L'entrée en Bourse de Belfius patine

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Les démocrates-chrétiens flamands sont clairs: il n’y aura pas d’entrée en Bourse de Belfius sans solution pour Arco. Le Premier ministre Michel négocie avec l’Europe. Mais l’IPO pourrait être retardée.

Pour un monstre du Loch Ness, c’est un fameux monstre du Loch Ness. Alors que les techniciens et cadres de la banque Belfius – propriété à 100% de l’Etat belge – rament depuis des mois pour peaufiner les détails de l’entrée en Bourse d’une partie du capital, au niveau politique, le blocage persiste entre l’aile démocrate-chrétienne flamande du gouvernement et les trois autres partis de la coalition. En ligne, le dossier Arco et les modalités possibles pour rembourser des coopérateurs asséchés par la déroute de Dexia.

L'IPO de Belfius en 6 questions

Alors que chez Belfius, on bosse depuis des mois pour peaufiner les détails de l’entrée en Bourse, au niveau politique, ça bloque. En cause, le dossier Arco et le remboursement des coopérateurs asséchés par la déroute de Dexia. Explications >

La ligne du CD&V, singulièrement de son patron au gouvernement Kris Peeters, est désormais très claire: sans résolution du dossier Arco – dûment validé par les instances européennes – il n’y aura pas d’entrée en Bourse de Belfius…

D’ailleurs, fait-on remarquer au CD&V, il n’est écrit nulle part que Belfius doit entrer en Bourse… En revanche, il est écrit noir sur blanc, dans l’accord de gouvernement fédéral entre les 4 partis, qu’une solution doit être apportée au dossier Arco. "Les coopérateurs attendent depuis trop longtemps, ça suffit, une solution s’impose, martèle un cadre du parti. Il n’y a pas à sortir de là."

Michel reprend la main

De l’autre côté de la table, N-VA et Open Vld poussent à une IPO rapide. "On n’a plus de temps à perdre, nous devons avancer maintenant, dit un expert libéral. Les Bourses sont à un bon niveau mais les taux d’intérêt sont susceptibles de remonter et il n’y a aucune prévisibilité sur les réactions des marchés à la nouvelle donne protectionniste/taxatoire de Donald Trump." En gros, du côté Open Vld/N-VA, on estime que la fenêtre de tir pour l’IPO doit être sécurisée avant les vacances de Pâques et, certainement, avant l’été. "Passé ce délai, estime un haut gradé libéral flamand, ce sera le règne de l’incertitude."

"Les coopérateurs Arco attendent depuis trop longtemps."
un CD&V
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En un mot comme en cent, la coalition est donc divisée sur ce dossier ultrasensible et c’est donc le Premier ministre Charles Michel et son équipe qui ont repris en main ce dossier initialement piloté par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA). C’est Michel et son équipe qui ont en main les négociations avec la Commission européenne au sujet des compensations possibles pour les coopérateurs d’Arco.

Côté CD&V, à ce stade, on est relativement optimiste sur la perspective d’une issue favorable: "Juridiquement, il est possible de trouver une solution qui reçoive le feu vert de l’Europe", veut croire un ténor CD&V.

À l’autre bout du spectre de la coalition, en revanche, on ne croit pas beaucoup à un revirement des autorités européennes qui, à plusieurs reprises, ont déjà indiqué, par le passé, que ces compensations étaient assimilables à des aides d’Etat. "C’est le brouillard complet sur qui propose quoi à qui en termes de compensation et, croyez-en mon expérience, quand c’est le brouillard, c’est plutôt négatif", dit une source qui suit le dossier de particulièrement près.

"Juridiquement, il est possible de trouver une solution qui reçoive le feu vert de l’Europe."
un CD&V
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Tant du côté de Belfius que des partisans de l’entrée en Bourse d’une partie du capital de la banque au gouvernement, on regrette que le dossier de l’IPO soit désormais lié à celui d’Arco. "Franchement, ce sont deux dossiers complètement isolés et c’est dommage d’en faire à présent une cause de blocage", dénonce un expert du secteur bancaire. Dans le champ politique, une source gouvernementale se montre beaucoup plus virulente: "Cela démontre que le CD&V n’en a rien à faire des intérêts économiques belges et fait passer ses petits intérêts électoraux avant le reste, c’est terriblement dommageable et cela s’appelle une prise d’otage."

Une opportunité pas une nécessité

Evidemment, du côté du CD&V, on ne partage pas du tout la même lecture des événements. L’idée est de dire: rien ne presse pour l’entrée en Bourse de Belfius et, d’ailleurs, "c’est une opportunité de mettre Belfius en Bourse, ce n’est absolument pas une nécessité. La banque rapporte des dividendes chaque année, elle tourne parfaitement bien, donc rien ne nous oblige à la mettre précipitamment en Bourse. Si on veut accélérer le tempo des privatisations, alors, il faut regarder bpost, Proximus et BNP Paribas", conclut un ponte CD&V.

Au MR, on ménage la chèvre et le chou, bien conscient que le démineur Charles Michel est au milieu d’un champ de mines. Mais on reconnaît néanmoins que rien ne presse pour l’entrée en Bourse et qu’opérer après les vacances d’été ne serait pas dramatique. "Il faut être réaliste, qu’on arrête de faire croire aux gens qu’à cause des élections communales, on ne peut pas procéder à une entrée en Bourse de Belfius, cela n’a strictement rien à voir."

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