analyse

L'humeur morose des banques américaines

Dernier à publier ses résultats, Morgan Stanley voit son bénéfice trimestriel chuter de 10% dû à la volatilité des marchés. ©REUTERS

La semaine a été l'occasion pour les géants bancaires américains de faire part de leur bulletin de santé. Elles ont surpris par des résultats majoritairement supérieurs aux attentes, mais toutefois en recul sur un an. Qu'attendent-elles désormais des prochains mois?

La banque universelle semble le modèle bancaire qui s’impose désormais aux États-Unis. Cette semaine, on a en effet été confronté à la publication de résultats contrastés entre un établissement comme Goldman Sachs , très exposé à l’activité de banque d’investissement, et JPMorgan Chase , la plus grande banque de détail du pays qui fluctue davantage au gré des indicateurs économique américains (chômage, évolutions salariales, confiance du consommateur, etc.).

Au final, c’est donc ce deuxième modèle qui sort gagnant. "Nous continuons de voir un élan positif de la part du consommateur américain: retour de la confiance à des niveaux sains, solides créations d'emploi, hausses salariales. Cela se reflète dans les résultats de notre banque de détail", a indiqué le CEO Jamie Dimon, en marge de la publication des résultats de son groupe.

Bank of America a ainsi été portée par les activités classiques de prêts aux ménages et aux PME et des enregistrements de dépôts bancaires.

A contrario, Morgan Stanley a pâti de revenus de trading et de conseil affectés par la volatilité des marchés. L’industrie affiche en général un mauvais bulletin aussi dans le courtage des obligations, devises et matières premières (FICC). Seule, Goldman Sachs, en pleine transition vers une banque universelle, a réussi à limiter la casse.

L’impact des taux

Les acteurs ont majoritairement enregistré des résultats supérieurs aux attentes, mais ces résultats étaient en recul sur un an. Ces performances rappellent aussi aux investisseurs à quel point les mouvements des taux pèsent sur l'équilibre financier du secteur.

Alors qu’un nouveau geste de la Réserve fédérale est attendu à la fin du mois, les marchés évaluent toujours à 100% la probabilité d'une baisse de taux d'un quart de point. Les grandes banques américaines ont ainsi averti que leurs marges devraient donc être rognées, de quoi entamer leur rentabilité dans les prochains mois.

Ajoutons à cela une activité d'octroi de crédits boostée qui pourrait déboucher sur une augmentation des créances douteuses. Une tuile!

Les revenus d’intérêt amputés

Disant anticiper jusqu’à trois baisses de taux d'ici la fin de l'année, JPMorgan Chase a revu son objectif 2019 de revenus nets d'intérêts, soit la différence entre l'intérêt que la banque gagne sur les prêts consentis à ses clients et l'intérêt qu'elle verse aux épargnants et autres créanciers en contrepartie de l'utilisation de leur argent. Ces revenus nets d'intérêts devraient s'établir à 57,5 milliards de dollars contre 58 milliards prévus en avril, lorsqu’aucun relèvement de taux n’était prévu.

Les banques voient la rémunération offerte aux épargnants augmenter sous la pression concurrentielle des start-ups spécialistes des services financiers (Fintech) et de banques d'affaires.

Citigroup , numéro trois du secteur, a laissé inchangé son objectif de croissance de 4% de ses revenus nets d'intérêts. Ils n'ont pourtant augmenté que de 2% au deuxième trimestre.

Une baisse des taux pourrait toutefois avoir l'effet inverse, d'autant que la rémunération offerte aux épargnants augmente sous la pression concurrentielle des start-up spécialistes des services financiers (Fintech) et de banques d'affaires, comme Goldman Sachs.

Au vu de leurs résultats, les banques semblent également avoir échoué à apaiser totalement les inquiétudes des milieux d'affaires liées aux incertitudes macroéconomiques alimentées par la guerre commerciale sino-américaine et par les tensions irano-américaines.

©REUTERS


Retour sur les résultats

• La première banque américaine en termes d'actifs, JPMorgan Chase, a annoncé un bénéfice net record de 9,65 milliards de dollars pour un revenu net frôlant les 30 milliards de dollars.

Bank of America a dégagé un bénéfice net trimestriel en hausse de 11%. Plus de 46% des 7,1 milliards de dollars engrangés proviennent de la banque de détail. Affecté par les activités de marchés, le chiffre d'affaires (23,1 milliards) a néanmoins déçu.

Goldman Sachs a réussi à compenser le recul des commissions perçues par ses banquiers d'affaires et des recettes générées par les traders. Le bénéfice s’est tassé de 6% contre un recul de 2% du produit net bancaire.

Citigroup affiche un bénéfice en hausse de 7%, notamment influencé par un recul des dépenses opérationnelles et un taux d'imposition moindre. Ses revenus ressortent à 18,76 milliards de dollars.

• Le bénéfice de Wells Fargo a augmenté de 20% à 6,2 milliards de dollars, là où celui de Morgan Stanley s’est tassé de 10% à 2,2 milliards de dollars.

Les banques sur les marchés

Depuis le début de l'année, le segment bancaire du S&P 500 affiche une performance moyenne cumulée de +17,66%. Pourtant, à la publication des résultats de cette semaine, les investisseurs se montraient plus hésitants. 

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