La fintech belge attend toujours l'émergence de sa première licorne

Quentin Colmant et Jean-Charles Velge, les deux cofondateurs de Qover, auront-ils donné naissance à la première licorne de la fintech belge? ©Frédéric Pauwels / Collectif H

Alors que la fintech mondiale compte aujourd'hui plus d'une septantaine de start-ups valorisées à plus d'un milliard de dollars, la Belgique attend toujours sa première licorne. Le talent, les idées ou encore les infrastructures sont là. Reste à faire preuve d'ambition et à encourager les bonnes idées.

La semaine passée, la fintech allemande Mambu bouclait une sixième levée de fonds pour un montant de 110 millions d’euros. La start-up, qui fournit des services informatiques à d’autres fintechs et acteurs traditionnels de la finance, voit ainsi sa valorisation chatouiller les deux milliards d’euros aujourd'hui. Son statut de licorne, soit une entreprise technologique non cotée en bourse valorisée à plus d’un milliard de dollars, est ainsi consacré.

Qu'est-ce qu'une licorne? - LE QUOI? (L'Echo Disrupt)

Les fintechs figurent depuis quelques années parmi les chouchous des investisseurs, parfois au détriment des banques traditionnelles dont la rentabilité est en baisse, particulièrement en Europe. Les fonds de private equity et de capital-risque sont constamment à la recherche de la prochaine pépite qui se métamorphosera rapidement en licorne. Et les choses peuvent aller très vite.

150
milliards de dollars
En 2020, les fintechs ont drainé 150 milliards de dollars au niveau mondial, dont seulement 33 en Europe.

Brex et Figure Technologies, deux fintechs respectivement britannique et américaine actives dans le crédit, ont atteint le cap du milliard de dollars de valorisation en moins de deux ans. En Europe, c’est l’allemand wefox Group, une insurtech, qui a été le plus rapide, parvenant à dépasser cette borne en un peu moins de trois ans et demi. En moyenne, les start-ups qui se muent en licornes mettent sept ans pour y arriver.

Celles-ci se développent principalement aux États-Unis et en Asie, plus particulièrement en Chine, l'Europe étant à la traîne. Sur les quelque 150 milliards de dollars drainés l'an passé par les fintechs, à peine 33 milliards ont été captés par le vieux continent. "La taille des marchés américain et chinois constitue une base solide pour une fintech qui souhaite y lancer ses activités et se développer", nuance Thibault de Barsy, general manager de l’Emerging Payments Association EU.

Champions européens

Car l'Europe a également ses champions. Il est impossible de dresser une liste exhaustive, mais les plus connus sont probablement les néobanques britannique Revolut (valorisée à près de 5 milliards d'euros) et allemande N26 (proche de 4 milliards d'euros), l'entreprise d'affacturage Klarna (plus de 10 milliards de dollars) ou encore le spécialiste néerlandais des paiements Adyen (quelque 50 milliards d'euros).

Par contre, pas une seule fintech belge n'a encore franchi ce palier. Parmi les start-ups du royaume, seuls le spécialiste bruxellois des données Collibra et l'hébergeur web gantois Combell y sont parvenus.

"Il y a des embryons de licorne en Belgique, je vois un horizon de cinq ans pour en voir émerger."
Jean-Louis Van Houwe
Président de l'association FinTech Belgium.

"UnifiedPost est la fintech belge qui est le plus proche du statut de licorne", estime Jean-Louis Van Houwe, président de l'association FinTech Belgium. Après son introduction en bourse cette année qui lui a amené plus de 250 millions d'euros de capitaux, le spécialiste de la numérisation de factures vaut plus de 600 millions d'euros à l'heure actuelle.

Une autre fintech qui a récemment intégré une autre dimension est Qover. En décembre, l'insurtech annonçait en grande pompe un accord avec la néobanque Revolut (près de 12 millions de clients) pour fournir des produits d'assurance à ses clients payants. En une signature, la start-up bruxelloise s'est projetée sur les 33 marchés européens.

Et l'on pourrait continuer: Look&Fin, Mozzeno, Monizze, Moneytrans, Payconiq et tant d'autres recèlent un beau potentiel. Pourtant, la première fintech licorne belge ne sera probablement pas pour cette année. "Il y a des embryons de licorne, je vois un horizon de cinq ans pour en voir émerger", selon Jean-Louis Van Houwe.

Tous les atouts

Comment se fait-il que la Belgique n'a pas encore pondu de licorne quand la Suède et les Pays-Bas y sont arrivés? "On a manqué d'ambition", déplore le président de FinTech Belgium, qui rappelle que le Brexit constitue de ce point de vue une occasion ratée.

368
millions d'euros
Les fintechs belges ont levé plus de 368 millions d'euros de capitaux en 2020.

Car la Belgique dispose de nombreux atouts pour créer ou attirer les futurs géants de la finance sur son territoire, notamment de bonnes infrastructures, une économie plus numérisée que la moyenne européenne selon le classement DESI, et la présence d'acteurs mondiaux comme Euroclear, Mastercard ou SWIFT.

"Nous devons faire en fintech ce que nous avons réussi avec la healthtec. Quand Bill Gates veut un vaccin, il pense à la Belgique", estime Jean-Louis Van Houwe. "Nous manquons de visibilité", pense plutôt Pierre Hermant, CEO de finance&invest.brussels. Selon lui, la capitale de l'Europe ne met pas assez ses nombreux atouts en valeur, par rapport à d'autres villes du continent qui ont su attirer des fintechs et des investisseurs, mais ne disposent pas d'un avantage structurel sur Bruxelles.

Pourtant, les autorités de la capitale croient dans leurs fintechs. Elles font partie des cinq axes prioritaires qui doivent bénéficier de la nouvelle enveloppe de 134 millions d'euros dégagés pour relancer les entreprises de la ville, via des prêts et/ou des prises de participation.

Étant donné que le financement pose également problème, c'est plutôt une bonne nouvelle. L'année passée, les fintechs belges ont levé plus de 350 millions d'euros, un montant record, mais qui est essentiellement dû à l'entrée en bourse d'UnifiedPost. "C'est souvent pour atteindre la série C (avant une hypothétique IPO, ndlr) que les fintechs ont des problèmes", pointe Jean-Louis Van Houwe. "Les partenariats public/privé peuvent nous aider."

La regtech, une voie à suivre

Enfin, un autre point d'attention concerne la législation et la régulation. Une réglementation flexible et innovante sur des domaines encore peu cadrés, comme les cryptoassets, pourrait ainsi être opportune. "La directive européenne PSD2 (sur les services de paiement, ndlr) est un bon texte, mais son implémentation nationale doit encore être digérée", prend comme exemple Thibault de Barsy.

"Il nous faut aussi simplifier et rendre moins onéreuse la création d'entreprise pour que de nouvelles pousses et idées puissent émerger."
Mathieu Michel
Secrétaire d'Etat à la Digitalisation

Pour Pierre Hermant, une piste intéressante est la regtech, soit les start-ups qui cherchent à simplifier les contraintes de la réglementation financière, grâce à la présence de moult institutions européennes de régulation. "On peut mettre un filet et attraper les gros poissons", ajoute Jean-Louis Van Houwe.

Le message semble passer au niveau politique. Mathieu Michel, le secrétaire d’État à la Digitalisation, entend travailler sur "un cadre juridique agile permettant aux fintechs et autres start-ups de se développer". Dans cette perspective, une loi encadrant un traitement fluide et sûr des données constituera une excellente arme. Digital Belgium, le plan d'action pour une vision numérique à long terme, va également être relancé, ajoute Mathieu Michel. "Mais il nous faut aussi simplifier et rendre moins onéreuse la création d'entreprise pour que de nouvelles pousses et idées puissent émerger."

"Nous sommes en train de construire des pépites", conclut Pierre Hermant, optimiste sur l'avenir du secteur en Belgique. "Mais il nous reste beaucoup de travail à faire."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés