La Belgique empoche 2 milliards grâce à BNP Paribas

©REUTERS

La Belgique a vendu 31,2 millions d'actions de BNP Paribas à 65,10 euros, pour environ 2,031 milliards d'euros. Sa participation dans la banque passe ainsi de 10,3 à 7,8%. Pourquoi cette opération?

La question traînait dans les tiroirs de l’Etat belge depuis un bout de temps. Faut-il conserver ou vendre le petit morceau de BNP Paribas que détient la Belgique? Une participation un rien paradoxale, pesant tout de même 10,26% du géant bancaire français (soit un peu moins de 8,5 milliards d’euros au cours actuel), mais ne lui conférant pas vraiment le pouvoir d’y faire la pluie et le beau temps.

7,8%
Après la transaction, la Belgique ne détiendra plus "que" 7,8% de BNP Paribas.

Eh bien, le gouvernement fédéral a partiellement tranché, puisque la décision de se séparer d’un bloc de 31,2 millions de titres, soit 25% de la participation actuelle, a été validée ce mercredi après-midi, de quoi expliquer le retour précipité au pays du grand argentier Johan Van Overtveldt (N-VA), parti à Londres pour y causer Brexit. Après quoi, la Belgique ne détiendra plus "que" 7,8% de BNP  Paribas.

Charles Michel n’avait pas vraiment l’intention de communiquer mercredi sur la transaction, pour laquelle il est assisté des bureaux Lazard et Allen & Overy. L’idée était de n’en parler que jeudi, une fois l’opération bouclée. Raté. Les fuites ont été plus rapides. Au final, ce jeudi, le Premier ministre a expliqué que cette vente est "un signal en termes de désendettement envers la Commission européenne". 

"C'est une bonne décision pour le désendettement et la capacité de concrétisation du pacte d'investissement."
Charles Michel
Premier ministre

L'impact en termes de désendettement sera de 0,4 à 0,5%, a encore précisé Charles Michel, reconnaissant qu'il ne s'agit "pas d'un impact gigantesque", mais toutefois important pour le signal qu'il représente. 

La Belgique actionnaire de BNP Paribas: l’histoire trouve ses origines dans la crise financière, où Fortis (et tant d’autres) ont bu le bouillon. L’Etat sauve l’institution et allonge 9,4 milliards d’euros. En 2009, il cède 75% de Fortis Banque à BNP  Paribas en échange d’un paquet d’actions   l’opération valorise le titre de la banque française à 58 euros. La suite s’écrit en 2013, avec la cession des 25% restants, pour 3,25 milliards. Voilà l’ancienne Fortis Banque entièrement aux mains françaises.

9,4 milliards €
L’Etat belge avait dû mettre 9,4 milliards sur la table pour que Fortis ne disparaisse pas dans la crise financière.

Au total, BNP  Paribas a donc déboursé 11,45 milliards pour s’offrir le fleuron belge déchu. Pas une mauvaise affaire: alors que, de 2009 à 2017, la Belgique a encaissé 1,8 milliard de dividendes en provenance de BNP Paribas, le groupe français a, lui, fait remonter pour 4,3 milliards d’euros de Bruxelles vers Paris.

L'opération a été bouclée cette nuit

Seule une partie de la participation a été liquidée car notre actionnariat stratégique à long terme dans BNP Paribas reste important à nos yeux, certainement eu égard à l'importance économique que revêt cette banque dans notre pays.
Johan Van Overtveldt
ministre des Finances

Combien l’Etat va-t-il tirer de cette vente? Environ 2,031 milliards d'euros. Les banques d'affaires s'occupant de l'opération ont vendu 31,2 millions d'actions à un cours de 65,10 par action, réduction de 1,6% par rapport au cours de clôture d'hier, 66,15 euros. Normal dans ce cadre d'opération, quand il s'agit de vendre rapidement un gros paquet auprès de grands investisseurs.

Cela représente donc un montant de quelque 2 milliards déboulant dans les caisses belges.  "Cette opération nous offre le meilleur des deux mondes, se réjouit Johan Van Overtveldt. D’un côté, nous réalisons une importante plus-value. De cette manière, nous contribuons de manière importante au désendettement et limitons notre risque d’exposition au secteur financier." Et de l’autre côté, la Belgique garde un solide pied au capital de la banque française, dont on connaît l’importance économique dans notre pays.

 Pas touche au dividende

 Cerise sur le gâteau: la Belgique pourra même conserver, intact, son dividende 2016. Soit 346 millions sur lesquels le budget 2017 compte solidement.

Grâce à la structure spécifique de la transaction, le dividende que les autorités perçoivent en 2017 pourra être intégralement conservé.
Johan Van Overtveldt
ministre belge des Finances

Une bonne opération? Il est sans doute trop tôt pour le dire. "Mais elle peut se comprendre, vu le regain de valorisation enregistré ces dernières années par les entreprises financières et les banques européennes", souligne, à chaud, Philippe Ledent, senior economist chez ING. Reste à savoir ce que la Belgique va faire de ce soudain afflux financier. "Diminution de la dette", indique-t-on du côté du cabinet Van Overtveldt.

Pas du luxe, quand on sait que la Belgique a bouclé 2016 avec une dette publique de 105,9% du PIB. "Mais on peut poser la question: baisser de quelques pourcent va-t-il changer quelque chose?, reprend Philippe Ledent. Dans cet environnement de taux bas et puisque l’Agence de la dette a travaillé à rallonger la maturité de la dette belge, les charges d’intérêts ne sont pas le problème le plus urgent. On pourrait envisager de réinvestir dans des domaines capables de stimuler la croissance à long terme."

Pile-poil ce qu’ambitionne le Pacte d’investissement porté par le Premier. La discussion n’est peut-être pas si close que cela.

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