L'Irlande sous pression pour être aidée malgré elle

Dublin estime ne pas être au bord de la faillite et ne pas nécessiter d’aide extérieure. Mais l’inquiétude monte au sujet de ses banques.

C’est une question de principe depuis le début de la crise qui a fait s’effondrer l’économie irlandaise: pas question pour les autorités, ni pour l’Irlandais de la rue d’ailleurs, de se laisser comparer à la Grèce et à ses dérives. Et alors que la pression s’accroît sur l’ancien tigre celtique pour qu’il accepte l’aide de l’Union européenne avant que son système bancaire ne s’effondre en entraînant dans son sillage d’autres pays fragilisés comme le Portugal et l’Espagne et à terme toute la zone euro, la ligne officielle reste la même: l’Irlande n’a pas besoin d’aide.

"Nous devons résoudre nos problèmes nous-mêmes", déclarait hier le ministre irlandais des Affaires européennes, Dick Roche alors que le ministère des Finances admettait toutefois l’existence de contacts "avec des responsables internationaux à la lumière des conditions actuelles du marché". Le gouvernement irlandais et ses partenaires européens discuteraient de l’éventualité d’une aide allant jusqu’à 50 milliards d’euros qui proviendraient du Fonds européen de stabilité financière.

Réticences officielles

Si le gouvernement se montre aussi réticent à demander l’aide de ses partenaires européens c’est qu’il n’a pas envie de les voir mettre leur nez dans ses affaires. "La souveraineté de ce pays a été très difficile à gagner et ce gouvernement ne va pas l’abandonner à n’importe qui", affirmait dimanche le ministre irlandais du Commerce et des Entreprises, Batt O’Keefe.

Il n’aurait par ailleurs pas besoin d’une telle aide, du moins pas au niveau de sa trésorerie. "Le gouvernement irlandais n’aura pas besoin d’aide avant la seconde moitié de 2011", explique ainsi John FitzGerald, chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale à Dublin. D’après lui, le pays est en bonne voie pour atteindre les objectifs d’assainissement budgétaire qu’il s’est fixés. Et pour y parvenir, le gouvernement de Brian Cowen s’apprête à dévoiler début décembre un budget 2011 truffé de nouvelles mesures d’austérités. Il y en aura pour 6 milliards d’euros de baisses de dépenses publiques et d’augmentations des impôts, afin de ramener le déficit budgétaire d’actuellement 12&flexSpace;% du PIB (hors coût du sauvetage des banques irlandaises) à 3&flexSpace;% du PIB d’ici 2014.

Inquiétudes bancaires

"Par contre, il y a des inquiétudes quant aux liquidités des banques irlandaises et à leur forte dépendance aux capitaux injectés par la Banque centrale européenne", reconnaît John FitzGerald. À la fin octobre, la dette des institutions bancaires irlandaises vis-à-vis de la BCE s’élevait en effet à 130 milliards d’euros, soit 80&flexSpace;% du PIB national, selon des chiffres publiés la semaine dernière par la Banque centrale irlandaise.

"Il faut croire qu’il y a des signaux pointant vers des sorties massives de liquidités du système bancaire irlandais", estime pour sa part un économiste irlandais proche du dossier qui préfère garder l’anonymat. "Il y a des craintes que les banques irlandaises ne puissent plus s’alimenter via le canal interbancaire classique", selon la même source. Bref, si les autorités irlandaises devaient finalement courber l’échine pour accepter une aide européenne, ce serait uniquement dans le cadre strictement bancaire et pour "bien moins que les 80 milliards d’euros" envisagés récemment par la banque Barclay’s.

On ne se trouverait donc pas (encore) dans un cas de figure à la grecque.l

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