L'ex-numéro deux de BNP Paribas Fortis attaque la banque en justice

Filip Dierckx lance une action contre la banque pour laquelle il a travaillé pendant plus de 30 ans. ©Wouter Van Vooren

Après avoir échoué à prendre la présidence de Belfius, Filip Dierckx intente une action contre BNP Paribas Fortis pour rétablir son honneur et récupérer des indemnités.

Ce sera plus une question de principe que de gros sous. Filip Dierckx, l'ancien numéro deux de BNP Paribas Fortis, qui avait remis sa démission en décembre 2019, vient de lancer une action en justice contre la banque pour laquelle il a travaillé plus de trente ans. L'enjeu de cette action? Rétablir sa réputation et tenter de récupérer des bonus qu'il estime lui être dus. L'ex-banquier, défendu par Joost Verlinden (Arcas Law), vient d'introduire son action devant le tribunal de l'entreprise néerlandophone de Bruxelles.

440.000
euros
Les indemnités que BNP Paribas Fortis, qui lui fait deux reproches, refuse de payer à Filip Dierckx pour l'année 2019.

Pour comprendre de quoi il s'agit, il faut donc remonter au mois d'octobre 2019. Filip Dierckx, alors numéro deux de BNP Paribas Fortis, est contacté par le chasseur de têtes Heidrick & Struggles qui est à la recherche d'un successeur pour Jos Clijsters, le président de Belfius, atteint par la limite d'âge. Les discussions se poursuivent discrètement. Le 4 décembre, Jos Clijsters demande officiellement à Filip Dierckx de lui succéder à la présidence de Belfius. Ce dernier, qui ne souffre d'aucune clause de non-concurrence chez BNP Paribas Fortis, a bien l'intention d'accepter l'offre. Dans la soirée de ce même 4 décembre, Herman Daems, le président du conseil d'administration de BNP Paribas Fortis, mis au courant de la volonté de Filip Dierckx d'accepter le poste, lui demande de publier un démenti public, ce que Filip Dierckx refusera de faire.

Enquête interne et démission

Le lendemain, le 5 décembre 2019, Filip Dierckx, la tête probablement déjà chez Belfius, présente sa démission. Enfin, le 6 décembre, une fuite dans la presse fait état d'un potentiel conflit d'intérêts à propos de l'octroi d'un crédit de BNP Paribas Fortis à SD Worx, le secrétariat social dont Filip Dierckx assure également la présidence. La suite de l'histoire ne fait pas un pli. Cette affaire de potentiel conflit d'intérêts a pris de l'ampleur, empêchant, in fine, Filip Dierckx de prendre la présidence de Belfius alors que tous les voyants le concernant étaient au vert.

Dans la foulée de sa démission, BNP Paribas Fortis a adressé deux reproches à Filip Dierckx, de quoi refuser de lui accorder des indemnités variables dues pour l'année 2019 (...).

Dans la foulée de sa démission, BNP Paribas Fortis a adressé deux reproches à Filip Dierckx, de quoi refuser de lui accorder des indemnités variables dues pour l'année 2019 qui, globalement, s'élèvent à 440.000 euros. C'est pour obtenir ces indemnités, mais surtout pour rétablir son honneur, que Filip Dierckx a décidé d'attaquer la banque en justice. Dans la citation, que nous avons eu l'occasion de consulter, il apparaît que la banque reproche à son ancien numéro deux d'avoir participé, le 22 novembre 2019, à une réunion préparatoire et informative entre l'asbl SD Worx Secrétariat Social et BNP Paribas Fortis, cette réunion portant sur l'octroi d'un crédit au secrétariat social. La banque reproche également à Filip Dierckx d'avoir demandé à un collaborateur de la banque quelle était la notation de crédit interne de SD Worx. Selon la banque, de telles informations ne sont jamais communiquées à un client.

De son côté, Filip Dierckx reproche à BNP Paribas Fortis d'avoir organisé une fuite vers la presse concernant un prétendu conflit d'intérêts (...)

Fuite organisée vers la presse

De son côté, Filip Dierckx reproche à BNP Paribas Fortis d'avoir organisé une fuite vers la presse concernant un prétendu conflit d'intérêts autour de ce crédit, en vue de lui barrer la route de Belfius. Si cette thèse se vérifie, on pourra dire que la stratégie a fonctionné. Ce vendredi, Chris Sunt, un ancien avocat de chez Freshfields, a été proposé au poste de président de Belfius.

Ce vendredi, Chris Sunt, un ancien avocat de chez Freshfields, a été proposé au poste de président de Belfius.

Dans sa citation en justice, Filip Dierckx démonte les deux reproches de BNP Paribas Fortis. Non seulement, la décision d'octroyer ce fameux crédit à SD Worx a été prise alors qu'il avait déjà remis sa démission et rien dans la loi bancaire n'interdisait à Filip Dierckx de siéger chez SD Worx et à la banque. Ce qui lui était interdit, c'était d'intervenir dans la décision d'octroi du crédit, ce qui n'a pas été le cas.

Le deuxième reproche faisant état du fait que le banquier aurait demandé des informations à un collaborateur ne semble pas plus tenir la route, à en lire la citation préparée en vue de l'attaque. Les informations demandées étaient générales et n'ont pas servi à peser sur la décision d'octroi d'un crédit ou non.

"Je ne vais pas cacher que partir dans ces circonstances, c'est douloureux."
Filip Dierckx
Ex-numéro deux de BNP Paribas Fortis

Filip Dierckx aurait dû quitter BNP Paribas Fortis par la grande porte avec les honneurs. Il est parti sur la pointe des pieds. "Je ne vais pas cacher que partir dans ces circonstances, c'est douloureux", nous déclarait l'ancien numéro deux quelques mois après son départ. Et s'il ne voulait pas polémiquer, le temps a fait son œuvre. Aujourd'hui, bien plus que ce bonus variable, c'est son honneur qu'il veut rétablir devant les tribunaux. Contacté vendredi après-midi, Filip Dierckx n'a pas souhaité faire de commentaires.

Contactée, la banque BNP Paribas Fortis n'a pas souhaité faire de commentaires non plus.

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