela signifie que la Banque nationale devra venir avec des mesures fortes. L’autorégulation ne fonctionne pas suffisamment sur ce plan."

"L’autorégulation ne fonctionne pas suffisamment."
Karel Van Eetvelt
Febelfin

Quelques heures plus tard, le ministre de Finances enchaîne. "Si la Banque nationale dit qu’un danger est en train de se créer, alors je trouve qu’elle doit venir avec des mesures", fait valoir Alexander De Croo (Open Vld), en marge du conseil des ministres. Et de demander à la BNB "de jouer son rôle en tant que régulateur et de prendre des mesures, avec les banques, pour veiller que l’on ne mette pas des gens dans des problèmes financiers".

Et voilà comment, en 24 heures, s’impose l’idée que le secteur bancaire doit resserrer les conditions d’un crédit hypothécaire. Nota bene, à peu près toutes les banques se plaignent de la faiblesse de leur marge d’intérêt, en particulier sur le prêt-habitation. Vu comme ça, le rappel à l’ordre de la BNB les arrange bien.

C’est pas moi, chef

Mais que disent les banques de tout ceci? En résumé, c’est pas moi chef. Chacune jure ses grands dieux être très "responsable" en la matière.

Notre portefeuille est sain, dit BNP Paribas Fortis, chiffrant à 76% la quotité moyenne. "Il est important d’évaluer la capacité de remboursement du client, le crédit durable est une priorité pour nous", signale KBC. ING Belgique souligne que le rapport entre le crédit demandé et la valeur du bien "est sain et en ligne avec la réglementation de la BNB". Quant à Belfius, où la quotité moyenne est de 71%, elle indique qu’elle "n’a pas assoupli sa politique d’acceptation. Nous utilisons toujours les mêmes règles qui permettent aux clients de rembourser leur crédit-logement de manière confortable."

Belfius ajoute tout de même que "les clients souhaitent souvent emprunter une quotité plus élevée sur une plus longue durée. La hausse des prix de l’immobilier et la faiblesse des taux expliquent cette tendance". En 2018, 35,9% des crédits avaient une quotité supérieure à 90%, contre respectivement 34,3% un an plus tôt.

"BUFFERS"
Une vieille histoire

En 2013, la Banque nationale (BNB) avait déjà relevé de 5% le niveau des exigences en fonds propres à mettre en regard des crédits hypothécaires octroyés par les banques.

Cinq ans plus tard, elle en rajoutait une couche. La hausse forfaitaire des 5% était maintenue mais la BNB y avait ajouté une deuxième mesure, plus ciblée, sous la forme d’une augmentation de 33% de la pondération du portefeuille hypothécaire en fonction du risque moyen de ce portefeuille dans chaque banque.

Ensemble, ces deux mesures représentent un coussin supplémentaire de fonds propres (on dit plus volontiers "buffer" dans le métier) d’1,5 milliard d’euros pour les banques belges actives dans les crédits résidentiels. La première mesure représentait 900 millions d’euros, la seconde 600 millions.

Aujourd’hui, la BNB semble dire que ces dispositions n’ont pas suffi à calmer le jeu. C’est pourquoi elle prépare le terrain à d’autres mesures.

Les analyses économiques de la Banque nationale

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