L'acquisition d'AXA Banque par Crelan en péril?

Axa et Crelan doivent fusionner, mais l'opération ne sera pas finalisée avant la fin de l'année. ©Wouter Van Vooren

Crelan avait indiqué que la concrétisation de la fusion prendrait quelques mois de plus en raison de la pandémie. La BCE aurait plusieurs griefs sur l'opération, ce que Crelan nie, assurant que celle-ci sera menée à bien.

Annoncée en grande pompe en octobre dernier, l'acquisition d'AXA Banque Belgique par Crelan pourrait avoir du plomb dans l'aile. Jeudi, L'Echo indiquait que la concrétisation du rachat serait retardée de six mois. Crelan indiquait qu'en raison de la pandémie, plusieurs volets du projet avaient pris du retard. Il s'agit principalement de l'évaluation des portefeuilles de crédit des deux entités et de l'adaptation de la plateforme IT.

Selon Trends-Tendances, le problème est cependant plus profond. La Banque centrale européenne aurait remis un avis négatif sur la fusion. D'après les informations de l'hebdomadaire économique, la BCE tique sur plusieurs points.

Financement en question

"Nous avons évidemment des entretiens réguliers avec la BCE, pendant lesquels nous évoquons tous les points d'attention."
Ortwin De Vliegher
Porte-parole de Crelan

Tout d'abord, elle s'interrogerait sur le financement de l'opération, qui s'élève à 540 millions d'euros. Ce montant doit être réglé avec des fonds propres et la BCE estimerait que la banque coopérative ne possède pas les capitaux suffisants pour ce faire.

Ensuite, le système IT serait sur la sellette. La plateforme utilisée par Crelan est datée, et la BCE se poserait des questions sur l'intégration de l'infrastructure d'AXA Banque au sein de celle-ci.

Enfin, plusieurs administrateurs n'ont pas l'heur de plaire au régulateur bancaire européen, en raison d'un manque de connaissance du secteur financier. Il s'agirait particulièrement de ceux représentant les quelque 270.000 coopérateurs de Crelanco.

Invité à réagir, Crelan bat ces affirmations en brèche. "Le dossier complet n'a pas encore été remis aux régulateurs" en raison des retards évoqués plus tôt dans la semaine, a répondu Ortwin De Vliegher, le porte-parole de la banque coopérative. En plus de la BCE, la Banque nationale de Belgique, la Banque de France ou encore l'Autorité belge de la concurrence doivent également se pencher sur la question.

Capitalisation élevée

15
%
Selon Crelan, le taux de capitalisation CET1 de l'établissement sera encore au-dessus des 15% après l'acquisition d'AXA Banque, ce qui en fera "l'une des meilleures de la classe".

"Nous avons évidemment des entretiens réguliers avec la BCE, pendant lesquels nous évoquons tous les points d'attention", poursuit Ortwin De Vliegher, qui nie toute remise en question du projet d'acquisition. Crelan affirme être suffisamment capitalisée pour supporter l'opération. Son ratio de capital CET1 s'établit actuellement à 21,03% et demeurera au-dessus des 15% une fois la fusion actée, "ce qui fera de la banque fusionnée l'une des meilleures de la classe".

Concernant les problèmes d'intégration IT, Crelan répète que le recours à des experts externes s'est avéré difficile en raison de la période de confinement. L'établissement nie enfin qu'il y ait des soucis au regard de la gouvernance, le comité de direction ayant été récemment renforcé par l'arrivée d'un nouveau CFO en la personne de Paul Malfeyt et d'une nouvelle CIO, Anna Fievez.

Une fois le dossier complet remis à la BCE, celle-ci aura trois mois pour se prononcer.

La fusion de Crelan et AXA Banque doit donner naissance au cinquième groupe bancaire du royaume, derrière les "Big Four" (Belfius, BNP Paribas Fortis, ING, KBC) qui dominent environ 80% du marché belge. Selon les experts du secteur, les fusions/acquisitions devraient se poursuivre, la rentabilité des banques étant sous forte pression dans un contexte où les taux d'intérêt restent à un niveau historiquement bas depuis de longs mois.

L'émergence du coronavirus et la crise économique qui en découle sont évidemment un gros caillou de plus dans la chaussure des banques, spécialement celles de taille moyenne ou moindre, en raison des réductions de valeur sur les portefeuilles de crédit et du ralentissement de l'activité économique. Entre les mastodontes et l'avènement des néobanques, les acteurs moyens vont devoir trouver des moyens de se démarquer.

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