L'Europe lance le virement à la seconde, la Belgique suit sa propre voie

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Les banques belges se préparent pour début 2019 au paiement instantané par virement. Un système qui dans un premier temps ne fonctionnera qu'entre titulaires de comptes de 13 groupes bancaires. Mais la BCE envisage ce système à plus grande échelle: dans toute la zone euro.

Les banques européennes le savent, elles ont perdu la bataille face aux mastodontes américains des cartes de paiements (Visa et MasterCard). Elles veulent aujourd'hui s'armer pour ne pas perdre la face contre d'autres mastodontes qui s'implantent dans le marché des services de paiement: les Google, Amazon, Apple ou autre Alibaba.

Mais comment faire? La Banque centrale européenne donne ce vendredi le coup d'envoi de son "TIPS", "Target Instant Payment Settlement". Concrètement, ce service permet à chacun de transférer en quelques secondes de l'argent via un smartphone, une tablette ou un ordinateur. "TIPS est un outil qui va permettre aux banques de ne pas abandonner la partie à ces acteurs du numérique", déclare Marc Bayle de Jessé, directeur général à la BCE, chargé des infrastructures de marché et des paiements.

La particularité est que les euros qui circuleront proviendront de comptes ouverts par les banques auprès d'une banque centrale. Cela permet une grande rapidité d'exécution des transactions et une quasi-gratuité, en sautant l'étape intermédiaire des portefeuilles électroniques d'Apple, Google & Co.

Restons belgo-belge

La Belgique se voulait pionnière dans le virement instantané. Il y a un an, la fédération bancaire annonçait cette révolution pour novembre de cette année. Désormais, l'échéance est reportée à début 2019, sans autre précision sur la date. Les tests sont en cours et treize groupe bancaires devraient être prêts: Argenta, Bank de Kremer, Bank J. Van Breda & C°, Bank Nagelmackers, Belfius Banque, BNP Paribas Fortis, CBC Banque, CPH Banque, Crelan, Europabank, Fintro, Hello bank!, ING Belgique, KBC Bank, KBC Brussels, vdk Bank.

Cela représente sur le plan juridique 13 banques, soit 16 enseignes bancaires tenant compte que Fintro et Hello Bank font partie de BNPP Fortis et KBC Brussels fait partie de KBC. Axa Banque et Deutsche Bank Belgique ne participent pas à la mise en place du système.

Dans un premier temps, l'option "paiement instantané" (car il s'agit bien d'une option laissée au consommateur, un peu comme désormais un timbre prior ou non prior) sera proposée pour les virements entre comptes de ces 16 enseignes bancaires. "Le but est d'être en ligne avec le SEPA (le marché européen unique de paiement)", explique-t-on au sein de Febelfin.

Les discussions sont donc en cours au niveau européen pour rallier le système "TIPS", mais chez Febelfin, on insiste sur le fait que dans un premier temps le focus est fixé sur la mise en place du système belge de paiements dans la seconde.

Mais dans la vie de tous les jours, comment cela va-t-il se traduire? "Imaginez votre enfant se trouve dans la file d'attente d'un cinéma. À distance, il va vous demander de lui envoyer 10 euros. Ce sera fait dans la seconde", explique Marc Bayle de Jessé.

Certes, d'autres applications de paiement express en ligne existent déjà en zone euro. Néanmoins, la plupart de ces offres restent "nationales et réservées aux membres d'une même communauté". 

Huit établissements bancaires européens ont déjà marqué leur adhésion au procédé TIPS. Il s'agit majoritairement de banques espagnoles. La Française BPCE est aussi en lice. À terme, tout établissement détenant une licence bancaire pourra rejoindre le dispositif. Sa licence bancaire lui permet d'ouvrir un compte à la banque centrale.

Et quel sera le coût?

Ce type de paiement express va créer un manque à gagner pour les banques. Elles n'auront plus à disposition autant de liquidités à placer sur le marché en jouant sur les dates d'échéances comme lors d'un virement bancaire classique.

Pour la BCE, il semble acquis que les banques rejoindront le système une fois qu'il aura décollé et que les coûts de mise en place pourront être amortis. Pour entrer dans ses coûts à elle, l'institution francfortoise prévoit de facturer aux banques 0,20 centime d'euro par transaction. Petite carotte: chaque banque sera exemptée de paiements pour les 10 premiers millions de transactions effectuées.

Et qu'en sera-t-il du coût pour le consommateur? "Les banques devront définir comment elles factureront le service à leurs clients. Nous anticipons que la concurrence fera baisser les prix, qui devraient rester bien inférieurs à ce qui se passe aujourd'hui dans l'univers des cartes bancaires." En Belgique, même discours: les banques sont libres de fixer la politique commerciale. A elles, donc, d'opter pour un tarif à la transaction, un tarif "package", voire pourquoi pas la gratuité.

Selon une enquête de la BCE auprès d'acteurs de marché, quelque 10 millions de paiements instantanés pourraient se faire par jour en zone euro d'ici à 5 ans, soit environ 10% des transactions effectuées aujourd'hui à l'aide de cartes de paiement.

Si cette dernière innovation ne concerne pour l'heure que l'euro, d'autres monnaies émises par les pays membres de l'Union européenne pourront aussi rejoindre le dispositif, explique la BCE.

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